Aller au contenu principal

Argentine : des taxes à l’export abaissées sur les céréales et condamnées à mort

Le niveau du tarif d’exportation prélevé sur les cargaisons de blés de l’Argentine a été réduit par décret de 7,5 % à 5,5 % de leur valeur FOB, ceci en pleine campagne des semis de blé. Un changement d’ère a lieu en Argentine. Car ce même décret s’engage à les éliminer totalement.

<em class="placeholder">Le secrétaire d’État à l’Agriculture argentin, Sergio Iraeta, céréalier de métier, a encouragé ses pairs à semer davantage de blé cette année malgré la ...</em>
Le secrétaire d’État à l’Agriculture argentin, Sergio Iraeta, céréalier de métier, a encouragé ses pairs à semer davantage de blé cette année malgré la flambée des prix des engrais.
© M.-H. André

C’est un tournant historique. En Argentine, le décret du gouvernement de Javier Milei publié au Journal officiel le 2 juin dernier a abaissé le niveau de la taxe prélevée sur chaque tonne de blé exportée de 7,5 % à 5,5 % de sa valeur FOB. Il a également condamnée celle-ci à une élimination totale, non seulement en blé, mais sur tous les autres grains : maïs, sorgho et soja, issus de la ferme Argentine.

On aurait tort de ne retenir que ce chiffre, ces 2 % de valeur FOB gagnés par l’origine argentine en blé – en compétitivité, immédiatement – par la seule signature du président argentin, Javier Milei.

Baisser les taxes à l'exportation pour promouvoir la production agricole

« Notre gouvernement considère que ces taxes doivent être éliminée. (…) Il est établi ici un programme graduel de réduction de leur niveau afin de promouvoir la production agricole », dit le texte du décret sans toutefois mettre une date à leur élimination totale .

« L’impact de cet allégement fiscal sur la sole de blé argentine 2026-2027 est difficile à mesurer. Les céréaliers en verront-ils seulement la couleur ? », se demande l’analyste marché Gustavo López, intervenant vedette du congrès A Todo Trigo tenu à Mar del Plata, le 15 mai dernier.

« Pour moi, la moisson de blé argentine 2026-2027 pourrait être de 23 Mt », estimait-il le 15 mai dernier. Entre-temps, le niveau de la taxe à l’export des grains de blé a été abaissée. Depuis, l’Institut national de technologie agricole argentin a confirmé dans ses pronostics climatiques la matérialisation du phénomène El Niño par de fortes pluies continues attendues dans toute la province de Buenos Aires. Le scénario idéal de l’an dernier semble se répéter. Et cela s’est terminé par la récolte du siècle. À ce stade-là, il est encore tôt pour le dire, mais une récolte argentine 2026-2027 supérieure à 25 Mt n’est pas une hypothèse à exclure.

Quelque 44,2 % de la nouvelle sole de blé argentine était déjà implantée au 16 juin dernier, selon la Bourse aux céréales de Buenos Aires (BCBA), qui prévoit une sole nationale de 6,5 millions d’hectares (Mha), proche des 6,7 Mha de la dernière saison sur lesquels avait été établi un record de production.

Une production exceptionnelle et des exportations de blé record

Au niveau commercial, l’heure est déjà au bilan de cette campagne export record pour les blés argentins. Et qui court toujours. Avec une récolte exceptionnelle (28 Mt) réalisée entre décembre et mars dernier, « nous avons exporté autant – soit 12 Mt – en trois mois et demi (de janvier à mi-avril) que durant toute la campagne d’export précédente ! Et nous avons encore sur les bras 8 Mt pour l’export », estimait Gustavo López à la mi-mai.

Selon un autre ponte argentin de l’analyse des marchés, Enrique Erize, « il y a d’abord eu, forcément, une chute des prix du blé sur la place argentine suite à l’arrivée des 28 Mt de la récolte avec un stock de report de 2 Mt et une consommation intérieure de 7 Mt. Cela nous faisait un excédent de 23 Mt. Du jamais vu. Les prix FOB argentins sont descendus à 50 $/t de moins que l’origine Golfe du Mexique. Encore du jamais vu. Le blé était moins cher que le maïs. Les majors du négoce basés en Argentine ont vendu du blé [au cours du premier semestre 2026, NDLR] là où elles n’en vendaient jamais : en Chine (400 000 t) et, dans des proportions inédites, au Vietnam (2,8 Mt), au Bangladesh (2 Mt) – soit plus qu’au Brésil (1,8 Mt) –, à l’Algérie (400 000 t) et au Maroc (700 000 t). »

« Ne vendez plus votre blé aux exportateurs », a conclu Enrique Erize face au parterre de céréaliers venus l’écouter à Mar del Plata. « Le blé nouveau argentin n’apparaîtra pas avant cinq mois », a-t-il argumenté.

Vers une potentielle hausse de la sole de blé pour la prochaine récolte

Lors de ce congrès, le secrétaire d’État à l’Agriculture argentin, Sergio Iraeta, lui-même céréalier de métier, les a encouragés à semer davantage de blé malgré la flambée des prix des engrais. Des rires ont fusé dans l’assistance.

Dix jours plus tard, il reparaissait en public, au congrès de la filière argentine du maïs (Maizar), tenu à Buenos Aires, le 27 mai, fort d’une conquête de son cabinet : la baisse de la taxe sur les exportations de blé, de maïs, soja et sorgho. À la tribune du congrès Maizar, il l’a rappelé et, faute de réaction du public, indigné, il a demandé à être applaudi ! « C’est une question d’attitude, aussi… Maintenant, c’est à vous de passer à l’acte », a-t-il dit sous les applaudissements forcés mais finalement nourris.

Selon l’analyste Gustavo López, « les destinations d’exportation des blés argentins ne sont plus linéaux. Le Brésil n’est plus le marché par excellence de nos blés. On en vend désormais davantage en Asie du Sud-Est. »

« La volatilité des prix se conjugue à la volatilité de la production céréalière elle-même à cause des effets du réchauffement climatique, qui accentue l’ampleur du phénomène El Niño avec les bonnes perspectives de pluies attendues en Argentine et le cycle sec annoncé en Australie », a-t-il ajouté.

Le détail d’un décret historique

Le décret publié au Journal officiel argentin le 2 juin dernier donne en annexe le détail des produits et des taux concernés par la baisse de la taxe à l’export, dont le blé, le maïs, le sorgho, le soja et dérivés.

En soja, les exportateurs basés en Argentine continueront de payer le même tribut qu’actuellement en 2026 et durant tout 2027, soit 24 % de leur valeur FOB. Cela représente la valeur d’un chargement entier de vraquier sur quatre affrétés. Aucun autre État dans le monde n’inflige un tel traitement au négoce. Puis 21 % en 2028 et à 15 % à partir de 2029. Voilà le chronogramme. En définitive, aucune élimination totale en vue.

En maïs et sorgho, la mesure porte sur une réduction du niveau de la taxe de 8,5 % à 7,5 % à partir de 2027, et à 5,5 % à partir de 2029.

En tournesol, certaines variétés seraient exemptées de droits à l’export tandis que la taxe sur l’exportation d’huile et de tourteau serait progressivement abaissée à partir de 2028 à un niveau situé entre 1 % et 3 % de la valeur FOB de ces marchandises.

Les plus lus

Canal Seine-Nord Europe : développer des plateformes multimodales compétitives pour concurrencer les ports du Nord de l’Europe

L’avancement concret des travaux du Canal Seine-Nord Europe et plus largement de la liaison Seine-Escaut étant entré dans une…

<em class="placeholder">champ de blé en Normandie, juin 2026</em>
Exportations des céréales françaises : stocks finaux en hausse mais bilan positif pour la campagne en 2025-2026

Avec dix mois de données collectées sur la campagne en cours, le bilan du Conseil spécialisé grandes cultures de FranceAgriMer…

<em class="placeholder">Production nationale d&#039;aliments composés (en tonnes)</em>
Alimentation animale : comment évoluent les fabrications en France entre mars 2025 et mars 2026 ?

Le tonnage d’aliments pour animaux produit en France a progressé en mars 2026 par rapport à février 2026 et mars…

<em class="placeholder">Chargement de 33 000 t d&#039;orge au Quai Lombard sur le Port Atlantique La Rochelle.</em>
Exportations des céréales françaises : une campagne 2025-2026 correcte et 2026-2027 prometteuse pour le port Atlantique La Rochelle

À l’occasion de la Bourse maritime agricole La Rochelle-Pallice, les acteurs du port ont dressé un premier bilan de la…

<em class="placeholder">La Bourse aux grains de Sète, qui s&#039;est tenue sur le môle Saint-Louis, a accueilli environ 400 personnes pour son édition 2026. </em>
Marché français des céréales : une fin de campagne commerciale chamboulée par la géopolitique et des interrogations sur celle qui arrive

Lors de la Bourse aux grains de Sète, le 22 mai 2026, les professionnels des métiers du grain constatent des échanges…

<em class="placeholder">Granulé d&#039;engrais.</em>
Des prix des engrais toujours soutenus par les contraintes d'offre, malgré une demande agricole en attente de visibilité

Entre avril et mai, le marché français des engrais est resté globalement ferme, malgré une légère détente en urée.

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne