Aller au contenu principal

Zone mer Noire
La logistique en Ukraine et en Russie s’améliore

Le coût du "fobbing" en Ukraine régresse de manière significative d’un an sur l’autre, et les Russes font preuve de créativité.

© Samuel Cauchois

Les infrastructures intérieures et portuaires constituent encore le point faible de la Russie et de l’Ukraine concernant les exportations de grains, ont rappelé les intervenants du Black Sea Grain qui s’est déroulé les 10 et 11 avril 2019 à Kiev. Toutefois, des progrès ont été réalisés ces dernières années, et se sont mêmes accélérés entre les campagnes 2017/2018 et 2018/2019.

UkrAgroConsult table sur des exportations ukrainiennes de maïs à 28 Mt et de blé tendre à 15,2 Mt pour la campagne 2018/2019 (cf. graph). S’il s’agit d’un record pour le maïs, l’Ukraine ayant bénéficié de conditions météo exceptionnelles, la performance pour le blé tendre est moins impressionnante, conséquence d’une récolte moins bonne que l’an dernier. Mais ces chiffres masquent le réel potentiel des terminaux portuaires ukrainiens. D’après UkrAgroConsult, les capacités de chargements portuaires en Ukraine passent de 40 Mt en 2012/2013 à 53 Mt en 2017/2018, et pourraient atteindre 60 Mt en 2018/2019 ! Le cabinet d’analyse évoque la multiplication des investissements dans les sites portuaires du pays, notamment étrangers, pour justifier ce constat. La hausse du nombre de terminaux et d’opérateurs présents dans les ports augmente la concurrence, et fait mécaniquement baisser les coûts nationaux du "fobbing" (chargement des bateaux). Évalués à 22-23 $/t en 2012/2013, ils tombent à 13 $/t environ en 2017/2018 et à 9-12 $/t en 2018/2019, rapporte UkrAgroConsult. Ce dernier rappelle que d’autres pays font mieux, notamment la France, et qu’un potentiel de progression existe encore. Ainsi, il table sur de possibles coûts de fobbing à 7-8 $/t dans les années à venir.

Toutefois, la logistique intérieure ukrainienne continue d’inquiéter. « À quoi bon augmenter les capacités portuaires si on ne peut pas y acheminer la marchandise ? », s’interrogent les intervenants.

Des investissements sont requis dans le transport ferroviaire ukrainien, mais le gouvernement et les entreprises privées éprouveraient des difficultés pour se mettre d’accord sur les origines de financement. Or, le train reste le moyen de transport majoritaire pour l’affrètement des grains vers les ports : UkrAgroConsult estime pour 2018/2019 que 69 % des céréales ukrainiennes sont acheminées aux ports par ce biais, contre 25 % par camion et 6 % par péniche.

Les Russes "raclent les fonds de tiroir"

Du côté de la Russie, Dmitry Rylko, directeur général du cabinet d’analyse Ikar, estime les exportations de blé tendre à 36 Mt, un chiffre un peu plus optimiste que celui d’Ukragroconsult (cf. graph p. 1). L’analyste justifie ce chiffre notamment par d’importantes expéditions de marchandises pour la Biélorussie, qui a souffert d’une mauvaise récolte lors de cette campagne. « Il est difficile d’évaluer les volumes russes exportés vers la Biélorussie, le transport se faisant essentiellement par train. Il se pourrait qu’environ 1 Mt y aient été envoyées », détaille-t-il. Pour l’acheminement vers les ports d’exportations de la zone mer Noire, les Russes se sont montrés inventifs, "raclant les fonds de tiroir", en optimisant l’usage du train. « Nous avons acheminé davantage de marchandises depuis la Sibérie pour alimenter les sites portuaires », indique Dmitry Rylko. En plus de l’optimisation du transport ferroviaire, les Russes ont, comme l’an dernier, eu recours aux transbordements, qui consistent à charger un gros navire à l’aide de petits bateaux/péniches en mer, au niveau du détroit entre la mer d’Azov et la mer Noire.

Le phénomène observé en Ukraine se reproduit en Russie : le nombre de terminaux portuaires croît, tout comme le nombre d’opérateurs. Agroholding Steppe annonçait en février dernier prévoir la construction d’un nouveau terminal portuaire sur la mer d’Azov. Novotrans a, de son côté, indiqué en mars 2019 le début de la construction d’un terminal portuaire céréalier prévu pour juin 2019 sur la mer Baltique (projet "Lugaport"). Entre 2018/2019 et 2019/2020, la production de blé tendre russe est pour le moment projetée en hausse, passant de 72,1 Mt à 78,5-83,2 Mt, et les exportations passeraient de 36 Mt à 37-40,5 Mt, selon Ikar. « Les conditions de culture sont bonnes actuellement en Russie, bien qu’il fasse sec dans certains secteurs du Caucase. Le mois de mai sera déterminant », alerte Dmitry Rylko. Pour toutes ces raisons (hausse des terminaux portuaires et de l’offre de grains), les coûts du fobbing pourraient également baisser.

 

 

 

Les plus lus

Marché des céréales du 30 juillet 2026 : Le prix du maïs poursuit sa baisse tandis que le prix du blé réagit aux frappes en Russie

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 29 et le 30 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le…

Le ELPIS venu charger 30000 tonnes d'orge fourragere a destination du Mexique sur la presqu'ile Elie.
Exportations céréalières : Sénalia a enregistré une belle activité en orge fourragère sur la campagne 2025-2026

Le prestataire de services, installé sur le port de Rouen, a exporté moitié plus d’orge fourragère durant la campagne 2025-…

Installations de Nord céréales dans le port de Dunkerque.
Nord céréales : retour à une campagne céréalière quantitative et qualitative en 2025-2026

Après une récolte céréalière en 2024 catastrophique qui avait amputé de 70 % les exportations de Nord céréales entre les…

Marché des céréales du 29 juillet 2026 : une tendance baissière des prix du blé et du maïs qui se confirme

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 28 et le 29 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le…

Graphique prix colza tournesol France au 8 mai 2026
Marché des céréales du 14 juillet 2026 : Les prix du blé et du maïs augmentent sur Euronext aidés par une logistique russe et ukrainienne fragilisée.

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 13 et le 14 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le…

Graphique prix blé maïs orge France au 9 juillet 2026
Marché des céréales du 9 juillet 2026 –  Les prix du blé et du maïs augmentent dans l’attente du rapport de l’USDA et d’une baisse des stocks de fin de campagne

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 8 et le 9 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le petit…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne