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Stockage de l’eau
Après des mois de lobbying et de belles promesses, un décret bientôt publié

Les organisations professionnelles restent mobilisées pour la mise en œuvre d’une ambitieuse politique de gestion de l’eau au niveau national.

« Nous commençons à être entendus sur la difficile question du stockage de l’eau, a déclaré Xavier Beulin, le président de la FNSEA à l’occasion de son congrès qui s’est déroulé les 27 et 28 mars à Montpellier. Un décret devrait être publié dans les jours qui viennnent, fixant un seuil à 350.000 m3 en deçà duquel il n’y aurait pas besoin d’autorisation pour pouvoir investir dans une réserve d’eau qu’elle soit collinaire ou artificielle. » Une première victoire pour les Irrigants de France, soutenus dans leur opération de lobbying auprès des parlementaires par le récent groupe spécifique sur l’Eau créé au sein du syndicat agricole. « Nous ne pouvons que nous féliciter d’une telle annonce mais encore faut-il qu’elle soit suivie de faits, temporise Daniel Martin, président d’Irrigants de France. Nous savons qu’un projet de texte, visant à la limitation des recours dans les cas de retenues mises en service, est actuellement en cours de validation au gouvernement. Nous avons bon espoir de le voir publié avant les échéances électorales. » Ce dossier de la gestion de l’eau, très sensible en cette période de sécheresse annoncée, avance enfin. Mais les agriculteurs ne sont pas au bout de leurs peines.

Des besoins estimés à 300 Mm3
Aujourd’hui, Irrigants de France estime « le stockage comme source de moins de 10 % des volumes d’eau prélevés pour l’irrigation », selon une série de sondages réalisée auprès des 32 principaux départements irrigants. Pourtant, « en 2005, un ministre de l’Agriculture avait promis un budget de 20 M€ par an pour la création de retenues collinaires », rappelait récemment Orama. « Depuis les annonces du président de la République le 9 juin 2011 en Charente puis des deux ministres concernés, il y a eu peu d’avancées sur le dossier relatif au plan de stockage de l’eau sur cinq ans », regrette pour sa part Daniel Martin.
Seule une étude vient d’être finalisée dans le bassin Adour-Garonne par le conseil général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces ruraux (CGAAER) et le conseil général du Développement durable (CGDD). Ces premiers travaux sont intéressants car ils évaluent à 60 Mm3 les projets dans le bassin Adour-Garonne. « Nous devrions avoir des chiffres plus précis dans les mois à venir avec la finalisation pour l’automne 2012 de la mission dans les autres bassins comme Loire-Bretagne et Rhône-Méditerranée », ajoute Daniel Martin qui espère que « ces conclusions seront reprises par le gouvernement afin d’avancer de manière dynamique ». Pour l’heure, Irrigants de France estime à 300 Mm3 les besoins en termes de stockage en France. « Mais il est difficile d’avoir une vision très précise des besoins réels car il existe des cas où il y a une nécessité de stocker l’eau mais du fait de contextes locaux compliqués, les projets ne pourront être réalisés », insiste Daniel Martin.

Des projets représentant 160 Mm3 bloqués
Le rapport met, par ailleurs, en avant d’autres freins susceptibles de bloquer l’émergence des projets comme les études d’impacts à réaliser, les problèmes de maîtrise d’ouvrages ou encore les financements. Ainsi, dans le cadre de retenues de réalimentation, il faut compter entre 2 et 3 €/m3 stocké le montant d’investissement nécessaire. Pour les retenues de substitution, ce coût est de l’ordre de 4 à 5 €/m3 voire 6 à 8 €/m3 lorsque le système de remplissage et le réseau sont collectifs. « A ces coûts d’investissements, il faut rajouter des coûts de fonctionnements », note Daniel Martin.
Dans ce contexte, les organisations professionnelles réclament, au-delà des mots, des actes. « Si nous avions pu mener à bien les projets en cours, nous aurions déjà 150 à 170 Mm3 supplémentaires de stockage, s’est indigné Xavier Beulin, lors du colloque “Sécheresse : arrêtons de gaspiller l’eau” de juin 2011. Nous avons donc besoin d’une politique nationale ambitieuse pour l’eau (...) à travers un plan d’investissement sur cinq ans , que nous estimons à 1-1,5 Md. » Et Irrigants de France de renchérir : « Il est donc urgent d’agir au plus vite, en apportant des réponses politiques, financières et réglementaires. » En effet, même si le décret, annoncé par le président de la République à l’issue du congrès de la FNSEA, est « un signe positif pour le terrain, un réel travail juridique doit être entrepris afin de simplifier en profondeur le Code de l’Environnement », conclut Daniel Martin.

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