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Foncier
Nouvel éclairage sur le phénomène opaque des achats de terres

Avec 1.217 transactions foncières transnationales répertoriées depuis 2000, le site internet Land Matrix vise une plus grande transparence.

UN SITE INTERNET tente d’éclairer le phénomène d’acquisitions de terres à grande échelle. La matrice des transactions foncières, lancée le 27 avril, a été initiée par un partenariat entre le Cirad, le CDE, le Giga, le Giz, et la Coalition Foncière Internationale (ILC). Le site internet « apporte des réponses indispensables à des questions urgentes : qui investit où, et pourquoi ? », explique Jann Lay, du Giga. Cela doit permettre une plus grande transparence des transactions. « Il est nécessaire de faire la distinction entre investissement sur les terres et accaparement des terres », indique Ward Anseeuw, du Cirad, car « de nombreuses zones ont un besoin urgent d’investissements agricoles ». Le projet essaye de systématiquement répertorier les grandes acquisitions foncières depuis 2000. Une tâche complexe car chaque transaction est particulière, et les informations pas toujours accessibles. Entre ruée vers les terres et pure spéculation, menaces pour les populations locales ou opportunités d’investissement dans des secteurs longtemps négligés, les avis sont partagés.

Un outil pour contrer la volatilité des prix
Selon la base de données de la Matrice, la course à la terre est bien réelle et serait même plus importante que prévue. Elle se serait accélérée lors de la flambée des prix alimentaires en 2007/2008, période durant laquelle elle a été très médiatisée. Les acquisitions de terres à l’étranger sont souvent motivées par un manque, actuel ou futur, de nourriture, d’eau ou d’énergie que les pays investisseurs cherchent à combler. D’autres sont purement spéculatives. Les opérateurs anticipent une hausse de la population, ainsi qu’une demande croissante en denrées alimentaires et les biocarburants qui feront monter les prix. Les différents projets concernent autant les cultures alimentaires que non alimentaires, dont 23 % de cultures dites « flexibles », comme le soja, la canne à sucre ou le palmier à huile. Cela permet aux investisseurs une plus grande marge de manœuvre pour faire face à la volatilité des prix.

L’Afrique, première zone ciblée
Depuis 2000, 1.217 transactions ont été répertoriées, soient 83,2 Mha ! Jusqu’à présent, seuls 27 % ont donné lieu à de réels projets, néanmoins la surface concernée de 21 Mha est déjà conséquente.
D’après le rapport publié en parallèle du lancement du site, les investissements se font majoritairement en Afrique avec 754  transactions sur 56,2 Mha, contre 17,7 Mha en Asie et 7 Mha en Amérique latine. Les terres achetées en Afrique équivalent à 4,8 % de la surface agricole totale du continent, soit la superficie du Kenya. 70 % des surfaces concernées sont concentrées dans 11 pays : le Soudan, l’Ethiopie, le Mozambique, la Tanzanie, Madagascar, la Zambie et la République démocratique du Congo pour l’Afrique. Les Philippines, l’Indonésie et le Laos pour l’Asie du Sud-Est. Les pays ciblés sont parmi les plus pauvres, peu intégrés à l’économie mondiale, où les épisodes de famine sont fréquents et où les institutions foncières sont fragiles. Les transactions sont parfois source de conflits avec les populations locales car 45 % visent des terres déjà cultivées et 24 % concernent des zones boisées. Les investisseurs ont tendance à choisir des terres agricoles où le potentiel d’augmentation des rendements est élevé.
Les pays acquéreurs peuvent être regroupés en trois catégories: ceux de l’hémisphère Nord, type états-Unis et Union européenne, les pays émergents (Brésil, Afrique du Sud, Chine, Inde, Malaisie, Corée) et les Etats du Golfe. Le PIB/habitant de ces pays est en moyenne quatre fois plus élevé que celui des pays ciblés. Les compagnies privées se placent en tête des acheteurs (442 projets sur 30,3 Mha), suivies de compagnies publiques (172 projets sur 11,5 Mha), de fonds d’investissements (32 projets sur  3,3 Mha) et enfin de partenariats publics/privés (12 projets sur 0,6 Mha).
Ce qui inquiète principalement, c’est la façon dont ces transactions foncières sont décidées et mises en place. Les systèmes locaux de gestion du foncier sont en effet souvent inadaptés pour gérer des investissements à grande échelle. Lorsque l’information est disponible, il ressort que la terre, vendue ou cédée à bail par l’Etat aux investisseurs, est souvent déjà aux mains de petits propriétaires . C’est le problème des modèles fréquents en Afrique, où plusieurs personnes jouissent d’un même terrain. Les transactions sont rarement basées sur un consentement libre et informé des locaux.
Le phénomène d’achats de terres, dopé par la crise alimentaire en 2007/2008, semble avoir ralenti depuis 2009. Mais cela pourrait ne refléter qu’une plus grande opacité du système ou une moindre couverture médiatique.

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