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Soja non déforestant : le Mercosur désuni face au Règlement européen sur la non déforestation

Les quatre pays du Mercosur ont chacun une posture bien différente vis-à-vis du Règlement européen sur la non déforestation (RDUE), fait révélateur de l’extrême complexité des débats qui ne feraient que commencer.

Gédéon Pereira, le vice-président de la Confédération nationale agricole brésilienne, sur le pont des silos de sa vaste ferme de Bagê, au Rio Grande do Sul.
Gédéon Pereira, le vice-président de la Confédération nationale agricole brésilienne, dans sa vaste ferme de Bagê, au Rio Grande do Sul.
© Marc-Henry André

L’Uruguay, premier de la classe historique du Mercosur en matière de traçabilité agroalimentaire, a dit « oui » d’emblée au Règlement européen sur la non déforestation (RDUE). 

L'Uruguay est en faveur du RDUE

Vu son petit territoire pampéen presque dénué de forêt autochtone, on s’y attendait. L’Uruguay a renforcé à l’occasion son Label de Gestion Durable pour montrer patte blanche en matière de non déforestation aux yeux du monde entier.

Le Brésil, contre mais ouvert au dialogue

Le Brésil, très critiqué à cause de sa souveraineté sur la majorité du bassin amazonien, est contre le RDUE en l’état, mais ouvert au dialogue. Le géant du Mercosur produit presque tous les biens concernés par le RDUE (soja, bœuf, café, cuir bovin, bois), qui pèsent grosso modo pour 60 % de ses exportations agricoles vers l’Union européenne.

Brasília a mis la pression sur Bruxelles pour repousser d’un an encore l’application dudit règlement. Chose faite, cela montre tout son poids dans le débat.

Au-delà de la fracture idéologique entre partisans de Bolsonaro et ceux de Lula, les patrons de l’agroalimentaire brésilien sont, vis-à-vis de l’étranger, plutôt dans le premier camp, donc dans l’opposition au gouvernement de Lula da Silva. Cependant, le Brésil se montre uni sur la question de la gestion des espaces forestiers qui sont les leurs.

Le Brésil veut promouvoir les vertus de son agriculture tropicale raisonnée.

Sa stratégie est de démontrer scientifiquement et de promouvoir aux yeux du grand public international les vertus de son agriculture tropicale raisonnée et à la pointe de la technologie, laquelle est encore loin d’être la norme sur le terrain.

En ce début d’année, à Bruxelles, le vice-président du syndicat de la Confédération nationale agricole (CNA), Gédéon Pereira, a rappelé que le Brésil a engrangé en 2024 une récolte de grains record de 338 millions de tonnes (Mt) et que l’UE demeure son deuxième débouché à l’export.

« Il est impossible de tracer tout le soja produit au Brésil depuis la ferme jusqu’aux ports d’exportation », indique la Confédération nationale agricole locale.

« Or, il est impossible de tracer tout le soja produit au Brésil depuis la ferme jusqu’aux ports d’exportation, y a-t-il dit. Il faut séquencer le débat environnemental pour en relever les défis. »

Le rejet de cette loi européenne est total de la part de l’interfilière brésilienne du soja, Aprosoja, qui a appelé les céréaliers à refuser tout contrat contenant une clause liée au RDUE.

L'Argentine à l'avant-garde de la non déforestation tracée

En Argentine, au contraire, l’interfilière de l’exportation de protéagineux (Ciara [1]) a créé, dès 2019, un système de traçabilité ad hoc baptisé plateforme Visec [2] en réponse au RDUE, en plaçant ainsi l’Argentine à l’avant-garde mondiale de la non déforestation tracée, rien de moins !

Mais voilà, patatra, en août dernier, le syndicat agricole argentin majoritaire (CRA [3]) a claqué la porte du système Visec en sortant de sa gouvernance. « Ce système proposait à nos céréaliers un contrat devant compiler et valider les infos exigées par le RDUE, mais ceci à titre gratuit, alors qu’il s’agit d’informations sur nos fermes, et avec le risque d’être rayés de la liste des fournisseurs de l’export en cas d’incongruité, alors que l’UE n’a jamais voulu ça ! », raconte Ernesto Messina, référent Environnement au sein de CRA. Le risque est gros, poursuit-il. Car nos procédures administratives sont encore imparfaites, comme l’emploi de points de géolocalisation des fermes au lieu de polygones sur base d’imagerie satellitaire pour en délimiter chaque parcelle », reconnaît-il.

Le rôle de nos sols agricoles sud-américains comme puits de carbone est absent du RDUE.

« Le débat commence à peine. Rien n’est exclu. L’Union européenne a ouvert une porte dont l’appel d’air chamboule tous les acteurs des filières du soja et de bœuf. Certains thèmes essentiels n’ont pas été discutés. Par exemple, le rôle de nos sols agricoles sud-américains comme puits de carbone, absent du RDUE, malgré son importance dans la lutte contre le changement climatique », déplore Ernesto Messina.

Ce point précis, parmi tant d’autres non moins essentiels, sera argumenté en novembre lors de la COP 30 de Belém, au Brésil. « Il y aura même là une aire de démonstration des systèmes agricoles sud-américains régénérateurs », informe Ernesto Messina.

Au Paraguay, le secteur privé a adopté un système similaire à la plateforme Visec argentine et l’a présenté récemment à Bruxelles, en attente de sa validation.

Lire aussi : La profession agricole veut profiter du nouveau report du RDUE pour le simplifier

 

[1] Chambre des industriels 

[2] Vision sectorielle du Grand Chaco.

[3] Confédérations rurales argentines.

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