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Joël Coureau - « Près de 20 ans d’expérience en moisson décomposée »

Pionnier de la moisson décomposée dans le Tarn-et-Garonne, Joël Coureau explique les atouts et les limites de cette technique de récolte.

<em class="placeholder">Joël Coureau devant une ensileuse New Holland FX 48 transformé en automoteur de fauche. </em>
Joël Coureau, agriculteur et entrepreneur de travaux agricoles à Le Causé (Tarn-et-Garonne) : «La moisson décomposée demande un minimum de savoir-faire.»
© L. Vimond

Agriculteur et entrepreneur de travaux agricoles à Le Causé (Tarn-et-Garonne), Joël Coureau est passé à la moisson décomposée (fauchage et andainage, puis moisson après quelques jours de séchage) il y a 18 ans, sur les conseils d’un technicien de Semences de France. « À l’époque, un défoliant couramment utilisé avant récolte pour les semences de colza a été interdit. Il fallait trouver une alternative pour avoir une récolte avec un taux d’humidité faible et surtout homogène. La moisson décomposée s’est avérée être une solution pertinente. » L’entrepreneur a été le premier sur son secteur à se lancer dans la technique. Pendant de nombreuses années, il a travaillé avec une faucheuse andaineuse montée sur le relevage frontal du tracteur, avant de reprendre la culture à la moissonneuse-batteuse, une fois la récolte suffisamment sèche.

Plébiscitée par les firmes semencières qui prennent en charge la récolte, cette technique présente plusieurs avantages. « En colza semence, cela permet d’homogénéiser le séchage, explique Joël Coureau. Au moment du battage, la récolte passe toute seule dans la moissonneuse-batteuse. Comparativement à une culture passée au défoliant, le pouvoir germinatif est supérieur et le poids de mille grains (PMG) est égal, voire plus élevé. C’est ce qu’ont révélé plusieurs essais réalisés avec les semenciers. » Fauché encore vert (autour de 40 % d’humidité), le colza est conditionné et finit de sécher en andains. La culture souffre de moins de pertes à la récolte, en l’absence des secousses en amont de la coupe ou par conditions venteuses. « On récolte des quintaux en plus », apprécie l’entrepreneur.

Moissonner les colzas plus rapidement

 

 
<em class="placeholder">Automoteur de fauche sur base d&#039;ensileuse New Holland FX 48 avec faucheuse andaineuse World de 7,50 m de large</em>
Le colza représente une part importante des surfaces réalisées à la faucheuse-andaineuse. © J. Coureau

Les semenciers ne sont pas les seuls clients de Joël Coureau séduits par la moisson décomposée pour le colza. « Depuis deux ans, j’ai quelques clients avec de belles surfaces de colza qui, bien qu’équipés de grosses moissonneuses-batteuses avec une large coupe, me demandent de venir couper l’intégralité de leur surface de colza à la faucheuse andaineuse. Une semaine après la coupe, ils reprennent deux andains d’un coup avec leur coupe classique et obtiennent des débits de chantier difficilement réalisables en méthode classique : un aller et un retour représentent l’équivalent de 15 mètres de coupe et la récolte bien sèche passe toute seule dans le batteur. »

Un battage plus doux avec les cultures vertes

Mais le colza est loin d’être la seule culture à trouver un intérêt dans la moisson décomposée. « Une majorité des cultures que je coupe à la faucheuse andaineuse sont destinées aux semences », résume Joël Coureau. Essentiels à la certification, l’homogénéité de la récolte, notamment en termes de taux de matière sèche, et le meilleur pouvoir germinatif sont les atouts appréciés par les firmes semencières. Lorsque la récolte est bien sèche, la moissonneuse-batteuse réalise un battage moins agressif, ce qui se traduit par une meilleure intégrité des graines. « Cela vaut encore plus pour les luzernes, les trèfles et d’autres cultures habituellement récoltées avec des tiges encore vertes », cite pour exemples l’entrepreneur.

Des grains homogènes et secs

Parmi les cultures compliquées, Joël Coureau ajoute le sarrasin et le pois chiche : « Le sarrasin est une culture qui, si on ne la fauche pas en amont, est ramassée avec des grains verts et d’autres bien secs sur un même pied. Faucher et andainer aboutit à une récolte sèche et homogène. Quant aux pois chiches, si la culture prête à être récoltée subit 50 mm de pluie, celle-ci reverdit et repart en floraison. La coupe anticipée supprime ce risque. Mes lots de pois chiches sont toujours nickels, très propres, avec le minimum de retenues », se réjouit l’entrepreneur.

La moisson décomposée se révèle également être un atout dans les cultures envahies par les adventices, notamment en agriculture biologique. En fauchant à une date plus précoce que la moisson classique, cette solution permet d’interrompre le cycle de certaines adventices, rendant leurs graines non viables. Elle facilite également le tri, favorisant l’élimination des graines non désirées à la moisson. « Et en n’ayant plus de vert au moment du battage, cela rend la récolte moins fastidieuse : il n’y a pas d’enroulement autour du rabatteur, de la vis ou du batteur », apprécie Joël Coureau.

Une ensileuse en guise d’automoteur de fauche

Concernant le matériel, l’entrepreneur utilise depuis quelques saisons une faucheuse andaineuse Zworld travaillant sur une largeur de 7,50 mètres, attelée à une ensileuse New Holland FX 48 transformée. « Je l’ai achetée 15 000 euros, parce que le rotor était hors service. Ce qui m’intéressait dans cette machine, c’étaient les quatre vitesses qui permettent d’évoluer entre 1 400 et 1 500 tr/min, quel que soit le dénivelé : en troisième sur le plat, en seconde dans les pentes. » L’entrepreneur a privilégié l’ensileuse aux automoteurs de fauche de type windrower : « c’est moins cher, bien moins large (3 m contre 4,50 m minimum pour le windrower) et surtout homologué pour circuler sur la route. La faucheuse est attelée sur le chariot derrière l’ensileuse et on n’a pas besoin d’escorte. »

Outre l’adaptation d’un relevage avec troisième point hydraulique pour atteler la faucheuse andaineuse et moduler son inclinaison, Joël Coureau a modifié l’entrée d’air et le système de refroidissement de l’ensileuse, afin d’avoir une aspiration haute. « C’est pour éviter d’encrasser le système de refroidissement dans les colzas pleins d’oïdium », explique-t-il. Abattant en moyenne 5 hectares à l’heure, l’automoteur est aussi équipé d’un autoguidage depuis l’année dernière pour gagner en confort et en précision.

L’andain déposé sur le côté

 

 
<em class="placeholder">Automoteur de fauche sur base d&#039;ensileuse New Holland FX 48 avec faucheuse andaineuse World de 7,50 m de large</em>
La faucheuse andaineuse dépose un andain sur le côté, ce qui permet d'avoir deux andains rapprochés en un aller et retour. © J. Coureau

La faucheuse andaineuse Zworld a été construite sur les plans de Joël Coureau. « Comme l’ensileuse n’a pas suffisamment de garde au sol, notamment avec les cultures volumineuses, la dépose n’est pas centrale. J’ai un petit tapis de 90 cm à gauche et un grand tapis de 5,40 mètres à droite, qui me déposent un andain de 1,20 mètre sur le côté gauche de l’automoteur. Comme je travaille en aller et retour, les deux andains sont posés l’un à côté de l’autre sans se toucher. S’ils sont repris par une petite moissonneuse-batteuse, celle-ci ne reprend qu’un andain à chaque passage. Si c’est une grosse machine, elle peut avaler les deux andains d’un coup, quand la culture s’y prête. Pour le lin, par exemple, on ne peut pas. Il tombe dans un sens et il faut le reprendre dans l’autre sens avec la moissonneuse-batteuse. »

Quelle que soit la culture, le fauchage andainage demande un savoir-faire. « Il faut jongler de manière appropriée entre la vitesse d’avancement, celle des tapis, ainsi que la position et la vitesse de rotation des rabatteurs », précise Joël Coureau.

Le pick-up à tapis pour des débits de chantier élevés

Une fois la récolte sèche – une semaine environ, si la météo s’y prête bien – l’andain peut être repris par une coupe classique sur la moissonneuse-batteuse du client. Joël Coureau a préféré monter un kit pick-up à tapis Zworld sur une vieille coupe de 4,80 mètres acquise pour 2 500 euros. Acheté pour 10 000 euros, le pick-up à tapis est équipé de roues libres pour un bon suivi du sol. « L’andain se reprend bien mieux avec le pick-up à tapis qu’avec la coupe classique. On va beaucoup plus vite. On roule à 7 km/h sans difficulté quelle que soit la culture. »

Pour rentabiliser son investissement et les surcoûts de main-d’œuvre, Joël Coureau facture 80 euros de l’hectare pour le fauchage andainage (700 hectares en 2025), tandis que le battage (600 hectares en 2025) est affiché au tarif de 130 euros, comparable aux autres prestations avec une coupe classique dans la région.

Météo : choisir la bonne fenêtre de tir

La moisson décomposée nécessite des fenêtres météorologiques favorables. « Il faut s’assurer qu’on a une semaine de beau derrière la fauche, insiste l’entrepreneur. L’humidité du sol est aussi à prendre en compte. Si le sol est sec, je gagne une journée de séchage par rapport à un sol frais. » Si la période de moisson est pluvieuse, l’impact d’une pluie sera différent en fonction de la culture. Par exemple, le colza est fauché et posé sur les chaumes coupés hauts. « Même s’il vient une pluie sur les chaumes, l’air circule sous l’andain de récolte qui sèche rapidement. » En revanche, avec des cultures plaquées, il faut être plus vigilant.

L’entreprise de Joël Coureau

Une exploitation de 215 hectares, dont :

- 85 ha de blé à haute valeur boulangère,

- 50 ha de tournesol,

- 10 ha de maïs

- 20-25 ha de pois chiches et lentilles

- 2,5 ha d’ail

- 40 ha d’herbages à destination des chevaux

Prestations :

- fauchage andainage : 700 hectares en 2025, dont une part importante en colza

- moisson avec pick-up à tapis : 600 hectares en 2025

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