Spécial Nutrition animale
Snia/Coop de France NA : l'élevage face à un contexte de campagne inédit

« Cette année, en cette veille de Space et de Sommet de l'élevage, nous avons un peu la totale ! », a déclaré Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale, lors de la conférence de presse commune avec le Snia, organisée le mercredi 10 septembre à Paris. « Nous sommes dans un contexte inédit où, en plus des problèmes structurels des filières animales, nous empilons la problématique Céréales, en amont, et un double embargo, en aval, explique Jean-Luc Cade. À la fois géopolitique, avec la Russie, et sanitaire, avec la peste porcine africaine, qui continue de s'étendre sur les pays baltes. Et cerise sur le gâteau, les négociations en cours, relatives aux accords de libre-échanges avec les États-Unis et le Canada, sont potentiellement une menace supplémentaire. » Dans ce sombre paysage, les fabricants d'aliments pour animaux français anticipent une nouvelle baisse de leurs productions. « Nous parions pour 2014 sur une baisse de 0,7 % (à 21,12 Mt, - 150.000 t) », estime Alain Guillaume, le président du Snia. Sur les sept premiers mois de l'année, l'érosion enregistrée est déjà de 0,2 %. L'évolution, d'un an sur l'autre, est contrastée selon les filières animales, avec - 4,5 % en porcs (5,1 Mt, - 210.000 t), - 1,1 % en volailles (8,6 Mt, - 100.000 t) mais +3 % en bovins (4,7 Mt, +140.000 t).
L'export, un relais de croissance des productions animales
« Quand l'export est bloqué pour des raisons géopolitiques, c'est tout l'échiquier des productions animales françaises qui est bousculé », souligne Jean-Luc Cade. « Les acteurs de la dinde ont calculé qu'avec l'embargo russe, c'est un débouché de 20.000 t de viande qui est perdu », précise le président du Snia. Et son homologue de Coop de France NA d'ajouter : « La question est de savoir comment les circuits commerciaux vont se rééquilibrer. »
La question est de savoir comment les circuits commerciaux vont se rééquilibrer.
Si on prend l'exemple du porc, le Brésil approvisionnant la Russie (depuis son embargo sur le porc européen, notamment français), « on pourrait penser fournir, par ricochet, les pays qui étaient approvisionnés par le pays sud-américain, comme le Mexique, poursuit-il. Mais cela suppose toute une démarche d'agrément sanitaire qui, par sa complexité et la lenteur administrative, peut prendre de six mois à un an. C'est tous ces obstacles que nous sommes en train de mesurer. » Et de conclure : « Ce qui me fait dire, et je reprends les propos de ce matin de l'interprofession nationale porcine (Ina-porc) : “Nous ne sommes qu'au début des difficultés”. »