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« Nous ne sommes pas optimistes sur le redéveloppement de la prime brassicole d’ici à la fin 2026 », affirme Julien Darley, directeur général de Granit Négoce

Pour les traders de Granit Négoce, filiale d’Axéréal, seul un événement climatique adverse sur la récolte 2026 pourrait soulager la faiblesse des primes sur l’orge brassicole.

De gauche à droite, Julien Darley et Alexandre Jonet, traders grains chez Granit Négoce
Julien Darley et Alexandre Jonet, traders pour Granit Négoce
© Adèle d'Humières

Le marché de la bière est déprimé

En Europe comme dans le monde, les ventes de bière ne soutiennent plus le marché de l’orge brassicole. En témoignent les faibles prix de l’orge brassicole Faro et Planet en FOB Creil, tels que relevés le 28 janvier par La Dépêche Le petit meunier, tous deux à 184 €/t sur la période février-juin 2026. Nos correspondant·e·s nous signalent depuis plusieurs mois le manque de demande de la part des consommateurs, et par ricochet de la malterie. En cause, l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat des consommateur·rices. « Les volumes de bière vendus par les gros brasseurs (AB InBev, Heineken, Carlsberg…) se sont repliés sur les campagnes 2023-2024 et 2024-2025, tandis que leur revenu net a augmenté. Les prix de la bière ont monté de manière logique en 2022 lors de la forte inflation liée à la guerre en Ukraine, et ne sont jamais redescendus », signale Julien Darley, directeur général de Granit Négoce, filiale d’Axéréal. Le manque de dynamisme du marché a déjà entraîné la fermeture de malteries : les deux dernières malteries du groupe Soufflet en Allemagne, et quatre sites de Boortmalt du groupe Axéréal (en arrêt d'activité depuis quelques mois), deux dans l'Union européenne et deux en Australie. L’usine hongroise de Boortmalt devrait aussi connaître une réduction d’activité (pas de fermeture prévue).

Lire aussi : Le marché de l'orge brassicole fait grise mine

Sur le marché européen, la demande en orge brassicole ne montre pas de signes de reprise

« Nous sommes peu optimistes sur un éventuel redéveloppement de la prime brassicole vers le haut d’ici au 30 juin 2026 », lance Julien Darley. Actuellement, la prime brassicole en France est située aux alentours des 5 €/t, selon Alexandre Jonet, responsable trading de Granit Négoce. « Sur le premier semestre 2026, la demande en orge brassicole ne semble pas repartir de façon claire. La situation devrait se prolonger sur le reste de l’année civile 2026 », explique l’expert. Une conjecture qui ne devrait pas évoluer, à moins d’un incident climatique sur les semis de printemps en Europe.

Les volumes d’orges australiens plutôt dirigés vers le fourrager

Du côté de l’hémisphère sud, l’Australie bénéficie d’une récolte abondante pour la campagne 2025-2026, à 15 Mt dont 10 Mt de disponible exportable. « Sur celui-ci, 7,7 Mt ont déjà été chargés ou sont dans les carnets de commande », estime Julien Darley. Les ventes des agriculteurs australiens se sont en effet avérées dynamiques depuis la moisson, « alimentant le marché chinois (6 Mt projetées sur la campagne 2025-2026), l’Arabie saoudite (avec environ 0,5 Mt) et les débouchés habituels en Asie », rapporte-t-il.

En Australie aussi, la prime brassicole s’affiche très faible, sous les 5 $/t selon les dirigeants de Granit Négoce. La demande en orge fourragère est dynamique de la part de la Chine et de l’Arabie saoudite, et les vendeurs australiens n’ont pas besoin de prendre le risque de s’engager sur une qualité brassicole. « Ils préfèrent vendre leur orge en qualité fourragère sans risque, ce qui réduit artificiellement le taux de sélection en brassicole », souligne Alexandre Jonet.

Des problèmes de qualité en Argentine qui ne soutiennent pas les ventes d’orge brassicole

En Argentine, Granit Négoce évalue la part d’orge brassicole à seulement 30 %, contre 50 % habituellement. En cause, des problèmes de poids spécifiques et de taux protéiques. « La prime brassicole est écrasée partout, sauf en Argentine », précise Alexandre Jonet. Mais l’écart créé par les taxes à l’exportation et les coûts de fobbing limite la prime brassicole en FAS (franco au long du navire), ce qui en définitive n’incite pas spécialement les agriculteurs à la vente.

Lire aussi : Une récolte de blé record en Argentine pénalisée par la qualité

Les coûts de fobbing et le mécanisme de définition des taxes à l’exportation limitent la prime brassicole en Argentine

« La prime brassicole affichée en FOB Argentine se monte à 30 $/t, contre seulement 15 $/t en FAS Argentine. Cela signifie que le fobbing et les taxes à l’exportation sont plus coûteux pour l’orge brassicole que pour la fourragère », explique Julien Darley. En effet, le calcul de la taxe à l’exportation argentine se base sur un prix officiel, et non sur le prix du marché. « Le prix officiel de l’orge brassicole est beaucoup plus élevé », déclare Julien Darley. « Quant au fobbing, il se monte à 12 $/t pour l’orge fourragère contre 17 $/t pour la brassicole », ajoute le trader.

Lire aussi : Commerce international : la ferme Argentine sans taxe à l’export aura vécu 72 heures

Quels débouchés pour l’orge française sur la fin de campagne ?

Sur 3,7 Mt de disponible pour l’exportation, 3,2 Mt sont déjà engagés, ce qui laisse encore 500 000 t à réaliser sur la fin de campagne. « Ce n’est pas absolument sûr qu’on puisse les caser d’ici à fin juin », évoque Julien Darley. Pour le moment, les températures élevées et la sécheresse en Australie n’augurent rien de bon pour les semis 2026. « Cela s’est traduit par une hausse de 20 $/t des prix à l’exportation qui sont passés de 250 $/t CAF Chine à 272 $/t, avec les dernières affaires traitées pour livraison sur mai-juillet », signale l’expert. 
La compétitivité australienne s’érode notamment vers le Moyen-Orient. « Le Moyen-Orient pourrait représenter un débouché pour la France sur la fin de campagne », affirme Julien Darley, « si toutefois les pluies ne reviennent pas sur l’Australie ». La région s’est déjà procuré d’abondants volumes argentins, mais le pays a très bien avancé sur sa commercialisation et n’est pas des plus agressifs. 
Quant au Maghreb, ce débouché est dorénavant tari : « Tout le Maghreb est vert. Ils n’ont plus besoin d’acheter de l’orge, et l’essentiel a déjà été fait », alerte Julien Darley.

Lire aussi : Retour de l'Arabie saoudite dans les destinations françaises de l'orge fourragère

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