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A J+3, les inquiétudes montent en mer Noire face à l’attitude menaçante de la Russie

Les derniers développements autour du conflit entre la Russie et l’Ukraine créent des inquiétudes autour des exportations ukrainiennes. Au menu : programme USAID, assureurs, protection internationale, meuniers asiatiques…

Une partie des installations endommagées par les frappes russes mercredi 19 juillet dans le port de Tchernomorsk.
© UkrAgroConsult

Au lendemain des différentes frappes russes sur la grande zone portuaire du sud de l’Ukraine (Odessa, Tchornomorsk, Pivdennyi), avec des destructions d’infrastructures concernant directement des entreprises du secteur des grains (selon Mykola Solsky, ministre de la politique agraire et de l’alimentation ukrainien, les installations de Kernel, Viterra ou encore CMA-CGM ont été particulièrement touchées), l’Ukraine et la communauté internationale s’organisent pour assurer le transport des grains ukrainiens vers le reste du monde. A noter que, toujours selon le ministre ukrainien, les dernières destructions recensées pourraient prendre un an avant d’être totalement réparées.

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Clairement, la Russie a fait savoir par différentes voies de communication, entre mardi et mercredi, que la zone mer Noire protégée au préalable par la signature de l’accord Initiative grain en mer Noire n’était plus concernée par cette protection et qu’au contraire, la navigation dans ces eaux pouvait être soumises à des contrôles de la part de la Russie. Le ministère russe de la Défense a annoncé mercredi que dorénavant « tous les navires naviguant dans les eaux de la mer Noire à destination des ports ukrainiens seront considérés comme des bateaux transportant potentiellement des cargaisons militaires », la Russie considérant désormais comme une cible militaire tout navire se dirigeant vers les ports céréaliers ukrainiens de la mer Noire.

USAID

Samantha Power, l’administratrice de l’action pour l’aide internationale des Etats-Unis USAID, s’est rendue à Odessa le 18 juillet. Lors d’une conférence de presse, elle a rappelé que « deux tiers du blé exportés à travers l’initiative grain en mer Noire sont partis vers des pays en voie de développement et pratiquement 20 % vers des pays les moins avancés comme le Bangladesh, l’Afghanistan, le Soudan ou en encore la Somalie » contrairement à une affirmation de Vladimir Poutine qui prétendait que le blé concerné par l’accord fournissait les pays les plus riches. Elle a ensuite déclaré que « l’USAID ajoutait 250 M$ de plus », aux 100 M$ déjà débloqués, « dans le cadre du programme AGRI-Ukraine, pour aider l’Ukraine et ses partenaires à développer des moyens logistiques et de transport alternatifs » aux départs de la mer Noire. « Les volumes de matières premières expédiées via le Danube ont été multipliés par 10 depuis l’invasion russe » a-t-elle précisé.

Lire aussi : Les positions se précisent après le retrait de la Russie sur l'accord grain en mer Noire

Cette annonce a été faite dans un contexte où, selon l’agence de presse Reuters, les agriculteurs ukrainiens s’attendent désormais au pire maintenant que l’accord grain en mer Noire a été suspendu. Certains craignent surtout pour leur trésorerie qui pourrait être à sec d’ici un mois si les nouveaux contrats ne sont pas signés rapidement. Et Reuters de citer l’exemple d’un agriculteur à la tête d’une exploitation de 15 000 ha (60 000 t produites en 2022 dont 50 000 t parties à l’export, avec majoritairement du blé et du tournesol), qui explique que la guerre et l’occupation des sols par les Russes lui a coûté entre 3 et 6 M$ en 2022 et pourrait lui coûter dans les 6 M$ à nouveau cette année.

Assurance et nouvelles routes

Par ailleurs, des solutions sont étudiées par l’Ukraine, comme à l’international, pour poursuivre la livraison de grains à partir de l’Ukraine vers le reste du monde. Du côté des assurances et des garanties, l’agence Reuters explique que l’Ukraine a envoyé une lettre à l’Organisation maritime internationale pour lui expliquer qu’elle avait mis au point un mécanisme des garanties de compensation pour les dommages subis par les affréteurs, les exploitants et les propriétaires de navires. Dans cette même lettre, les dirigeants ukrainiens expliquent qu’ils « avaient décidé d’établir, de façon temporaire, une route maritime recommandée » pour diminuer les risques. Cette route concerne les trois ports signataires de l’accord sur le corridor grain (Odessa, Tchornomorsk et Pivdennyi) afin qu’ils puissent expédier leurs cargaisons via les eaux territoriales et la zone économique exclusive maritime de la Roumanie. Pour rassurer ses partenaires commerciaux, l’Ukraine a également demandé la mise en place de « patrouilles militaires » navales sous mandat de l'ONU et avec la participation notamment de la Turquie. Il fait dire que depuis la fin de l’accord Initiative grain en mer Noire le 17 juillet et les attaques russes sur les infrastructures portuaires, les assureurs (Marsh, DNK…) déclarent ne plus vouloir assurer les transports maritimes dans cette région. « Il n'y a plus aucun armateur prêt à aller là-bas », a indiqué à l’AFP Frédéric Denefle, directeur général du groupement Garex, spécialiste de l'assurance des risques liés aux conflits.

De son côté, l’exportateur ukrainien Nibulon a expliqué que, ne pouvant pas ou difficilement utiliser les installations portuaires traditionnelles, il avait réorienté une partie de ces activités de commerce international du côté de sa filiale dans la péninsule de Bessarabie, en particulier à partir du port d’Izmaïl sur le Danube.

Lire aussi : Corridor grains en mer Noire : quelles réactions après la suspension de la participation de la Russie

Mercredi, certaines sources, interrogées par Reuters, indiquaient que certains utilisateurs de blé origine mer Noire en Asie, notamment des meuniers, commençaient à considérer à s’approvisionner de manière différente. « Des traders et des moulins vont chercher des sources alternatives d’approvisionnement. Ils vont regarder potentiellement les disponibilités en Europe, chez les exportateurs comme la Bulgarie ou la Roumanie ou encore l’Australie sur l’ancienne récolte » explique ainsi un trader à Singapour.

Les exportations ukrainiennes se poursuivent

Comme les jours précédents, la Russie a redit mercredi sa volonté de revenir à l’accord sous certaines conditions. Le président russe a précisé cette idée : « Nous examinerons la possibilité de retourner, mais à une condition : que tous les principes de participation de la Russie à cet accord soient pris en compte et réalisés sans exception et dans leur totalité ». Ce qui signifie que la Russie veut un accès pour l’ensemble de ses activités économiques au système de paiement international Swift et non pas seulement pour les activités agricoles, comme proposé par les Occidentaux. Elle exige aussi le redémarrage, et donc la réparation, du gigantesque pipeline d’ammoniac, victime d’une explosion début juin, reliant Togliatti à Odessa sur 2 500 km.

En dépit du conflit et des difficultés logistiques, le ministère de la politique agraire et de l’alimentation ukrainien, a indiqué qu’au 19 juillet et pour le compte de la campagne 2023/2024, l’Ukraine a exporté 1 432 000 t de grains et de légumineuses, soit 350 000 t de plus que l’an passé à la même époque. Cela comprend notamment 451 000 t de blé, soit le double comparé à un an plus tôt. 161 000 t d’orge et 200 t de seigle sont également sorties du territoire.

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