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Bretagne : le marché de la pomme de terre primeur se rétrécit

Selon la Chambre d’agriculture régionale, la campagne en primeur qui débute ce mois-ci risque d’être «très difficile».

EN DIX ANS, les superficies bretonnes de pommes de terre primeurs ont reculé de plus de 70 % pour tomber à 2.310 ha en 2003, indique la chambre d’agriculture Bretagne dans son analyse annuelle sur l’“Économie agricole bretonne”. Ce qui n’est malheureusement pas suffisant pour assurer de bons résultats aux quelques producteurs qui restent.

La pomme de terre de conservation en cause

Les difficultés de la primeur viennent de la pomme de terre de conservation. Les progrès récents des techniques de conservation permettent aujourd’hui de disposer de pommes de terre de qualité jusqu’en juillet, télescopant le créneau de commercialisation dévolu à la primeur. Or aux yeux des distributeurs, et des consommateurs, la pomme de terre de conservation dispose d’atouts imparables : elle est lavée, ferme et résistante. En raison de sa fragilité, la pomme de terre primeur a du mal à rivaliser, ,malgré ses qualités gustatives. Aujourd’hui, la commercialisation de la pomme de terre primeur relève donc de quelques niches. A côté de cette tendance structurelle, chaque année apporte ses propres aléas. En 2003, malgré des surfaces et des apports en baisse de respectivement 27 % et 38 %, les ventes ont été laborieuses. Seuls les producteurs du Finistère s’en sortent correctement du fait de la précocité de leur récolte par rapport aux Côtes-d’Armor et à l’Ille-et-Vilaine. Dès que l’offre est devenue plus abondante en juin, les prix ont chuté du fait d’une demande atone sur le marché français. Plus de 60 % de la production a d’ailleurs été commercialisée à l’exportation, essentiellement en Grande-Bretagne (11.850 t), en Allemagne (3.000 t) et en Russie (6.000 t), pays où les pommes de terre primeurs sont toujours appréciées comme étant à la sortie de l’hiver. Globalement, la situation est tout de même moins catastrophique qu’en 2002. Les invendus sont limités, et l’enfouissement n’a pas été nécessaire. Le prix moyen net payé au producteur est en augmentation de 33 %, mais à 0,155 #/kg, il ne suffit pas à compenser la baisse de la production : le chiffre d’affaires des producteurs est tombé à son niveau le plus bas depuis au moins vingt ans (8,2 M#).

La concurrence des nouveaux Etats membres

En 2004, les surfaces chutent à 2.000 ha et la production à 25.000 t. Conséquence de la canicule de 2003, la campagne 2004 est tout à fait exceptionnelle : la sécheresse affectant les rendements de 2003, les stocks de pomme de terre de conservation étaient donc nettement moins importants, laissant un peu de place à la pomme de terre primeur sur le marché en juin-juillet 2004. Le prix moyen net est donc en forte hausse.

Pour 2005, on peut déjà malheureusement prévoir une campagne très difficile, au vu des rendements phénoménaux en pomme de terre de conservation partout en Europe en 2004… Avec l’entrée des nouveaux Etats membres dans l’Union européenne, la situation risque encore de se durcir pour la pomme de terre primeur. Aujourd’hui la Pologne produit quelques 20 Mt de pomme de terre de conservation (contre 5 Mt pour la France), dont les trois-quarts pour l’alimentation animale : il y a donc un potentiel énorme.

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