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« La précision du binage se raisonne dès le semis »

Vincent Seyeux, agriculteur sur 350 hectares en bio à Nuillé-sur-Vicoin en Mayenne, pratique le binage à faible écartement depuis une dizaine d’années. Une expérience qui l’a conduit à choisir le guidage par caméra.

Adepte de longue date du semis sous couvert, Vincent Seyeux se lance dans l’aventure du bio en 2010 en convertissant une centaine d’hectares de son exploitation, basée en Mayenne au sud de Laval. « C’est suite à l’accueil d’un stagiaire qui a étudié la faisabilité d’un passage en bio que j’ai pris ma décision, se rappelle l’agriculteur. En n’engageant qu’une partie de la surface, je pouvais me permettre d’expérimenter de nouveaux itinéraires. » Son premier investissement dans le matériel de désherbage mécanique concerne ainsi une bineuse Agronomic équipée d’un système de guidage par roue-trace. « Afin d’éviter l’achat d’un semoir spécifique avec un interligne peu commun, j’ai modifié cette bineuse en lui intégrant des éléments semeurs dans les interrangs. Cette machine m’a permis de tester à moindre coût différents écartements. » En 2016-2017, Vincent Seyeux franchit une nouvelle étape en développant une activité de commercialisation de graines bio. Il convertit alors l’ensemble de son exploitation en bio et multiplie les cultures : blé, colza, mélange céréalier, avoine, quinoa, féverole, sarrasin, chia, graines de courge…

Semis et binage sur 6 mètres

La croissance de surface à biner l’amène à investir dans une bineuse Carré Econet autoguidée par caméra et dans un semoir Horsch Pronto de 6 mètres. « Le guidage par roue-trace n’offre pas un débit de chantier suffisant, si l’on souhaite conserver la précision », assure l’agriculteur qui estime par ailleurs que la précision du binage se joue dès l’implantation de la culture. « Nous avons opté pour un semoir traîné à double trémie permettant de fertiliser ou d’implanter des cultures associées. Nous l’avons également choisi pour sa barre de semis à double disque, dont les éléments très stables créent une ligne de semis propre et rectiligne. » Malgré l’autoguidage RTK sur le tracteur, ce long semoir a du mal à rester en ligne par rapport à la trajectoire du tracteur. « Cette dérive ne permet pas d’utiliser uniquement le guidage RTK au binage. Ce serait envisageable seulement avec un dispositif à double antenne GPS pour corriger la position de l’outil. » La bineuse de 6 mètres dispose de 20 éléments avec un écartement de 30 centimètres. « Il est important d’avoir un élément par interrang pour bien suivre les dénivellations du terrain », note Vincent Seyeux. La caméra de guidage analyse trois lignes de semis, assurant un fonctionnement moins sensible aux manques et aux zones très sales.

Trouver le compromis entre vitesse et usure

Outre la translation latérale de la bineuse, le dispositif de guidage de la machine Carré agit également sur l’orientation des roues plantées dans le sol, de manière à corriger les dévers. « Une fois que l’on a pris le coup de main pour bien réaligner le tracteur à la reprise de ligne en bout de champ, on n’a plus qu’à se concentrer sur la conduite. Sur les cultures bien implantées qui ne craignent pas trop les projections de terre, on atteint aisément les 10 km/h. Mais la vitesse n’est pas un but en soi, il est plus important de se focaliser sur le compromis entre vitesse et usure des pièces travaillantes. »

Mettant à profit l’expertise mécanique de l’un de ses associés et la disponibilité du constructeur Carré, Vincent Seyeux est soucieux d’adapter le matériel à ses pratiques. « On a valorisé au maximum la précision de la bineuse en développant un soc de 23 centimètres de large, afin d’aller au plus près de la ligne de semis. Ce soc a aussi l’avantage de perdre un minimum de largeur avec l’usure et d’être très coupant pour ne pas remuer la terre. »

Une caméra de nouvelle génération

Satisfait du guidage par caméra, Vincent Seyeux a engagé de nouveaux investissements pour cette saison, au travers de l’ETA gérée par un autre associé. Ils ont fait le choix de deux interfaces de guidage, sur lesquelles seront attelées une nouvelle bineuse à 30 cm et une bineuse à 75 ou 50 cm pour le maïs, le tournesol (et les courges espacées de 1,80 m !). « L’interface indépendante rajoute peu de porte-à-faux par rapport à notre bineuse avec système de guidage intégré. Et cela donne plus de polyvalence si l’on souhaite changer la bineuse tout en conservant l’interface. » L’agriculteur espère également optimiser ses pratiques avec les deux caméras de nouvelle génération qui sont désormais utilisées pour le binage à 30 cm. « Cette caméra 3D différencie mieux les plants des adventices et offre un paramétrage plus facile. »

En chiffres

Plus de 1 000 ha de binage avec l’ETA
3 bineuses autoguidées par caméra
45 000 euros HT pour l’achat d’une bineuse 6 m avec 20 éléments
10 000 euros pour l’interface de guidage

Une structure de commercialisation de graines bio

L’entreprise Agro-Logic créée par Vincent Seyeux et ses trois associés, André Blin (concepteur et vendeur de matériel), Jacques Belloir (entrepreneur de travaux agricoles) et Pierre Foulon (négociant en chanvre), assure le triage, le séchage et la commercialisation d’une ribambelle de productions bio : quinoa, lentilles, pois chiches, graines de courge, chia, tournesol, colza, cameline, blé, orge, avoine… Outre la récolte de Vincent Seyeux, cette structure offre un débouché à 70 agriculteurs de la région. Ces derniers peuvent bénéficier d’une prestation complète, dès l’implantation de la culture. Un service assuré par l’ETA, qui en plus des bineuses, dispose d’une herse étrille et d’une roto-étrille. « Des outils complémentaires qui permettent, notamment sur céréales, un passage en croix pour désherber dans le rang, avant ou après le binage. »

 

 

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Cuma La Belmontaise, dans le Gers : "Une herse étrille sous contrôle"

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