Deutz-Fahr 6135C MY25 TTV – À l’aise dans toutes les conditions
Loïc Toullier, agriculteur à Juvigny-les-Vallées dans la Manche, a testé le Deutz-Fahr 6135C MY25 équipé du chargeur frontal Stoll ProfiLine FZ 41-29. Il nous livre ses impressions après 25 heures aux commandes de ce tracteur de 137 chevaux.
Loïc Toullier, agriculteur à Juvigny-les-Vallées dans la Manche, a testé le Deutz-Fahr 6135C MY25 équipé du chargeur frontal Stoll ProfiLine FZ 41-29. Il nous livre ses impressions après 25 heures aux commandes de ce tracteur de 137 chevaux.
Lancée en 2022, la série 6C de Deutz‑Fahr a été actualisée en 2025 avec le suffixe MY25. Cette nouvelle version se distingue notamment par de plus grands rétroviseurs extérieurs et une suspension pneumatique de cabine en deux points. Les tracteurs 6C MY25 adoptent également un pont avant suspendu renforcé pour les usages intensifs au chargeur frontal, ainsi qu’une géométrie de relevage arrière revue incluant deux vérins externes de plus grande dimension.
Moteur, ponts et transmission de fabrication maison
Notre modèle d’essai, le Deutz-Fahr 6135C MY25 développant 137 chevaux, se situe en haut de la gamme aux côtés des tracteurs 6115C et 6125C de 120 et 129 ch. Leurs principaux composants, comme les ponts avant et arrière, la transmission et la cabine, sont produits dans l’usine italienne de Treviglio de la marque, tandis que le moteur FARMotion 45 à quatre cylindres de 3,9 litres provient du site turc du groupe SDF. Le 6135C MY25 est ici équipé de la transmission à variation continue TTV, mais peut aussi recevoir la boîte mécanique Powershift ou encore la full powershift RVShift. Sur le plan de l’hydraulique, le circuit load sensing est disponible avec la pompe à cylindrée variable délivrant 90 l/min, culminant, en option, à 120 l/min. Il dessert le relevage arrière d’une capacité de 7 100 kg. Il alimente aussi le chargeur frontal Stoll ProfiLine FZ 41-29 capable de lever jusqu'à 2,9 t et à une hauteur maximale de 4,1 m. Ce chargeur repose désormais sur un bâti élargi à 110 cm par rapport aux modèles 6C de 2022 (96 cm), améliorant ainsi la visibilité depuis la cabine.
Les conditions du test
Le Deutz-Fahr 6135C MY25 a été essayé pendant deux semaines début novembre 2025 sur l’exploitation de Loïc Toullier dans la Manche. Il a effectué du labour avec une charrue quatre corps. Il a aussi travaillé avec une combinaison de semis de 3 m. Ce tracteur a manipulé des bottes de foin pour charger la pailleuse, en autre. Il a ensuite réalisé de l’épandage de fumier avec un épandeur Pichon de 15 tonnes de PTAC.
Les plus :
Moteur coupleux
Frein moteur
Débit hydraulique
Les moins :
Rapport poids /puissance
Espace en cabine
Sifflement de la transmission perceptible
Au travail – Un tracteur compact et coupleux qui demande du lest
J’ai pris les commandes du Deutz-Fahr 6135C MY25 pour semer des céréales avec la combinaison composée d’un préparateur de lit de semence Carré et d’un semoir Sulky de 3 m de large. J’ai emblavé 8 hectares en travaillant à 8 cm de profondeur dans une parcelle très vallonnée à fort dénivelé. Le Deutz-Fahr évoluait en moyenne à 6,7 km/h à un régime moteur de 1 250 tr/min. Bien qu’il soit lesté à l’avant de 220 kg de masses Jerricanes, il manquait encore d’un peu de poids. Dès qu’il commençait à patiner, j’activais alors le blocage du différentiel arrière. De plus, lors des demi-tours en bas de la parcelle, son nez avait tendance à se soulever. J’ai alors attelé le chargeur frontal pour finir les derniers hectares. Ainsi, le comportement du tracteur s’est nettement amélioré, affichant un bon équilibre sans manque d’adhérence. Le moteur bien coupleux n’a jamais peiné, mais la transmission reste molle lors des démarrages : je sentais que le tracteur avait du mal à repartir.
J’ai utilisé le Deutz-Fahr avec l’épandeur à simple essieu de 15 tonnes de PTAC. En entrant dans les parcelles, il ne faut pas oublier de passer en gamme HD pour modifier le rapport de transmission, afin de bénéficier d’un couple plus important aux roues pour les travaux de traction. À l’inverse, la gamme route s’engage automatiquement dès que l’allure dépasse 25 km/h. J’ai réglé la prise de force à 1 000 tr/min et épandu à faible dose le fumier humide, donc assez lourd. J’ai travaillé entre 5 et 6 km/h, et dans les fortes pentes à 3 km/h. Dans les descentes, le poids de l’épandeur écrasait l’arrière du tracteur. Dans cette situation, un relevage avant aurait été une solution pour atteler une masse frontale, afin d’ajouter du lest. Globalement le 6135C s’en est bien sorti, d’autant plus que l’épandeur est normalement destiné à des tracteurs plus puissants ou de plus gros gabarits.
Sur la route, avec le chargeur et le combiné de semis, le Deutz-Fahr s’est révélé agréable, grâce à la cabine à suspension pneumatique. A contrario, sans chargeur ni outil, le pont avant suspendu vient taper en butée haute, dégradant le confort. Son comportement est meilleur avec un lestage avant. Sur une portion plate, avec la gestion de la transmission TTV en mode automatique, le tracteur en solo roulait à 40 km/h à 1 600 tr/min et à 50 km/h à 1 800 tr/min. Dans les redoutables côtes de plus ou moins 15 % de pente, le Deutz-Fahr a montré ses limites, même à vide. La vitesse chutait à 20 km/h avec un régime moteur d’environ 1 300 tr/min. Ce qui est intéressant est de bénéficier, en descente, du frein moteur en appuyant uniquement sur le bouton du joystick représentant une flèche vers le bas. Cette fonctionnalité fait monter le moteur à 2 500 tr/min et ralentit assez bien le tracteur, même avec un outil remorqué. À la manutention de balles de paille pour charger la pailleuse, j’ai été gêné par le manque de visibilité. Au sol, le capot au profil non plongeant rend difficile l’attelage des outils. De même en hauteur, malgré le toit vitré, l’épaisse barre transversale séparant le pare-brise du toit crée un grand angle mort. J’ai en revanche apprécié avec le chargeur frontal le bon équilibre du tracteur ne nécessitant pas de lestage à l’arrière. De plus, le bon débit hydraulique procure des mouvements rapides.
Le relevage arrière de catégorie 3N du 6135C MY25 bénéficie d’une nouvelle géométrie et de deux vérins plus gros à simple effet. Les commandes et les différentes prises hydrauliques sont trop dispersées entre elles. Par exemple, les boutons sur les ailes sont assez éloignés du relevage arrière, rendant difficile les manipulations d’attelage. Le Deutz-Fahr dispose de quatre distributeurs électrohydrauliques pourvus d’une fonction de décompression et de deux autres tirés depuis le centre du tracteur qui sont dédiés au contrôle du chargeur frontal, ainsi que du système Power Beyond. Il peut aussi combiner le système de freinage à double ligne hydraulique et pneumatique.
En cabine – Des commandes centralisées sur la console de droite
L’accès à bord s’effectue aisément par trois marches. La cabine à quatre montants présente une habitabilité dans la moyenne de celles des autres tracteurs d’élevage. Toutefois, l’espace pour mes jambes est assez restreint et avec un passager, nous sommes à l’étroit. Le siège conducteur pourrait être de gamme supérieure et je trouve son assise assez courte. Par ailleurs, mon tibia vient constamment taper le bas de la console de droite lorsque j’ai le pied sur l'accélérateur. C’est d’ailleurs regrettable que cette pédale ne soit pas suspendue. En dehors des manipulations au chargeur, la visibilité est satisfaisante avec peu d’angles morts. Je regrette tout de même le manque d’efficacité du désembuage pour la vitre arrière, ainsi que l’absence d’un rétroviseur sur le hayon pour voir le piton d'attelage ou les bras de relevage.
La cabine étant bien insonorisée, le bruit du moteur ne se fait pas entendre. En revanche, le sifflement de la transmission reste perceptible, notamment au champ lorsque la boîte est fortement sollicitée ou sur la route à grande vitesse. Le tableau de bord est bien lisible. Servant également de terminal, il affiche l’ensemble des informations, comme l’affectation des distributeurs hydrauliques, les paramètres du moteur, les séquences de bout de champ... Il faut tout de même aller chercher la molette noire à l’avant de la console de droite pour naviguer dans les menus, ce qui peut rendre la tâche difficile en roulant. Ces fonctions peuvent aussi être pilotées depuis l’optionnel écran tactile iMonitor de 8 pouces. Étant adepte de la commande d'inverseur à gauche du volant, j’ai apprécié sa position qui tombe naturellement sous la main. Il est par ailleurs facile de régler la souplesse d'inversion selon cinq niveaux grâce à la molette sur le levier.
La plupart des commandes dans la cabine sont regroupées sur l’accoudoir multifonction et la console de droite. On trouve également à gauche du volant des boutons dédiés au chargeur frontal, comme l’activation de la troisième fonction, et à droite un interrupteur pour déverrouiller l’hydraulique ainsi que d’autres commandes pour les feux de travail. J’apprécie toutefois le judicieux code couleurs permettant de bien identifier les commandes : bleu pour l’hydraulique, orange pour la transmission et le moteur, vert pour le relevage et jaune pour la prise de force. Le joystick principal est aussi bien pensé et facile à prendre en main. Le seul reproche concerne le bouton de sécurité, pour actionner l’inverseur, qui est placé bien trop loin au dos du joystick. Le mini joystick s'utilise pour contrôler le chargeur frontal, mais pilote aussi jusqu'à deux distributeurs. À gauche du siège, je retrouve le levier pour le frein à main hydraulique et juste à côté celui pour la sélection mécanique des régimes de prise de force.
Entretien - L’accès à la jauge à huile perfectible
Sous le capot du Deutz-Fahr 6135C MY25, nous avons accès tout à l’avant au filtre à air qui se démonte très facilement. Si seul le condenseur de climatisation coulisse, les radiateurs sont fixes et disposent de deux tamis amovibles captant les plus grosses poussières. À droite du moteur, il faut avoir le bras assez long pour accéder à la jauge à huile, en pivotant le garde boue avant. Du même côté, sont regroupés les filtres à huile et à carburant que l’on atteint après avoir retiré le panneau latéral, sans difficulté une fois le coup de main pris. Derrière le marchepied droit, une petite trappe donne un accès rapide aux bornes de la batterie. Du côté gauche, on profite de deux petites caisses à outils, l’une posée sur le réservoir d’AdBlue, l’autre fixée contre le bâti de chargeur. La cabine dispose de deux filtres d’habitacle de chaque côté du toit.
Fiche technique du Deutz-Fahr 6135C MY25
Moteur
Puissance au régime nominal (ECER120) : 130 ch à 2 200 tr/min
Puissance maxi (ECER120) sans/avec boost : 137/142,8 ch à 2 000 tr/min
Couple maxi sans/avec boost : 574/579 Nm à 1 000/1 500 tr/min
Nombre de cylindres/cylindrée : 4/3,9 l
Norme et système de dépollution : Stage V / DOC + FAP + SCR + EGR
Capacité d’huile du moteur : 9,5 l
Intervalle d’entretien : 500 h
Transmission
Type : Variation continue TTV
Régime moteur à 40 et 50 km/h : 1 480 et 1 750 tr/min
Régimes de prise de force et régimes moteur correspondants :
540, 1 000 et 1 000E à 1 958, 1 960 et 1 593 tr/min
Circuit hydraulique
Type de pompe : load sensing
Débit : 120 l/min
Débit pompe de direction : 43 l/min
Volume d’huile hydraulique exportable : 40 l
Nombre de distributeurs : 4 arrière et 2 indépendants pour le chargeur
Relevage
Capacité maxi aux rotules (ar./av. en option) : 7 100/3 000 kg
Dimensions
Capacité du réservoir de GNR/AdBlue : 180/12 l
Hauteur hors tout : 2,92 m
Empattement : 2,52 m
Rayon de braquage : 5,80 m
Poids : 5 600 kg
Rapport av:ar : 40:60 %
PTAC : 9 500 kg
Monte pneumatique du modèle essayé : 380/70R28 et 480/70R38
Budget
Prix catalogue du modèle essayé au 1ᵉʳ mai 2026 (avec prédisposition chargeur/avec chargeur) : 186 805/197 045 euros HT