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« Avec le stripper, ma moissonneuse-batteuse roule à jusqu’à 12 km/h dans les céréales »

L’entreprise de travaux agricoles GTTA dans le Calvados entame sa troisième saison de récolte au stripper. Elle estime qu’avec cet équipement sa moissonneuse-batteuse affiche de meilleures performances.

« Grâce au stripper, je ne passe quasiment plus de fibres dans la moissonneuse-batteuse », annonce Éric Guen, dirigeant de la SARL GTTA, entreprise de travaux agricoles à Saint-Pierre-en-Auge (Calvados). Cette tête de récolte Shelbourne Reynolds de 8,40 m de large, attelée à l’avant d’une moissonneuse-batteuse Claas Lexion 7500, réalise cette année sa troisième saison. Elle a ramassé une centaine d’hectares la première année et 450 hectares en 2025, dont 90 % de lin graine. Fabriqué outre-Manche, cet outil spécifique ne dispose pas de lamier, mais de huit rangées de doigts montées sur un rotor de 610 mm, qui peignent la culture et n’avalent que les grains, éventuellement dans leur enveloppe.

Une demande accrue en semences de lin

L’entrepreneur a investi dans le stripper en 2024 après avoir été sollicité par le négoce Lepicard Agriculture, afin de répondre à la demande croissante de semences de lin, en raison de l’augmentation importante des surfaces cultivées. La source principale d’approvisionnement de semences, les usines de teillage qui récupèrent les graines lors du traitement de la fibre, ne suffit plus. Pour récolter les graines de lin, il existe d’autres solutions que le stripper : la moissonneuse-batteuse avec sa coupe classique, la même machine avec pick-up à tapis suivant une faucheuse-andaineuse et la retourneuse écapsuleuse. Représentant l’investissement le moins important, car largement répandue, la coupe classique fauche la partie haute du lin : la moissonneuse-batteuse bat les capsules et une partie des tiges. La seconde solution, c’est-à-dire la moisson décomposée, présente l’avantage de laisser sécher la culture avant de la battre, facilitant son passage dans la moissonneuse-batteuse. Elle est un peu plus coûteuse, car demande deux opérations et un peu plus de matériels (faucheuse andaineuse et pick-up à tapis). Ces deux techniques présentent l’inconvénient de faire passer tout ou partie des tiges dans les organes de battage. Comme les fibres sont résistantes, elles peuvent s’enrouler autour des arbres, s’échauffer et générer des départs d’incendie. Une autre méthode consiste à investir dans une retourneuse de lin particulière, équipée d’un organe de battage. Si avec cette méthode le grain est généralement récolté à un taux d’humidité optimal, « il y a de la perte de grain lors du retournement, déplore Éric Guen. Et l’investissement dans la machine – 600 000 euros – est considérable. »

Des conditions de récolte optimales pour le lin graine

En évitant aux fibres de passer dans le convoyeur, le stripper s’avère être une solution intéressante et peu risquée pour récolter les graines, tout en maximisant le rendement. « La récolte de graines de lin n’est pas encore très ancrée dans la région, plus habituée à ramasser la fibre, ce qui fait que les agriculteurs du coin qui s’y sont essayés ces deux dernières années ont tenté l’expérience dans de mauvaises terres, contextualise l’entrepreneur, qui constate un rendement moyen de 1,5 tonne par hectare, avec des maximums tutoyant les deux tonnes. Avec une retourneuse écapsuleuse, comme la récolte est déjà à terre, une partie des graines reste au sol avant de monter dans la machine. De ce fait, les rendements sont plutôt autour de 800 kg à une tonne à l’hectare. » Pour la récolte du lin, il est nécessaire d’attendre que la culture soit bien sèche. « Bien souvent, nos clients agriculteurs s’impatientent, habitués à arracher la plante encore verte, alors qu’il est nécessaire d’attendre que le taux d’humidité descende à 9-10 %. Lorsque le lin est récolté trop vert, la fibre tend à rentrer, avertit l’entrepreneur. Cela s’accompagne de bourrages et de risques plus élevés de départs de feu. » De même, dès que la nuit et la fraîche tombent, le chantier de récolte doit s’arrêter rapidement pour éviter les bourrages. Heureusement, les vitesses de chantier sont importantes. « Comme on ne prend que les capsules, le taux de charge du batteur est réduit, ce qui permet d’augmenter la vitesse d’avancement à 9-10 km/h en lin », apprécie l’entrepreneur.

Le stripper sur moissonneuse-batteuse rentable à partir de 300 hectares par an

<em class="placeholder">Moissonneuse-batteuse Claas Lexion 7500 avec un stripper Shelbourne Reynolds </em>
Le stripper Shelbourne Reynolds de 8,40 m a été acheté 70 000 euros. © SARL GTTA
Éric Guen a investi 90 000 euros HT (dont 20 000 pour le chariot de transport) pour s’équiper de ce stripper neuf de 8,40 mètres. « C’est 30 % plus cher qu’une coupe Vario de 9 mètres », précise-t-il. Amorti sur six ans, cet outil a dès la deuxième campagne largement atteint l’objectif de 300 hectares annuels, gage d’un retour sur investissement satisfaisant. « On m’avait indiqué que je dépasserais difficilement les 250 hectares annuels avec le stripper Shelbourne, se souvient Éric Guen. J’ai même songé à acheter une seconde tête de récolte pour la saison 2025. Mais j’ai un chauffeur très pointu, qui, malgré les temps morts liés aux temps de nettoyage de la machine entre chaque variété et les nombreux déplacements routiers (dans un rayon de 60-70 kilomètres autour du siège), est parvenu à faucher 450 hectares dans la saison. » Pour optimiser la logistique, Éric Guen s’approprie en amont les coordonnées GPS des différentes parcelles à récolter et parcourt la campagne avec sa Minibatt, afin de contrôler la bonne maturité dans chacune d’entre elles.

Jusqu’à 12 km/h dans les céréales avec la moissonneuse-batteuse

<em class="placeholder">Moissonneuse-batteuse Claas Lexion 7500 avec un stripper Shelbourne Reynolds </em>
La partie supérieure du stripper couche légèrement le lin pour ramener les capsules sur une fine couche facile à prendre par les peignes. © SARL GTTA
Aujourd’hui, le lin constitue 90 % des surfaces ramassées au stripper et le reste est essentiellement constitué de blé. « J’ai réalisé des essais concluants avec cette tête de récolte dans une parcelle de chanvre et j’aimerais bien développer la récolte des céréales, avoue Éric Guen. D’autant que la tendance est à faucher plus haut avec les coupes classiques. » Les débits de chantier en céréales sont élevés, avec une vitesse avoisinant les 10-12 km/h. « Visuellement, derrière le stripper, les tiges, les épis et parfois même les balles sont encore en place, confie Éric Guen. On a l’impression d’avoir rien fait. Mais dans les faits, il ne reste plus un grain, ni dans les épis, ni au sol. » Cette technique de récolte se ressent sur la consommation de carburant de la moissonneuse-batteuse, qui descend à 12-13 l/ha, contre 16 l/ha avec la coupe Vario. L’entrepreneur estime que des céréaliers en TCS ou en semis direct pourraient se montrer intéressés par ce mode de récolte. « En laissant les pailles complètes debout en place, on garde de la fraîcheur au sol », argumente l’entrepreneur, qui pense aussi à terme investir dans une faucheuse-andaineuse pour récolter la paille. « Après une pluie, la paille debout est plus rapidement sèche. »

Pour ce qui est du coût de la prestation avec le stripper, l’ETA applique des frais de déplacement comme elle intervient dans un rayon de 60-70 km autour du siège social. La récolte en elle-même est facturée 185 euros par hectare, contre 130 euros avec une coupe classique.

<em class="placeholder">Moissonneuse-batteuse Claas Lexion 7500 avec un stripper Shelbourne Reynolds </em>
Derrière le stripper, les tiges sont restées debout. © SARL GTTA

Un effet d’aspiration

<em class="placeholder">Rotor de stripper Shelbourne Reynolds </em>
Les peignes du rotor du stripper détachent les capsules des tiges. © L. Vimond
Tournant dans le sens inverse d’un rabatteur sur une coupe classique, le rotor à peignes du stripper est surplombé d’un déflecteur qui couche partiellement la culture. Ainsi, même si les tiges sont de différentes hauteurs, les épis ou les capsules sont regroupés sur une faible épaisseur que les peignes peuvent attraper. « Cette configuration crée un effet d’aspiration qui réduit encore les risques de pertes », constate Éric Guen. Concernant les paramètres de l’automotrice, l’entrepreneur fait tourner le batteur au ralenti, afin d’obtenir un battage non agressif, tandis que les séparateurs rotatifs sont au contraire au régime maximal. « Le peu de fibres qui passe doit vite être évacué », insiste-t-il.

Pour le lin, Éric Guen a modifié certaines parties de la moissonneuse-batteuse, en installant notamment des protections au niveau des roulements pour qu’il n’y ait pas de fibres qui s’y enroulent.

La fibre du lin ramassée après la récolte au stripper

Client d’Éric Guen, Damien Salley, agriculteur et entrepreneur à Soignolles (Calvados), entame sa troisième saison de lin graine. « Selon les parcelles, j’ai obtenu des rendements entre 700 et 1 200 kg/ha, le kilogramme de graine de lin étant valorisé 2 euros. » En 2025, l’exploitant s’est essayé à l’arrachage et au ramassage de la fibre de lin après récolte au stripper. « Étant donné que nous la travaillons plus tardivement, l’arrachage est un peu plus délicat, notamment au niveau des passages de roues de la moissonneuse-batteuse. Comme nous intervenons deux semaines plus tard qu’un arrachage classique, le temps a déjà travaillé la fibre. La durée de rouissage est plus courte et il n’est pas utile d’effectuer un retournement. » L’enroulage du lin s’est globalement bien passé. « Avec un travail très soigné au préalable, le lin est exploitable en teillage. La quantité de filasse dédiée à la fibre est certes moins importante, mais on peut la valoriser. »

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