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Dossier Mycotoxines
Législation mycotoxines, l’usine à gaz de Bruxelles

Les opérateurs du commerce des grains doivent jongler avec une législation européenne jugée inapplicable, des méthodes de détection remises en questions, et un marché très volatil

LES AUTORITÉS BRUXELLOISES, qui dans un souci de protection du consommateur, ont légiféré sur des teneurs en mycotoxines draconiennes, ont mis la charrue avant les bœufs en omettant de valider une méthode d’analyse incontestable. Des mesures d’autant plus délicates que la réglementation sur l’échantillonnage est totalement inapplicable selon les professionnels, qui au final ne la respectent pas. Malgré le manque de pragmatisme de la Commission européenne, les opérateurs de la filière du commerce des grains tentent de répondre à ses exigences et s’adaptent.

Les mycotoxines n’épargnent pas la récolte de blé tendre 2008

En 2006, année de sortie de la nouvelle législation sur les seuils maximaux de mycotoxines dans les céréales, la récolte avait été épargnée par les mycotoxines grâce à des conditions climatiques favorables, notamment au moment de la floraison. En effet, c’est pendant cette période de croissance que le risque de développement de champignons responsables des contaminations prend naissance. Et, à l’image de l’année 2007, la récolte 2008 n’a pas bénéficié de la clémence de la météo. Elle s’est soldée par une production touchée par les mycotoxines. Pour le responsable Qualité Sanitaire Blé chez Arvalis Institut du Végétal, Bruno Barrier Guillot, le retour des mycotoxines est confirmé cette année mais « 2007 était plus exposée et le marché du blé était bien différent », estime-t-il.

Le constat est identique chez SGS Agrimin, spécialisé dans le contrôle qualité des céréales. « On s’attendait à un début de campagne terrible, mais finalement, il y avait plus de peur que de mal », assure un responsable de l’entreprise.

« On ne constate pas plus de lots contaminés au-delà du seuil de 1.250 ppm, mais la contamination semble plus générale sur le territoire français », estime t-il. La situation ne serait donc pas catastrophique, néanmoins la campagne de commercialisation est loin d’être achevée. Et si les organismes stockeurs ont classé leurs blés, il se pourrait que des volumes plus touchés réapparaissent à l’approche de la nouvelle récolte.

Importance de la qualité de l’échantillon

L’absence de validation d’une méthode précise par les autorités européennes n’a pas empêché les fabricants de matériel de laboratoire de se pencher sur la détection de mycotoxines dans les céréales. Ainsi, on dénombre aujourd’hui plus d’une demi-douzaine de systèmes d’analyse, comme les kits bandelettes ou Elisa, plus ou moins précis, selon le résultat recherché par le client. En général, des analyses, dites « test de détection rapide », sont pratiquées par les différents maillons de la chaîne de production pour vérifier l’absence ou la présence de mycotoxines, et, dans ce dernier cas, un contrôle plus poussé est réalisé en externalisant l’analyse dans un laboratoire spécialisé, pour limiter le coût.

Mais même avec du matériel des plus sophistiqués, analyser la teneur de mycotoxines dans un lot de blé n’est pas chose facile. « Il s’agit de rechercher des éléments en quantité extrêmement faible. On parle ici de contaminants, nous sommes très loin d’une analyse protéine », explique Bruno Barrier Guillot d’Arvalis Institut du Végétal. Et cette difficulté se confirme par la marge d’erreurs rencontrée d’un tests de détection à l’autre, qui peut s’élever à 30 % selon de nombreux opérateurs. Un écart qui remet sérieusement la fiabilité des analyses en question. Toutefois, « il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’analyse, mais plutôt sur l’échantillonnage », les mycotoxines n’étant pas réparties de façon homogène dans un lot de blé. « Beaucoup remettent en question la qualité des analyses mais le principal problème vient de l’échantillonnage qui n’est pas toujours rigoureux », assure Patrick Reboul, directeur technique industrie de la société SGS Agrimin. En effet, la réglementation européenne prescrivant le prélèvement d’une centaine d’échantillons pour tout lot de blé supérieur ou égal à 50 tonnes, nombre d’opérateurs se contentent de réaliser les tests de présence en passant outre la méthode bruxelloise, multipliant ainsi le caractère aléatoire des résultats finaux. C’est pourquoi l’ensemble de la filière a travaillé pour élaborer les bases de la norme Afnor XP V03-777 qui simplifie considérablement cette opération de prise d’échantillon.

Le marché n’aime pas l’incertitude

« Entre l’absence de validation d’une méthode d’analyse de référence par l’UE et une méthode d’échantillonnage inapplicable commercialement, nous avons toutes les raisons d’être inquiets », regrette Henri Petit, courtier assermenté. Et si l’on ajoute à cela les écarts obtenus entre les analyses, l’incertitude est multipliée. « Et le marché déteste l’incertitude », ajoute le courtier. Pour lui, une solution serait que la Commission reconnaisse cette marge d’erreur de 30 %, et ainsi les résultats exprimés dans cette fourchette.

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