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Biodiesel
Les producteurs européens pointent du doigt le dumping des Américains

Les fabricants de biodiesel, victimes d’une concurrence qu’ils jugent abusive, demandent à Bruxelles d’instaurer au plus vite des barrières douanières

DUMPING. Les fabricants européens de biodiesel se disent victimes des importations de leurs concurrents américains qui, bénéficiant des subventions accordées par leur gouvernement, peuvent écouler leur mélange à bas prix sur le marché de l’Union. Alertant la Commission européenne sur ce problème, ils appellent à la mise en place de toute urgence de mesures aux frontières.

Afflux de “B99” américain

Dans une lettre adressée au commissaire européen au commerce Peter Mandelson, le Bureau européen du biodiesel (EBB), qui représente 51 entreprises du secteur dans l’UE, dénonce l’accroissement des importations de mélange américain composé à 99,9 % de biodiesel et 0,1 % de diesel minéral. Ce produit, explique-t-il, bénéficie aux états-Unis d’une subvention de 1$/gallon (3,8 l), soit un soutien pouvant atteindre jusqu’à 263 $/m 3 (environ 0,20 e/litre). Concrètement, cette aide prend la forme d’un crédit d’accise de 1 penny par pourcentage de biodiesel mélangé à du diesel à base de pétrole. Il s’agit clairement d’une mesure commerciale inéquitable, estime l’EBB, ajoutant qu’un commerce triangulaire a même vu le jour, avec des producteurs de biodiesel ou des négociants de pays tiers (Malaisie, Brésil,…) qui livrent dans les ports américains du biodiesel ensuite mélangé à 1% de diesel minéral pour devenir du “B99” exporté vers l’UE.

Des prix équivalents à celui de l’huile de colza achetée au sein de l’Union européenne

En janvier dernier, les livraisons de ce “B99” dans la Communauté ont atteint quelque 30.000 t, celui-ci étant vendu dans la plupart des cas comme du biodiesel pur, selon l’EBB, qui craint que l’accélération de ces achats, si elle se poursuit, n’aboutisse d’ici à la fin de 2007 à importer plus de 500.000 t. Du fait des subventions dont il bénéficie aux états-Unis, ce produit est généralement offert sur le marché de l’UE « au même prix que les matières premières (huile de colza) achetées par l’industrie européenne pour fabriquer du biodiesel », affirme l’organisation professionnelle, dont les membres seraient ainsi confrontés à un véritable dumping. L’EBB demande donc instamment à la Commission de « prendre toutes les dispositions nécessaires pour riposter aux exportations américaines subventionnées et inéquitables de “B99” et ensuite les éliminer », « y compris des mesures urgentes comme un droit compensateur ».

Pratiques argentines également critiquées

L’UE a fabriqué en 2006 quelque 4,5 Mt de biodiesel, soit 70 % de la production mondiale, selon les chiffres de l’EBB. Viennent ensuite les Etats-Unis, avec 1 Mt, les autres producteurs émergents étant le Brésil, l’Argentine, la Malaisie et l’Indonésie. Dans sa lettre au commissaire européen au commerce, l’organisation professionnelle signale d’ailleurs que l’Argentine applique un régime de taxes à l’exportation différenciées : 27,5 % sur le soja, 24 % sur les tourteaux et l’huile, seulement 5 % sur le biodiesel et même 0 % s’il s’agit de mélange. Selon elle, ce système représente une prime de 19 à 24 % octroyée à l’industrie locale du biodiesel. Du coup, même si l’Argentine produit encore peu de biodiesel, de nombreuses usines de grande taille y sont en construction, de tels investissements étant réalisés « sur la base de mesures qui faussent les échanges et ne peuvent être acceptées par la communauté internationale ». Dans ces conditions, l’EBB « suggère l’inclusion des taxes à l’exportation différenciées dans le pilier concurrence à l’exportation de l’OMC en tant que subvention à l’exportation devant être soumise à élimination au titre du cycle de Doha ».

Consommation et production américaines vouées à se développer

Les dirigeants de General Motors, Chrysler et Ford ont, par ailleurs, récemment demandé à Gorge Bush d’instaurer davantage de mesures en faveur du développement des biocarburants. « Les normes de consommation n’ont été abordées qu’en ce sens où, s’il y a une réforme, les constructeurs pensent qu’il vaut mieux la faire par le biais de la loi et de la réglementation », a indiqué le porte-parole de General Motors, Greg Martin. Les trois constructeurs se sont engagés à faire en sorte que la moitié de leurs véhicules soit à même de rouler avec des carburants alternatifs d’ici 2012. Volontaires pour « mener le mouvement » de la montée en puissance des biocarburants, ils appellent au déploiement des infrastructures soulignant qu’il n’existe aujourd’hui que 1.100 pompes d’E85 et 1.000 de biodiesel sur les 170.000 stations services que compte le territoire américain. De quoi changer la donne à l’export ?

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