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Oléagineux
Récolte de colza décevante en 2006

Mais les opérateurs de la filière restent optimistes au vu des perspectives de développement du biodiesel et du potentiel des variétés

« COUP DE BÉLIER ! » C’est ainsi que Xavier Beulin, le président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop), a qualifié le bilan colza 2006. Comparativement aux excellents résultats enregistrés en 2005, avec un rendement moyen national frôlant les 37 q/ha, les 30 quintaux à l’hectare de cette année, estimés par le Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains (Cetiom), font triste mine. « Le moral des campagnes n’est pas très bon. (…) Il est de notre responsabilité d’envisager les conséquences pratiques et les perspectives concernant le marché et le développement de la production oléagineuse », a indiqué en substance Xavier Beulin, lors de la conférence de presse de rentrée de la filière oléagineuse. Rencontre annuelle qui a été avancée, afin de permettre à l’interprofession de galvaniser les troupes et inciter les producteurs à semer davantage de colza cette année.

Colza, une culture technique

Contrairement aux céréales, « l’itinéraire technique du colza n’est pas forcément onéreux pour arriver à des résultats satisfaisants en termes de coûts », affirme Jacques Siret, président de l’Organisation nationale interprofessionnelle des graines et fruits oléagineux (Onidol). Cette culture a besoin d’un suivi technique précis : « Le colza ne se pilote pas à distance. (…) Il faut aller le voir tous les jours », explique-t-il, avant de renchérir : « Quand la situation météorologique est difficile, c’est là que le potentiel de l’agriculteur peut s’exprimer. » Un avis largement partagé par Fabien Lagarde, responsable de la direction technique du Cetiom, dont les conclusions de son rapport sur le déroulement de la culture de colza en 2005/2006 sont sans appel. « Des erreurs dans la conduite, cumulées aux difficultés d’implantation, expliquent les gros écarts de rendements entre parcelles d’une même région. »

C’est dommage, car les potentiels en terme de génétique et de protection des cultures existent. Xavier Beulin le confirme : « L’intérêt des firmes phytosanitaires au développement du colza est bien réel. Notamment concernant le désherbage, où des programmes de recherche très lourds vont permettre aux agriculteurs de bénéficier de produits beaucoup plus performants », après dix à quinze ans sans innovations majeures. Le constat est identique concernant les semenciers. « Le progrès génétique est là », insiste pour sa part Fabien Lagarde. Le Cetiom évalue de plus en plus de variétés qui présentent des notes CTPS dépassant de 3 % celles des témoins. « Ces bons résultats se confirment en culture », précise le responsable du centre technique. Ces variétés ont aussi la particularité, tant recherchée, d’être très peu sensible au phoma (TPS phoma).

Techniquement parlant, tout est réuni pour permettre à la culture du colza de se développer en France. Et ce ne sont pas les perspectives de marché, plus qu’optimistes, qui contrediront cette état de fait.

Biodiesel, le moteur du marché

Il suffit de regarder le prix de base “graines Diester” versé aux organismes collecteurs pour 2006/2007, qui s’établit à 253 E/t Prix, exprimé rendu usine en base juillet 2006 pour des graines aux normes, se composant de 218 E/t de prix d’acompte + 15 E/t de complément de prix + 20 E/t de prime d’engagement (pour les surfaces engagées dans le cadre de contrats pluriannuels Jachères ou ACE entre l’organisme collecteur et le producteur). contre 230 E/t la campagne dernière, pour se convaincre de la bonne tenue du marché des biocarburants. « On a confirmation d’une demande importante en oléagineux en France et en Europe, liée au biodiesel »,affirme pour sa part Xavier Beulin, avant d’ajouter : « C’est un marché structurel – et non plus cyclique – qui s’installe fortement, procurant des perspectives palpables par les agriculteurs. »

Selon Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiproteol, l’établissement financier de la filière française des huiles et protéines végétales, « aujourd’hui il y a peu de raisons pour la graine de colza que les prix du Matif aillent à la baisse », étant donné le recul à l’échelle mondiale du niveau de production (47 Mt, contre 48-48,5 Mt en 2005), avec une relative stabilité dans l’UE à 25 (15,4 Mt) et un repli marqué en France (4 Mt, contre 4,5 Mt en 2005). « Dans la Communauté, la demande en biocarburant est là et, en alimentaire, elle reste importante. » Les besoins en graines seront donc réels, d’autant que l’UE à augmenter ses capacités de trituration. « Les prix vont être tenus, confirme-t-il. C’est un élément satisfaisant pour les producteurs.»

Par ailleurs, « il n’y a pas de crainte à avoir » concernant l’écoulement des tourteaux de colza, d’autant que « le problème de salmonelles est aujourd’hui résolu », affirme Philippe Tillous-Borde. Les tourteaux de colza se vendent très bien, en raison de la sécheresse : «La demande est forte de la part de l’alimentation du bétail à l’échelle européenne, pour des tourteaux de colza cotant 125 euro la tonne !» Une situation qui rassure Xavier Beulin, qui est persuadé que « la réussite du plan Biocarburants français passera par la réussite de la valoristaion des coproduits dans une relation gagnant-gagnant ». Ainsi, avec la filière de l’alimentation animale, glisse-t-on « d’une approche complètement commerciale, à une approche plus contractualisée. », ce qui permettra à l’élevage de « bénéficier des avantages de la filière des biocarburants ».

Une situation économique porteuse qui est à l’origine de la hausse prévisionnelle des emblavements de colza cette année. Selon les premières estimations, on enregistrerait une croissance comprise « entre 5 et 10 % » par rapport à l’année dernière, « notamment dans les nouvelles zones de production ».

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