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Colza
Un marché à l’aube d’un essor attendu

Alors que la récolte 2006 de colza est restée stable comparée à 2005, le développement des biocarburants devrait doper à l’avenir la production

La récolte 2006 de colza n’a été que très faiblement en baisse cette année, à quelque 15 Mt dans l’UE à 25, soit 5Mha. « La tendance de fond est à la hausse sur une échelle pluri-annuelle, mais 2006 a accusé un léger repli à cause de la vague de chaleur du mois de juillet », a affirmé Jean-François Courtin, de l’entreprise Cargill, lors de la première matinée des 22 es journées Claude Thieulin organisées par l’Aftaa (Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales). Par comparaison, en 2002/2003, la récolte avait été fortement altérée par la canicule de l’été, et elle se situait à un niveau de 11,5 Mt, soit 4 Mha.

Avec de tels niveaux de production de graines, l’UE reste pourtant déficitaire. L’importation montre une compétitivité des origines pour le moins fluctuante : alors que l’année passée l’Australie était le principal fournisseur, cette année verra une montée en puissance des pays de l’Est et notamment des origines ukrainienne et russe.

Capacités de trituration en hausse

Sur 2005/2006, les graines de colza ont

re présenté plus de 40 % des capacités de trituration de l’UE à 25, soit une trituration de 14,3 Mt. « Le colza prend des parts de marché, au détriment du soja et du tournesol», a montré Jean-François Courtin. En effet, en 2003/2004, ces capacités s’avéraient moindres que pour le soja, respectivement à 34 % contre 50 %, pour une trituration totale de 30,3 Mt (tournesol compris), contre 31,5 Mt à l’heure actuelle. Cette tendance progressiste du colza est encore plus affirmée pour la France, puisque la trituration de graines de colza se réalise à hauteur de 66 %, loin devant le tournesol (26 %) et le soja (8 %). Dans le détail, on constate qu’en un an seulement, les capacités de trituration du colza ont augmenté de 8 %, grâce surtout à la mise en place de nouvelles usines en Allemagne.

L’essor des biocarburants devra conduire à de nouvelles stratégies

L’Europe, et en particulier la France, ont clairement dit « oui » aux biocarburants. « Les choses vont très vite, avec le développement des biocarburants, dont le biodiesel », a ajouté Jean-François Courtin. Ainsi l’UE à 25 se retrouve-t-elle déficitaire en huile de colza, de l’ordre de 400-500.000 t, alors qu’il y a encore quatre à cinq ans, elle était exportatrice. L’agenda européen pour le développement des biocarburants est très clair : en 2010 devront être incorporés 5,75 % de biodiesel au gazole. Le gouvernement français a même anticipé ces taux en plaçant le taux d’incorporation à 5,75 % en 2008 et 7 % en 2010. Et, faut-il le rappeler, un ensemble de mesures fiscales devraient inciter ce développement. Le colza est, pour l’instant, le premier ingrédient de l’EMHV (ester méthylique d’huiles végétales). À terme, la production de diesel alternatif devrait se développer avec d’autres huiles (soja, tournesol, palme), mais les contraintes techniques actuelles ne permettent pas encore de satisfaire une utilisation poussée. L’Europe devient donc structurellement déficitaire en huile de colza... et donc en graines. Toutefois, le maintien de la prime à l’huile de colza en Europe devrait maintenir un flux d’importation d’huile de colza vers la Communauté et encourager les industriels à considérer d’autres huiles alternatives. Mais, selon Jean-François Courtin, avant de penser à l’importation massive d’huile, « le développement de la filière devra reposer sur le développement de la production de colza dans les pays européens, du moins jusqu’en 2010 », pour satisfaire les objectifs de capacités de trituration à 20 Mt contre 15 Mt actuellement. Agronomiquement parlant, il est donc souhaitable que la récolte européenne de colza atteigne les 20 Mt en 2010 (soit 5 Mt de graines nécessaires en plus par rapport à 2006/2007). Sur le plan industriel, de nouvelles capacités de trituration ont déjà été mises en place en Allemagne, en France et au Benelux. En ce qui concerne l’Hexagone, la production de graines pourrait progresser à 6 Mt sur 2008/2009 (projections des agronomes les plus plausibles, compte-tenu des contraintes de rotation et sans tenir compte des jachères). La France pourrait donc passer à 4,5 Mt de trituration pour alimenter la filière Diester, avec 1,6 Mt d’huile de colza (2,3 Mt de biodiesel).

Il reste à savoir ce qu’il adviendra des produits dérivés et coproduits issus de la trituration. Dans ce domaine, tout n’est pas encore élucidé. En ce qui concerne le tourteau de colza, tout coïncide pour le moment. L’évolution de sa consommation est de l’ordre de 20 % par an sur trois ans, au détriment du tourteau de soja. Ce potentiel de consommation pourrait « facilement » augmenter pour atteindre les 2,5 Mt en 2008/2009, selon Jean-françois Courtin. Ce qui signifie aussi qu’il est souhaitable que les rations d’aliments du bétail (notamment pour bovins et porcins) comportent davantage de tourteaux de colza. Si ces objectifs doivent être réellement pris en compte, il sera nécessaire de revoir les ratios soja/colza dans l’alimentation animale et de savoir jusqu’à quel taux le tourteau de colza peut être incorporé.

Et qu’adviendra-t-il de la glycérine ? Il faut rappeler qu’environ 1t d’huile de colza traitée donnera 1 t d’EMHV et 0,1 t de glycérine en produits finaux, soit quelque 250 à 300.000 Mt de glycérine disponible en 2010. Les débouchés restent donc à développer. Une part est déjà utilisée pour les cosmétiques, mais dans un volume limité. Les autres valorisations possibles concernent les secteurs de la lipochimie, de l’énergie et de l’alimentation animale, pour lequel le développement est encore bien mesuré à ce jour.

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