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Cession d’exploitation agricole : comment faire évaluer son parc de matériels au juste prix ?

Le parc de matériels d’une exploitation agricole peut représenter un investissement important pour le repreneur lors de la cession d’une exploitation. Son évaluation demande d’être correctement réalisée en faisant appel à des spécialistes qui ont une bonne vision du marché.

Lors de la transmission d’une exploitation agricole, le parc de matériels a, dans certains cas, une forte incidence sur le montant global de la transaction. Le cédant peut être tenté de le surévaluer, alors que le repreneur, lui, souhaite plutôt le payer le moins cher possible. Pour obtenir la valeur la plus juste, celle qui satisfait les deux parties, plusieurs pistes existent. Certains exploitants demandent à leur concessionnaire, d’autres ont recours à des conseillers machinisme ou à des mandataires spécialisés en machines agricoles. Dans le cas de mésentente ou de la présence d’une tutelle, il est parfois nécessaire de missionner des experts fonciers et agricoles agréés, dont le coût de la prestation est généralement plus élevé qu’avec d’autres estimateurs. « Nous sommes en concurrence directe avec les concessionnaires, qui opèrent souvent gratuitement chez leurs clients fidèles, alors que notre intervention est payante. En leur faisant appel, le risque est que l’estimation soit influencée par les marques qu’ils distribuent », reconnaît Philippe Mondelet, conseiller à la chambre d’agriculture de Haute-Saône et prestataire en estimation de matériels agricoles. Des centres de gestion font évaluer par les deux concessionnaires habituels de l’exploitant, puis calculent la moyenne en cas d’écarts de prix trop importants. « Certains concessionnaires n’acceptent pas de réaliser les évaluations dans des conditions conflictuelles, comme les séparations de Gaec, car ils se considèrent juge et partie. Ils ne veulent pas entrer en conflit avec les exploitants dans ces situations et courir le risque de ne pas travailler ensuite avec eux », observe Laurent Petit, conseiller à la chambre d’agriculture de la Meuse, qui réalise une cinquantaine d’estimations par an, aussi bien de matériels que de cheptels ou de bâtiments.

Tenir compte des tendances du marché

« Il faut par ailleurs faire attention aux estimations de complaisance, car les personnes qui interviennent engagent leur responsabilité devant les tribunaux », remarque Didier Langlois, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine, qui estime une quarantaine de parcs matériels par an. Les évaluateurs doivent d’ailleurs disposer d’une assurance spécifique, afin d’être protégés en cas d’erreur ou de souci juridique dans le cas, par exemple, d’un contrôle fiscal ultérieur. Un concessionnaire reconnaît noter les estimations sur des feuilles de brouillon, sans en-tête ni signature, afin de ne pas être embêté par la suite. « Le rapport que je rends constitue une base de discussion entre le cédant et son repreneur, car les prix restent susceptibles d’évoluer, puisqu’il se passe parfois 12 à 24 mois entre la date de l’estimation et la cession effective », indique le conseiller de la chambre d’agriculture de la Meuse. Il est incontournable que l’intervenant ait une bonne connaissance des valeurs sur le marché des différents matériels pour réaliser une estimation fiable. « Une règle incontournable est de ne jamais donner de prix à l’agriculteur devant les machines. J’avertis le client que je ne réalise qu’une estimation visuelle et je ne mets donc pas les tracteurs et automoteurs en route. C’est trop risqué de s’engager sur l’état de fonctionnement, précise Philippe Mondelet. Je demande les cartes grises, le tableau des immobilisations et les factures principales d’entretien. J’effectue un constat visuel, je prends les matériels en photo et je relève le nombre d’heures. Je finalise ensuite le dossier au bureau avant de remettre les résultats. »

Accepter les fortes dépréciations

« Je retiens la valeur d’usage, c’est-à-dire la valeur probable de revente dans les conditions actuelles du marché. Ces dernières années, le tarif des matériels neufs a connu une forte augmentation, qui s’est répercutée sur le prix des occasions et qui est à intégrer dans l’estimation. Il ne faut pas s’arrêter aux prix annoncés sur les sites de petites annonces, car ils sont parfois trop élevés. Les produits affichés à leur juste prix ne restent pas longtemps en vente », explique Laurent Petit. Pour certaines machines, le prix mérite parfois d’être dégrevé, lorsqu’elles ne sont plus dans l’air du temps, même si elles restent en parfait état. Pour d’autres, il est nécessaire de lisser le prix sur plusieurs mois, afin de ne pas tenir compte des montées soudaines des tarifs de l’occasion liées aux conditions météorologiques, comme c’est le cas avec les charrues lors des automnes humides. « Lors de l’estimation, il ne faut pas toujours se laisser influencer par le prix du neuf, car certains équipements connaissent une forte dépréciation, avertit Didier Langlois. Par exemple, une cellule de stockage ou une cuve qui oblige à démonter un bâtiment pour la récupérer n’a pas la même valeur qu’un modèle équivalent directement accessible. Il en est de même pour les tuyaux d’irrigation enterrés qui engendrent des coûts élevés d’installation et ont ensuite une faible valeur marchande, une réalité qu’ont souvent du mal à admettre les cédants. »

Combien coûte l’estimation ?

Les concessionnaires agricoles offrent souvent l’évaluation du parc de matériels à leurs clients, à qui ils fournissent généralement deux tarifs : le prix de vente entre agriculteurs et la valeur de reprise par un professionnel, qui, elle, intègre le montant de la remise en état et la marge commerciale. Ils en profitent parfois pour racheter des machines pour lesquelles ils ont de la demande. Proposant une approche plus neutre, les mandataires, comme les conseillers spécialisés, facturent généralement en fonction du nombre d’équipements à estimer. Le montant pour une prestation d’une journée, intégrant la visite et le compte rendu, oscille entre 600 et 700 euros HT. « Pour un parc d’une trentaine de machines, je compte généralement une journée de travail, souligne Didier Langlois, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine. Il m’est arrivé de demander davantage dans une exploitation où les outils de très grandes largeurs, importés directement des États-Unis, étaient inconnus en France. Dans cette situation particulièrement gourmande en temps de recherches, j’avais dû faire appel à des contacts outre-Atlantique pour trouver les valeurs les plus justes. » Philippe Mondelet, de la chambre d’Agriculture de Haute-Saône, et Laurent Petit, de la chambre d’agriculture de la Meuse, procèdent aussi à la journée. Toutefois, si le dossier est bouclé en quelques heures, les trois conseillers facturent au temps passé.

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