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Politique agricole
Michel Jacquot dénonce le caractère systématique des aides Grandes cultures

PAVE DANS LE CHAMP. Après deux années généreuses, 2012 n’a pas laissé les producteurs de grandes cultures sur la paille. Leur revenu dépasserait son précédent pic historique de 2007, selon Agreste. En hausse depuis 2010, il augmenterait presque de moitié dans les fermes spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux. Les producteurs de grandes cultures verraient ainsi leur revenu progresser à 72.100 euros en moyenne cette année, contre 48.700 euros l’an passé et 9.600 euros en 2009. C’est dans ce contexte, auquel il faut ajouter une période de crise économique mondiale n’épargnant pas les contribuables français, que l’avocat et ancien directeur du Feoga (Fonds européen d’orientation et de garantie agricole) Michel Jacquot(1) a lancé une pétition auprès du Parlement européen, dénonçant la systématisation des aides, et surtout leur montant, aux producteurs de grandes cultures, notamment les céréaliers, alors que les prix sont très hauts. Cette pétition a été reçue par le président du Parlement européen qui a saisi la Commission des pétitions. Celle-ci ne s’est pas encore prononcée sur sa recevabilité. 

« Ces aides ne devraient pas être octroyées cette année »
    « La Commission aurait dû proposer au Conseil des ministres et au Parlement européen une modification des règles actuelles d’octroi des aides dont bénéficient ces producteurs et, en parallèle, des modifications à l’avant-projet et au projet de budget qu’elle a proposés, pour l’exercice 2013 », écrit Michel Jacquot en préambule de sa pétition. Pour lui, dans le contexte actuel de prix élevés des céréales, le paiement de ces aides aux céréaliers, « du même montant que celui fixé lorsque les prix de ces aliments étaient les plus bas », ne trouvent pas de justifications. Ces soutiens sont « d’autant moins justifiés que l’Europe traverse une des plus graves crises économiques et sociales de son histoire, qui oblige les gouvernements à adopter des plans de rigueur extrêmement sévères, notamment sur le plan budgétaire, un effort sans précédent étant demandé à tous les citoyens européens, alors que nombre d’entre eux sont confrontés à des difficultés de tous ordres (chômage, revenus en baisse, etc.) », précise la pétition. Certes « la hausse des charges existe, reconnaît l’ancien haut fonctionnaire bruxellois, mais c’est aussi le cas pour ceux qui ne touchent pas d’aides ». « Les céréaliers l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’ils ont lancé un fonds de solidarité pour l’élevage », argue Michel Jacquot.
    Alors qu’en 2008 et 2009 (années de prix bas pour les céréales), les aides européennes représentaient au moins 100 % du revenu des céréaliers, selon le service statistique du ministère de l’Agriculture, elles ne s’élèveraient plus qu’à la moitié pour 2012, à plus de 30.000 euros par exploitant en moyenne.

Michel Jacquot défend « une renationalisation de la Pac »
    «Début 2012, les prix étant déjà élevés, je suis entré en contact avec des quotidiens comme Le Monde, Les Échos ou le Figaro… sans succès. La question agricole n’intéresse pas suffisamment les médias français », regrette Michel Jacquot. Pour autant, en sa qualité de directeur du Feoga, il a été l’un des principaux artisans de cette Pac qu’il dénonce aujourd’hui. « Je suis pour une renationalisation de la politique agricole. On ne peut discuter sérieusement à 27. La codécision est une plaisanterie ! », estime-t-il. « La France est capable de mettre en place une politique agricole. Même si le retour financier est bon, l’Hexagone reste tout de même débiteur net, à hauteur de 11 M€ », poursuit l’ex-directeur du Feoga. Ces anciens collègues ou certains dirigeants syndicaux actuels lui reprochent de cracher dans la soupe. « Je n’accepte pas cette critique, se défend Michel Jacquot. En tant que directeur du Feoga, je défendais déjà un budget pour l’agriculture sur lequel on puisse jouer chaque année. »

« François Hollande a raté une occasion dans le débat sur la Pac »
    Avant l’administration européenne, Michel Jacquot a tenté d’alerter François Hollande, lui adressant un courrier resté sans réponse. Pour l’ancien directeur du Feoga, le Président de la République a manqué une belle opportunité de surpendre ses partenaires européens dans le cadre des négociations de la future Pac. « François Hollande aurait eu une marge de manœuvre extraordinaire s’il avait proposé de ne pas payer les aides à certains céréaliers. Quelle aurait été la réaction d’Angela Merkel ou de Gordon Brown ? Il a raté une occasion. »
    Pour l’heure, aucun accord entre les chefs des États membres de l’UE n’a été obtenu concernant le cadre financier pluriannuel de la future Pac. Ils doivent se retrouver début 2013.

(1) Après avoir été membre de la délégation française aux négociations pour la mise en œuvre du traité de Rome, Michel Jacquot a rejoint, en 1964, les services de la Commission à la direction générale de l’Agriculture. Conseiller du cabinet du président de la Commission, Jacques Delors de mi-1984 à 1987, il devient directeur du Feoga en 1987. Fonction qu’il occupera jusqu’en 1997.

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