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Commerce mondial
« Ne pas négliger nos clients africains ! »

Sébastien Abis, directeur général du club Déméter, et Matthieu Brun, chercheur au club Déméter, s’expriment dans nos colonnes avant la Journée Export de France Export Céréales (FEC).

LD-LPM : Quelles sont les conséquences de la Covid-19 sur le commerce international des grains ?

Matthieu Brun : On peut constater que malgré les difficultés engendrées par la pandémie de Covid-19, le système alimentaire mondiale a globalement tenu. Les producteurs mais aussi les transporteurs ont été au rendez-vous, et les pays ont été fournis. Nous constatons de nouvelles exigences des populations, que la pandémie a exacerbées : la sécurité, la santé, et la soutenabilité, soit les trois "s". 

Sébastien Abis : Les céréales représentent 50 % de l’apport calorique de la population mondiale. Sans approvisionnement en grains, il n’y a pas de sécurité alimentaire, d’où ce besoin accru de sécurité lorsque la chaîne logistique est perturbée par un événement, notamment la Covid-19. L’année 2020 aurait pu être pire car, finalement, l’offre en grains s’est avérée assez abondante. Mais pour 2021, les récoltes s’annoncent plus faibles dans le monde (Russie surtout). Les pays vont faire leurs courses un peu plus vite, créant une surchauffe sur les marchés, faisant monter les prix. Or, le pouvoir d’achat dans une partie du monde (Afrique) est fortement dégradé par la Covid. On voit de l’inflation en Russie, en Argentine, au Brésil, en Afrique… On constate des mouvements de repli sur soi, de populisme, des taxes sur les exportations en Russie, des discussions de taxation en Argentine… De l’instabilité est rapportée dans bon nombre de pays : au Venezuela, au Sénégal, en Birmanie, dans le sud de l’Europe…, qui n’est pas que due à des questions alimentaires ou à la Covid certes, mais que ces dernières accentuent. Le programme alimentaire mondial (PAM) rapporte que plus de 1 milliard de personnes en 2020 sont frappées par la malnutrition, contre 850 millions auparavant. Et on rappelle que la production céréalière est concentrée sur quelques pays seulement. Ainsi, l’année 2021 s’annonce pire que 2020.

LD-LPM : La Chine va-t-elle poursuivre ses importants achats de grains lors des prochaines années ?

S. A. : Les dirigeants chinois actuels ont connu la grande famine qui a secoué le pays, et ne veulent surtout pas revivre cela. Ainsi, la sécurité alimentaire est un enjeu encore plus prioritaire qu’auparavant. Le pouvoir d’achat a augmenté en Chine, leur donnant davantage de capacités d’importer. Bien que le commerce mondial se soit intensifié sur les vingt dernières années, permettant d’alimenter davantage de pays importateurs, on risque effectivement d’entrer dans un nouveau cycle de marché, avec comme principal « driver » la demande chinoise. Malgré leur importante production de grains, il suffit d’une petite variation pour que les conséquences soient importantes sur le marché mondial. Exemple : une petite baisse de production de blé en Chine peut engendrer une hausse des besoins d’importations de quelques millions de tonnes, réduisant d’autant l’offre disponible pour les autres pays.

LD-LPM : Comment voyez-vous l’avenir des exportations françaises de céréales ?

S. A. : J’entends des débats sur la nécessité d’exporter les grains français ou non. Pour moi, il n’y a pas de débat ! C’est facile de se replier sur soi lorsqu’un pays est autosuffisant. Mais moins d’exportations signifient plus de faim dans le monde et plus d’instabilité politique, sachant que le Maghreb est à nos portes. Actuellement, c’est essentiellement la Chine qui fixe le prix des céréales françaises. Mais il ne faut surtout pas négliger nos clients historiques que sont les pays d’Afrique. Il ne faut donc pas opposer demande des consommateurs de davantage de production de proximité et demande internationale, nécessitant d’avantage d’exportation : il faut les deux. Et la France, bien qu’elle ne soit pas le plus grand exportateur de grains du monde, occupe une place importante aujourd’hui, constituant un atout de rayonnement, que nous ne devons pas sous-estimer !

M.B. : Cette montée du souverainisme, de nationalisme dans le monde touche effectivement également la France. Nous remarquons parfois une volonté de s'orienter vers le "localisme" à l'extrême. Il faut bien entendu insister sur la consommation locale et notamment l'importance des meuniers, mais cela ne doit pas faire oublier l'importance du commerce international.

LD-LPM : Nous constatons une hausse des prises de positions récemment de la part des opérateurs non commerciaux sur les marchés à terme de commodités agricoles, notamment sur les contrats à terme adossés sur le soja ou le maïs à Chicago. Comment voyez-vous cette montée en puissance ?

M.B. : Nous voyons effectivement les grands fonds d’investissement prendre de plus en plus de positions sur les marchés à terme agricoles. Mais nous pouvons globalement constater que l’intérêt du monde de la finance envers le secteur alimentaire s’accroît. Citons à titre d’exemple Black Rock (au travers de la création de « Nutrition Fund »), qui investit de plus en plus dans l’agriculture, le fonds souverain d’Abou Dhabi, qui investit dans Louis Dreyfus, ou encore divers fonds de pension attirés par la finance verte. Il faut aussi rappeler que certains pays, dont ceux du golfe, n’ont pas ou peu de capacités de production alimentaire, et doivent donc activer le levier des investissements extérieurs. La question de l’action du monde financier sur le secteur agricole est donc complexe et ne peut se résumer à une vision manichéenne. Des pays ont besoin de la finance pour investir dans l’agriculture et par ricochet se nourrir, mais il est vrai qu’il faut rester vigilant quant aux prises de positions sur les marchés à termes et leurs potentiels impacts sur les prix des matières premières.

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