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La lutte contre la faim piétine

Même si les bonnes volontés persistent, la crise alimentaire reste d’actualité et soumise à la menace d’une nouvelle hausse des prix

L’ATTENTE était grande. Six mois après le sommet de Rome, durant lequel les pays mem-bres de la FAO (agence de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture) s’étaient engagés à réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes souffrant de la faim, la donne n’est plus la même. Crise financière, baisse des prix, offre réduite… La tenue d’une réunion internationale sur la crise alimentaire les 26 et 27 janvier à Madrid aurait dû être l’occasion de concrétiser les engagements pris, en dépit de la crise économique actuelle. Mais désormais, une nouvelle hausse des prix est à craindre.

De la bonne volonté, mais peu d’actions

« La crise alimentaire reste d’actualité et risque de s’aggraver », a déclaré Jacques Diouf, directeur général de la FAO dans son discours d’ouverture, ajoutant que « la contraction des prix agricoles et l’incertitude financière risquent de ralentir les investissements des agriculteurs et impliquer une importante réduction de la production en 2009/2010. » Certains analystes, dont ceux de l’ONG Oxfam International, diagnostiquent même le risque d’un veritable « krach alimentaire. » La production de céréales a certes augmenté en 2008, mais cette hausse est essentiellement le fait des pays développés, et le nombre de personnes souffrant de la faim a progressé de 40 millions en 2008, pour atteindre près d’1 milliard l’an passé, a rappelé Jacques Diouf. Il a d’ailleurs souligné que la réunion de Madrid « est une occasion pour faire des annonces concrètes », après les promesses faites en juin dernier au sommet de Rome.

Malgré la bonne volonté, celles-ci restent bien minces à l’issue de ce sommet. L’Espagne s’est engagée à verser « 200 M€ par an sur les cinq prochaines années pour les politiques publiques des pays les plus vulnérables en faveur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire », a déclaré le chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero, à l’issue du sommet. Celui-ci a ajouté qu’une quinzaine de pays, non spécifiés, s’étaient déjà engagés à verser un total de 5,5 Md$, tandis que l’UE a promis la mobilisation de 1,3 Md$. Un engagement qui paraît bien dérisoire, alors que les experts estiment qu’il faudrait entre 25 et 40 Md$ par an pour assurer la sécurité alimentaire mondiale et éradiquer la faim, selon des chiffres cités mardi par José Luis Zapatero.

Des avancées ont cependant été constatées, notamment sur l’idée française de « partenariat global », repris sous le terme d’alliance globale. Un projet accueilli favorablement par Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Onu, expliquant que « nous avons besoin d’une coordination plus efficace (...) avec des ressources financières nettement plus importantes. » Les 95 pays participants ont signé « une déclaration de Madrid » dans laquelle ils approuvent l’engagement de « consultations » pour établir cette « alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition. » Celle-ci pourrait voir le jour de manière formelle lors du prochain sommet de la FAO qui pourrait avoir lieu en novembre, selon le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Les Etats-Unis sont en tout cas favorables à ce « nouveau partenariat », selon la sécrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.

L’import chahuté par la volatilité

La principale cause des émeutes de la faim observées l’an passé a été l’envolée des prix, qui a surpris la majorité des pays importateurs. L’extrême volatilité combinée à une fermeté jamais vue ont déstabilisé nombre d’habitudes. Et cette situation pourrait bien se répéter cette année malgré des fondamentaux baissiers. Dans ce contexte de très forte instabilité des prix, les importateurs doivent faire preuve de clairvoyance, d’où le très bon niveau d’activité des pays importateurs, très agressifs à l’achat. Ces derniers profitent des prix en retrait des céréales par rapport à 2007/08, et d’un prix du fret en chute libre. Le rythme soutenu de ces échan-ges semble présager d’une reconstitution des stocks par ces nations, qui pourraient craindre une campagne 2008/09 moins faste.

En effet, depuis le mois de décembre 2008, le recul attendu des surfaces mondiales de blé, estimées à 221,7 Mha contre 225,3 Mha par le CIC –pour une récolte finale à 347 Mt, une production considérée comme « basse à moyenne »–, a amorcé un mouvement de hausse qui se poursuit encore. En effet, ce dernier se trouve confor-té par le retour du weather market, qui, avec la sécheresse en Argentine, a permis une croissance importante des cours du blé, du maïs et du soja. Ce pays, l’un des plus importants exportateurs agricoles, devrait voir sa récolte de blé amputée d’1 Mt selon l’USDA, à 9,5 Mt, et a déjà annoncé une restriction de ses exportations à venir. L’Australie, de son côté, devrait normalement renouer avec les tonnages de blé après deux années de sécheresse et une récolte autour de 20 Mt, selon le CIC (dont 13 à 14 Mt pour l’export). Ainsi, la deuxième moitié de campagne qui débute s’annonce animée et très marquée par la volatilité. Et si la fermeté s’invite, les importateurs risquent encore de faire grise mine… comme leur population. Finalement, comme l’explique Philippe Chalmin, professeur d’économie à la Sorbonne, pourtant peu connu pour ses penchants interventionnistes, « il est fondamental de relancer la dynamique des politiques agricoles dans le tiers monde », car tant que ce dernier comptera sur le marché mondial pour nourrir sa population, celle-ci restera exposée à des risques importants de famine.

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