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« Tout est dans la régulation, pas dans l’interdiction »

La Dépêche - Le Petit Meunier : Les 22 et 23 juin prochains, les ministres de l’Agriculture du G20 se réuniront à Paris. Quels seront les principaux sujets qui seront abordés au cours de ces réunions ?
Philippe Chalmin :
L’enjeu principal de ce G20 agricole sera de remettre enfin l’agriculture à la place qu’elle mérite : au sommet des préoccupations mondiales. La question alimentaire sera le défi majeur à relever au XXIe siècle. Mais plus précisément, les objectifs affichés sont de diverses natures. Les différents ministres de l’Agriculture vont chercher des outils pour obtenir une meilleure régulation du marché, et en faciliter la transparence. Les autorités doivent être capables d’en assurer le contrôle. C’est déjà le cas aux Etats-Unis, mais nous manquons de moyens en Europe et sur la scène internationale. Si nous pouvions avoir un meilleur contrôle au niveau européen, ce serait déjà un grand pas. Il faut donc travailler dans ce sens, mais sans aller trop loin.
On entend parler d’interdire la spéculation sur les denrées alimentaires. C’est un faux débat, tout est dans la régulation, pas dans l’interdiction. Je suis par contre sceptique quant aux mesures visant à éviter les embargos. Les objectifs majeurs sont d’aider les pays à construire des politiques agricoles et à les financer.

La Dépêche - Le Petit Meunier : La gestion et la connaissance des stocks semblent être une piste qui sera discutée lors du conseil du G20 agricole, pensez vous qu’un meilleur contrôle de la volatilité passe par ces outils ?
Philippe Chalmin :
Même si dans certains pays le niveau des stocks est effectivement très flou, nous en avons déjà une bonne connaissance sur de nombreux de pays, notamment ceux des grands exportateurs. Le souci ne vient donc pas de la connaissance des stocks, mais plutôt des aléas climatiques. Nous avons beau connaître nos stocks, personne n’avait prévu une telle sécheresse en Europe, et les problèmes que rencontre la production de blé.
On ne peut pas anticiper ces conditions, nous faisons toujours face à de grandes incertitudes concernant Dame Nature. Ce qui m’intéresse finalement, ce sont moins les stocks que de savoir s’il va pleuvoir demain.

La Dépêche - Le Petit Meunier : Mais quels sont alors les moyens dont nous disposons pour faire face à ces incertitudes et garantir la sécurité alimentaire mondiale ?
Philippe Chalmin :
En terme de sécurité alimentaire, on doit construire un programme qui vise à établir des stocks d’urgence. Ils devront être disponibles immédiatement en cas de crise, et seulement dans ces situations exceptionnelles. L’aide aux pays en difficulté ne doit pas nécessairement être monétaires, mais peut passer des soutiens en nature.
C’est le seul moyen dont nous disposons pour amoindrir les difficultés que nous pouvons rencontrer au niveau de la production mondiale.

La Dépêche - Le Petit Meunier : En parlant d’aléa climatique, votre 25e rapport Cyclope, « Le Printemps des peuples et la malédiction des matières premières », paru en mai dernier, est-il toujours d’actualité avec la sécheresse inattendue que nous connaissons actuellement et qui met en péril les cultures de céréales à paille et de colza ?
Philippe Chalmin :
Oui, la sécheresse a fait du mal en Europe, mais elle est loin d’être mondiale. Les bassins de production autour de la mer Noire ont semble-t-il de très bons rendements sur cette campagne. Et il ne faut pas oublier la levée de l’embargo russe au 1er juillet qui rééquilibre un peu l’offre dans la région européenne.
Si les conditions météorologiques restent stables, nous allons assister à une détente du prix du blé.

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