Aller au contenu principal

Chimie blanche
Des voies pour exploiter la biomasse au maximum

L’évolution des biotechnologies recourant aux micro-organismes et enzymes permettra une utilisation plus poussée des ressources renouvelables pour produire des bioénergies et des molécules chimiques

Les biotechnologies blanches, avec leurs micro-organismes et enzymes, offrent des solutions en plein développement pour la production de bioénergie et de nouvelles générations de molécules issues des plantes. C’est ce qu’a montré une rencontre de l’Inra organisée par l’institut le 4 mars au Sia. Ces biotechnologies élargissent l’utilisation des ressources renouvelables et donnent naissance à des procédés qui réduisent la pollution, la consommation d’énergie et d’eau.

De nombreuses avancées
    « Les biotechnologies blanches sont un élément clef pour conduire à une plus grande utilisation des ressources renouvelables », a souligné Pierre Monsan, professeur à l’Insa de Toulouse et à l’École des mines de Paris.
L’amélioration des performances des catalyseurs enzymatiques, outils de choix pour la transformation des matières premières biologiques, est accélérée par des avancées dans plusieurs domaines : l’approche métagénomique (accès à la diversité génétique des micro-organismes non cultivés), la modélisation des protéines, la biologie moléculaire et le criblage à haut débit des variétés (qui permet de sélectionner les caractères recherchés en examinant le génome de la plante, au lieu d’attendre qu’elle soit devenue adulte). En outre, « les micro-organismes (bactéries, levures) sont plus faciles à modifier que les plantes supérieures » et les technologies actuelles parviennent à les rendre « assimilables à des usines cellulaires (ingénierie métabolique) ». Les progrès de l’ingéniérie métabolique « ont permis d’élargir le spectre des molécules » fabriquées à partir de matières premières renouvelables, a témoigné Christophe Rupp-Dalhem, directeur de la recherche sur la chimie du végétal chez Roquette. Il a cité la bioproduction de méthionine, acide aminé essentiel, pour l’alimentation des volailles, d’acide glycolique, intermédiaire de nouveaux polymères-barrière dont les propriétés en font des emballages efficaces contre l’entrée de l’oxygène et de l’eau ou encore d’acide succinique pour la fabrication de films et emballages.

La filière oléoprotéagineuse s’impliquera dans la biotechnologie
    Pour Jean-François Rous, directeur adjoint et prospective chez Sofiprotéol, « le partenariat public/privé est un duo gagnant pour les biotechnologies blanches ». L’établissement financier de la filière oléoprotéagineuse, qui a travaillé depuis le début des années 1990 en partenariat avec l’Institut français du pétrole pour la mise au point du Diester, avec l’Inra, le Cirad et le CNRS pour l’amélioration des oléoprotéagineux, va « poursuivre » dans cette voie « en intégrant de nouvelles technologies telles que la biotechnologie et le traitement thermique de la biomasse », dans la valorisation des oléoprotéagineux, puis de la biomasse lignocellulosique. Ce même 4 mars, Jean-Luc Gurtler, chef de l’unité analyses transversales à l’office FranceAgriMer, a rappelé que le passage des biocarburants de la première génération à la seconde devrait se faire –sauf sursaut technologique majeur, imprévisible actuellement– de manière progressive.
    Les usines d’éthanol de première génération devraient peu à peu être transformées en unités de production d’éthanol de seconde génération. Celles de biodiesel « pourront s’orienter vers la chimie du végétal » pour la production de biolubrifiants et tensio-actifs entre autres.
Le développement de la bioraffinerie passera par des partenariats public-privé multidisciplinaires. C’est d’ailleurs tout l’enjeu du projet Biocore (Biocommodity refinery), lancé au Sia le 4 mars (cf. encadré), qui vise à parvenir à mobiliser l’ensemble de la biomasse, en valorisant la cellulose, l’hémicellulose et la lignine. 

Du bio-PVC pour l’industrie
    En Europe, les chercheurs estiment que les résidus céréaliers représentent un gisement de 40 Mt dont environ la moitié est mobilisable. En Asie ce sont 700 Mt qui seraient disponibles (paille de riz principalement). « Il faudra quand même veiller à ne pas récupérer la totalité de la paille au risque d’appauvrir les sols », prévient Guy Riba, vice-président de l’Inra. La mobilisation de la biomasse sera au cœur des préoccupations de Biocore qui prend en compte l’ensemble de la chaîne de valeur (de la plante au consommateur). Un des principaux axes de recherche du projet sera de parvenir à produire de l’éthylène à partir de la biomasse pour le transformer en PVC, un important intermédiaire pour l’industrie de la chimie.
    La valorisation de la lignine, aujourd’hui considérée comme un déchet, est également une des pistes importantes qu’entendent explorer chercheurs et industriels. « D’un point de vue économique, il y a une grande cohérence à mener des recherches à la fois sur les biocarburants et la chimie verte », précise Guy Riba. Des pilotes industriels devraient entrer en fonction d’ici deux ans, le temps pour les différents acteurs de valider les choix de recherches.

Les plus lus

<em class="placeholder">Culture du sorgho dans le Haut-Rhin (chez Daniel Christnacher). Epis. Inflorescences</em>
Sécheresse 2026 : face à la rareté du maïs, les opérateurs à la recherche d’alternatives

Face au risque de pénurie et de hausse des prix du maïs non-OGM, les acteurs de la filière étudient des solutions alternatives…

<em class="placeholder">Champ de maïs victime de sécheresse et de températures caniculaires, Creuse, juillet 2026.</em>
Céréales et oléagineux bio : tension en blé et orge fourragers, sous l’impulsion du maïs

Les prix des céréales bio sur le marché physique français ont progressé entre le 29 août et le 12 août 2026. La…

Graphique prix blé orge mais France au 3 septembre 2026
Marché des céréales du 3 septembre 2026 : Retournement du marché des céréales et chute du prix du blé

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 2 et le 3 septembre 2026, expliquée par La…

Graphique prix blé, orge et maïs France au 13 août 2026
Marché des céréales du 13 août 2026 : Hausse du prix du maïs sur Euronext alors que le prix du blé est hésitant

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 12 et le 13 août 2026, expliquée par La Dépêche Le petit…

Graphique prix blé maïs orge France au 10 août 2026
Marché des céréales du 10 août 2026 –  Hausse du prix du maïs dans le sillage du pétrole mais baisse du prix du blé sur Euronext

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 7 et le 10 août 2026, expliquée par La Dépêche Le petit…

<em class="placeholder">Epandage d&#039;engrais azoté en granule sur une parcelle de blé.</em>
Marché des engrais : le marché mondial de l’azote se stabilise, les engrais phosphatés restent sous tension

Le marché mondial de l’azote a été largement influencé en juillet par le contexte géopolitique et énergétique. En France, le…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne