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Céréales
Une production russe de blé tendre supérieure à 90 Mt d’ici dix ans ?

Une enquête d’Arvalis confirme la montée en puissance de la Russie sur le marché mondial du blé tendre dans les années à venir.

Devra-t-on s’habituer à voir les Russes reproduire les performances en termes de production et d’exportations de blé tendre obtenues lors de la campagne 2017/2018 dans les huit à dix années à venir ? La réponse serait positive, selon une enquête d’Arvalis menée sur la période janvier-août 2018, dont deux mois (avril-mai) chez le premier exportateur mondial de blé tendre. « L’enquête n’a pas pour but de donner de chiffres précis, mais de donner une tendance. […]. Les Russes devraient pouvoir, à l’avenir, exporter plus de 45 Mt par an », complète Yannick Carel, chargé d’études au sein de l’institut de recherche et participant à l’étude. Le scénario le plus réaliste d’Arvalis table sur une production russe à plus de 90 Mt, et des exportations entre 49-66 Mt à l’horizon 2027.

Il y a de la place pour de nouvelles surfaces de blé d’hiver

Les Russes s’appuient de plus en plus sur les variétés d’hiver, en lieu et place de celles de printemps (voir La Dépêche - Le Petit Meunier du mardi 17 avril 2018). Cette tendance devrait se poursuivre, d’après Arvalis. L’enquête de l’institut de recherche a été réalisée sur les trois principales régions productrices du pays (le Sud [Nord Caucase], le Centre [incluant l’Oblast de Moscou] et la Volga), et donne un scénario un peu plus affiné. Il en ressort que « dans les régions du Sud, nous sommes déjà à quasiment 100 % de blé d’hiver. Mais le réchauffement climatique pourrait augmenter la fréquence d’apparition de sécheresses, pénalisant ce secteur géographique. Dans les zones plus au Nord et à l’Est (Centre et Volga), les variétés de printemps, moins productives que celles d’hiver, sont encore abondamment utilisées. Le potentiel de transfert vers les blés d’hiver est donc important », détaille Yannick Carel.

Par ailleurs, la recherche variétale, uniquement réalisée par l’État russe, progresse, notamment en ce qui concerne la lutte contre la sécheresse. Et bien que le gouvernement interdise l’usage de variétés étrangères, se privant donc de certaines évolutions technologiques, un potentiel de progression existe, juge Arvalis.

Dans le scénario le plus optimiste de l’étude, les surfaces susceptibles de se rendre disponibles pour la production de blé tendre dans les dix ans s’élèveraient à 3,5 Mha. Rappelons que la SovEcon prévoit pour 2019/2020 des surfaces à 18,2 Mha. La hausse de la SAU pourrait de son côté grimper de 8 à 10 Mha, dans un scénario plus modéré. Côté demande intérieure, Arvalis ne s’attend pas à des modifications profondes de la consommation humaine (22,5 Mt actuellement, selon l’USDA ; 40,5 Mt si l’on rajoute la consommation animale), la population russe tendant à décroître. En revanche, la demande en qualité fourragère progresserait quelque peu, avec la hausse de la production de volailles et de porcins. « Mais ces animaux consomment surtout du maïs. Ainsi, la demande en blé fourrager ne devrait pas exploser », tempère Yannick Carel. Au total, la consommation intérieure se maintiendrait dans les années à venir à 41 Mt.

Des aides du gouvernement pour l’acquisition de matériel

Les recherches d’Arvalis confirment la mécanisation accrue des fermes céréalières russes, boostée par la mise en place en 2014 de subventions à l’achat de matériel agricole. « Un céréalier russe qui veut acquérir un tracteur, une moissonneuse… verra le gouvernement prendre en charge 15 % de son acquisition, si le matériel est fabriqué en Russie », précise Margaux Verdier, analyste chez France Export Céréales, partie prenante de l’enquête. nouvelles machines russes sont donc capables de couvrir plus de surfaces, permettant de récolter et de traiter (notamment contre les punaises) avant le retour de conditions météorologiques défavorables. Petit bémol néanmoins : « l’exode rural en Russie engendre des problèmes de personnels qualifiés pour conduire les machines, de plus en plus dotées de technologies de géolocalisation », indique Yannick Carel. Autre souci, les agroholding, gérant plusieurs milliers d’hectares, manquent parfois d’employés compétents dans le domaine agronomique. « L’agronome en chef, gérant de très grandes surfaces, est généralement très qualifié. Mais il manque souvent de relais sur le terrain », précise Margaux Verdier. Enfin, l’étude rapporte que les céréaliers connaissent des problèmes de financements auprès des banques malgré les aides de l’État. taux d’intérêt en Russie sont bien plus élevés qu’au sein de l’Union européenne, et les emprunts sont plus conséquents, car devant financer des milliers d’hectares.

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