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Crise alimentaire
La finance éclipse la faim dans le monde

Les promesses de dons des pays développés aux plus défavorisés sont sévèrement remises en cause par la crise économique. Pourtant rien est réglé

ALERTE ! La FAO FAO : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. met en garde les pays développés contre la tentation de réduire l’aide au secteur agricole des pays en développement et de recourir à des mesures commerciales protectionnistes en réponse à la crise financière mondiale. Frappée par le dérapage économique, l’UE cherche notamment une alternative pour le financement de l’aide d’urgence.

Le risque d’un autre cycle de prix records

« Le climat de grande incertitude qui règne désormais sur les marchés internationaux et la menace d’une récession mondiale pourraient inciter les pays au protectionnisme et à la révision de leurs engagements en matière d’aide internationale au développement. » Un avertissement lancé par Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, dans une déclaration prononcée à l’occasion de la 34 e session du Comité FAO sur la sécurité alimentaire mondiale, tenue du 14 au 17 octobre à Rome. Il a mis en garde les pays développés contre de telles réactions susceptibles d’accroître les risques d’une nouvelle crise alimentaire l’an prochain. Et ce, malgré la récolte céréalière record en 2008.

Les prix des denrées reculent, essentiellement du fait des perspectives favorables de récoltes mais aussi, entre autres, d’un ralentissement de l’économie mondiale. Cela pourrait signifier une réduction des semis qui serait suivie d’une diminution des récoltes dans les principaux pays exportateurs. Les stocks céréaliers demeurant bas, ce scénario pourrait aboutir, selon la FAO, à un autre cycle de prix alimentaires records l’an prochain ! Une catastrophe pour des millions d’êtres humains qui se retrouveraient sans ressources ni crédit. 923 millions de personnes souffrent de la faim selon la FAO, soit 75 millions de plus qu’en 2007.

L’impact de la crise financière pourrait aussi se faire sentir dans les pays en développement au niveau macro-économique, avec d’autres effets potentiellement négatifs sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, a également souligné le directeur général de la FAO. « Les emprunts, les crédits bancaires, l’aide publique au développement, les investissements étrangers directs et les envois de fonds des travailleurs pourraient tous être mis à mal par l’aggravation de la crise financière », a-t-il noté.

L’UE planche sur l’aide d’urgence

« En dépit de l’enthousiasme des discours et des engagements financiers, nous n’avons reçu qu’une infime partie de ce qui avait été annoncé », fait remarquer Jacques Diouf, précisant que seuls 10 % des 22 Md€ annoncés ont été versés. Il souligne en outre que « les montants qui ont été réglés sont essentiellement allés à l’aide alimentaire », aux dépens « des investissements dans l’agriculture » pourtant essentiels.

L’UE ne déroge pas à la règle. La source de financement du milliard d’euros pour faire face à la crise alimentaire dans les pays en développement y est toujours incertaine. Le mécanisme proposé, à savoir la mobilisation de fonds agricoles non utilisés, ne paraît plus approprié. L’Union pourrait recourir à l’instrument de flexibilité (200 M€/an) et à la réserve d’aide d’urgence (239,2 M€ en 2008 et 244 M€ en 2009). Et la marge disponible est dérisoire, selon la Commission. Plusieurs Etats membres ont suggéré un financement sur trois ans pour rendre la mobilisation de fonds plus facile. Devant les membres de la commission des budgets du Parlement européen, la France, qui préside l’UE, a proposé de rechercher une solution globale pour l’ensemble de l’aide alimentaire. Tous les parlementaires soutiennent le rapport de Kyösti Virrankoski (ADLE, Finlande), qui préconise la création d’une ligne nouvelle dans le budget 2008 intitulée “réponse rapide à la hausse des prix alimentaires dans les pays en développement”.

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