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Un durcissement de la grève serait catastrophique selon les opérateurs

Grèves – Trains, fret maritime et fluvial, routes... l’ensemble du réseau de transport français est touché par le mouvement social contre la réforme des retraites

ALORS QUE LE MOUVEMENT SOCIAL semble marquer le pas mais se prépare à une nouvelle journée de manifestation, les opérateurs du secteur des grains ont dénoncé la semaine dernière les graves conséquences des grèves pour la santé économique des entreprises. L’ensemble des moyens de transport a été touché pendant plusieurs jours gênant ou empêchant les mouvements de marchandises sur l’ensemble du territoire français. Même si une majorité des opérateurs ont passé cette période sans trop de casse, en se préparant et en s’organisant au jour le jour, tous témoignent de dysfonctionnements et redoutent que le conflit ne prenne de l’ampleur.

Triple sanction
    « Ports bloqués, fret ferroviaire désorganisé, fret routier en panne d’essence, les conséquences sont déjà graves pour des pans entiers de l’économie française et plus encore pour les territoires ruraux et les coopératives qui les font vivre », dénonce un communiqué de Coop de France du 21 octobre. La pénurie de carburants rencontrée depuis plusieurs jours a certainement été la plus difficile à gérer. D’abord parce que la majorité des mouvements de marchandises se font par la route, mais aussi compte tenu de la souplesse du transport routier qui peut se substituer assez facilement au fret maritime ou ferroviaire. L’Association des fabricants d’aliments du bétail (Afab) a averti dans un communiqué du 21 octobre que « la pénurie de carburants, la rupture d’approvisionnement en matières premières, le blocage de camions sur les ports et les routes » entraîneraient « des différés de livraisons d’aliments vers les élevages ». L’accès à la matière première est également très perturbé par le blocage des trafics routier et maritime. 
    Au niveau portuaire, la logistique, déjà freinée par la réforme des grands ports maritimes, est également très désorganisée. « Les navires prennent du retard quand ils arrivent à être chargés et à partir. Nous arrivons à discuter pour que les chargements soient réalisés et que les bateaux partent, mais au cas par cas. Ce n’est pas normal. En principe, nous ne sommes pas tributaires du personnel en grève sur le port de La Rochelle puisque nous avons nos propres équipes. Mais il y a une volonté de blocage total de la main d’œuvre portuaire » extérieure à l’entreprise regrette Vincent Poudevigne, directeur général de Sica Atlantique. Au 21 octobre, celle-ci affichait un décalage des sorties de 60.000 t de blé. « Ce volume risque d’être perdu ou reporté sur l’exercice suivant, ce qui se traduirait par une perte ou un report de 240 à 250.000 euros de chiffre d’affaires à 200 €/t » affirme le représentant de la société portuaire.
    Les récoltes de maïs sont aussi indirectement touchées par les grèves. Compte tenu de l’impossibilité momentanée de transférer le blé vers certaines zones portuaires, le maïs ne peut être séché en vue d’être stocké. « Le risque de voir des agriculteurs laisser leur production sur pied existe » assure Vincent Poudevigne. « Nous avons une année correcte en terme de prix et nous avons maintenant un désavantage compétitif, car on ne peut plus travailler, c’est scandaleux » dénonce François Pignolet, directeur général Métier du grain d’Axereal.
    Dans le Centre, où les organismes stockeurs dépendent beaucoup du réseau ferroviaire, « l’impact sur le rail est plus important que l’absence de gasoil à la pompe » explique François Pignolet. « Depuis le début des grèves, 80 trains ne sont pas partis et 13 sont actuellement bloqués. Nous essayons d’y pallier en mettant des camions sur les routes, mais le manque de gasoil est limitant. Sans parler du bilan environnemental négatif que cela implique. »
    De son côté, la meunerie ne semble pas trop touchée par le mouvement social pour l’instant. Les meuniers soulignent tout de même des demandes plus fréquentes de réapprovsionnement en farine, pour faire face à une éventuelle impossibilité d’être livrer. Selon certains gros industiels, la situation a été contrôlée jusqu’ici, mais un durcissement pourrait être plus délicat à gérer.
     
« Ne pas décourager les importateurs »
    « En France, depuis la hausse des cours, on a une belle mécanique qui s’est mise en place à l’exportation, mais le moindre grain de sable peut tout enrayer », prévenait Jean-Philippe Everling, responsable de l’exportateur Granit Négoce, lors des dernières JTIC en référence à l’impact des grèves. La médiatisation à travers le monde du mouvement social en France ainsi que ses effets sur la logistique pourraient faire reculer d’éventuels importateurs. C’est ce que redoutent les exportateurs français. « Il est dommage de renvoyer cette image-là, car nous avions regagné des marchés, notamment en Egypte » regrette Vincent Poudevigne.
    Quelques signes d’amélioration apparaissaient ce mercredi, comme la reprise du travail dans 5 des 12 raffineries de France, selon Brice Hortefeux. De son côté, Jean-Louis Borloo a reconnu « quelques difficultés, notamment dans les zones rurales qui sont à distance des dépôts » et a assuré que « pour le week-end de la Toussaint, le surapprovisionnement des stations est prévu et le travail se fera lundi ».

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