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Perspectives
Le modèle agricole européen doit négocier le virage environnemental

Le Forum pour l’avenir de l’agriculture appelle à une réforme de la Pac pour des productions assurant sécurité alimentaire et durabilité.

« L’UNION EUROPÉENNE doit encourager, à travers la Politique agricole commune, la compétitivité du secteur agricole pour faire face à la demande croissante en biens alimentaires et en services environnementaux. » Tel est le message clé de la conférence régionale “Forum pour l’avenir de l’agriculture” qui s’est tenue le 18 octobre à Paris. Le colloque s’est concentré sur ce sujet crucial pour l’Europe, mais aussi pour la sécurité géopolitique du monde. Et les négociations en cours concernant le budget européen 2014-2020 auront un impact significatif sur les ambitions de la réforme de la Pac. Quant à la France, elle devrait changer sa vision pour rester dans la course.

L’agriculture française, un modèle économique aujourd’hui dépassé
    Pour Nicolas Baverez, avocat d’affaires et éditorialiste, il est « nécessaire de réinventer le modèle agricole français ». Aujourd’hui, l’agriculture hexagonale est descendue en troisième place au niveau européen, derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. « On observe un déclassement de l’agriculture française car c’est un modèle dépassé (...) La France a perdu ses capacités exportatrices et connaît des crises déficitaires de pans entiers de son secteur agricole », explique Nicolas Baverez. Comment en est-on arrivé là ? Pour l’avocat d’affaires, cette situation découle de trois « erreurs » conjuguées, dont certaines relèvent de décisions nationales : le « choix du protectionnisme » dans un contexte de mondialisation des échanges ; un « système basé sur des subventions orientées vers les revenus des producteurs – et non la production et les exportations comme aux Etats-Unis – qui est insoutenable financièrement parlant pour l’UE » et un « malthusianisme dans la recherche et l’innovation, avec institutionalisation du principe de précaution qui a conduit à l’interdiction des OGM ».

Accepter la mondialisation et développer la Recherche & Développement
    Résultat : « On a abouti à un double effondrement, de notre compétitvité/prix et de notre compétitivité structurelle, avec un refus de spécialisation de notre agriculture, une insuffisante concentration des exploitations, une mauvaise organisation de nos filières et une R&D ligotée par un certain nombre de décisions prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement et par d’autres institutions », constate l’éditorialiste. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, la dette de la France est sous surveillance par Moody’s : c’est le début d’une vraie austérité. » La solution préconisée par Nicolas Baverez passe par le « développement d’une agri­culture basée sur la production, l’exportation et non sur la subvention (...) : une agriculture compétitive et qui respecte la contrainte environnementale ». Et pour ce faire, « il faut prendre l’inverse des principes d’aujourd’hui, c’est-à-dire accepter la mondialisation et développer la R&D ».

Apprendre à gérer la rareté des disponibilités et des terres
    Une conclusion partagée par Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, qui pense que « l’agriculture, comme l’industrie française, n’a pas d’autre choix que de mettre de la durabilité dans son développement, car il ne peut y avoir de croissance sans durabilité ». Pour Laurent Klein, président de la Saf-Agriculteurs de France, « nous entrons dans un nouveau cycle économique où il faut gérer la rareté, ce qui est nouveau pour l’agriculture ». Et à ce titre, « l’agriculture redevient statégique car de là dépendent la sécurité alimentaire et la stabilité politique du monde ». C’est également l’avis de Jean-Claude Bévillard, secrétaire national de FNE (France nature environnement), qui affirme que « l’enjeu alimentaire doit être pris au même niveau que l’enjeu environnemental ». Pour cela, « il faut préserver l’outil de production de l’agriculture – à savoir la terre, l’eau et l’ensemble de la vie sur et sous terre – car il est irremplaçable ». Et, face au déclin des cultures vivrières, la solution consiste à « produire partout où c’est possible, et en respectant les principes agronomiques ». Une « nécessité », également pour Laurent Klein, qui aspire au regroupement des ministères français de l’Agriculture et de l’Environnement. Dans ce contexte, « l’agriculture sera assurément l’un des enjeux de la campagne présidentielle », conclut Christiane Lambert.

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