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Perspectives moroses pour les exportations françaises de céréales

Lors de son dernier conseil spécialisé du 15 janvier, FranceAgriMer a révisé en baisse sa prévision d’exportation d'orges vers les pays tiers de 200 000 t, ce qui conduit à une hausse de la prévision des stocks de fin de campagne.

Chargement de céréales dans un bateau
Les exportations d'orge ont été revues à la baisse par FranceAgriMer; celles de blé tendre sont maintenues quasi-stables d'un mois sur l'autre
© J.-C. Gutner

FranceAgriMer a modifié à la baisse son chiffre d’exportation d’orges vers les pays tiers de 200 000 t. Pour Habasse Diagouraga, chargé d’études économiques sur les marchés français des céréales de FranceAgriMer, cela s’explique par « la moindre présence de la Chine sur les marchés internationaux en blé tendre et en orges ». Cela constitue le principal motif de hausse des stocks de fin de campagne prévisionnels au 30 juin 2025, estimés à 1,614 Mt ce mois-ci contre 1,375 Mt en décembre dernier. D’une campagne à l’autre, les stocks progresseraient ainsi de 25 %, pour atteindre en 2025 un niveau inédit depuis 2008-2009.

Lire aussi : L’USDA surprend avec une baisse des rendements de soja aux États-Unis

Les exportations françaises de blé tendre toujours à la peine

Les exportations françaises de blé tendre toutes destinations confondues (Union européenne et pays tiers) se montaient à 3,7 Mt sur la campagne 2024-2025 à fin novembre, selon les Douanes françaises. « Cela représente un retard de 29 % par rapport à la même période de l’an dernier », ajoute Habasse Diagouraga. La prévision d’exportation de blé tendre vers les pays tiers n’a pas été modifiée, à 3,5 Mt selon FranceAgriMer. 

La veille, l'AGPB se montrait un peu plus optimiste, avançant les chiffres de 3,8 à 3,9 Mt sur les pays tiers, tandis que les exportations vers l’Union européenne se situeraient autour des 5,9 Mt. Du côté de FranceAgriMer, celles-ci ont été revues en baisse de 25 000 t à 6,135 Mt. Les deux organismes s’accordent sur un chiffre de disponible exportable autour de 9,7 Mt. « Par rapport à un chiffre de 15-16 Mt habituellement, cela représente une nette baisse », déplore Philippe Heusele, secrétaire général de l’AGPB. Il a également pointé du doigt le risque pour la balance commerciale de la France. « En 2022, les exportations de céréales représentaient 11 milliards d’euros de recettes. L’année suivante, ce chiffre est descendu à 6,5 milliards d’euros, et il sera encore inférieur en 2024 », s’alarme-t-il.

Lire aussi : FranceAgriMer corrige en baisse de 400 000 t les exportations de blé tendre vers les pays tiers

Pas d’exportations de grains prévues vers l’Algérie

FranceAgriMer a confirmé l’absence de volumes à destination de l’Algérie dans les exportations des derniers mois et de ceux à venir. 

Pour Benoît Piétrement, président du Conseil spécialisé marchés céréaliers de FranceAgriMer, outre les relations diplomatiques tendues entre les deux pays, cela vient aussi du fait que la concurrence d'autres pays producteurs par rapport à l'origine française a pu s’installer depuis la mauvaise récolte de 2016. « Le marché algérien est presque complètement fermé à l’origine française », a-t-il rappelé. « Les exportateurs français continuent à proposer des offres, mais l’Algérie ne procède à aucun achat de blé français. Sur cette année, c’est un moindre mal car peu de volumes sont disponibles, mais cela risque de poser problème les années suivantes, la situation ne semblant pas s’améliorer » explique Benoît Piétrement.

Lire aussi : Moisson 2024 – Les mauvaises récoltes coûteraient 0,2 point de croissance annuelle en 2024

L’AGPB demande le rétablissement de droits de douane sur les importations européennes en provenance d’Ukraine

Par ailleurs, le syndicat de producteurs s’alarme du niveau des importations ukrainiennes en direction de l’Union européenne. « En octobre 2024, les importations de céréales ukrainiennes se montaient à 1,7 Mt, soit 50 % de plus que le mois précédent et 59 % de hausse par rapport à octobre 2023 », rappelle Clémence Lenoir, chargée d’études économiques sur les marchés européens des grandes cultures à FranceAgriMer. La majeure partie de ces importations est dirigée vers l’Espagne, qui a souffert d’une faible récolte l’an passé. 

De son côté, l’AGPB a demandé au gouvernement le rétablissement du régime douanier ayant cours jusqu’en 2016. À l’époque, 900 000 t de blé tendre étaient exemptées de droits de douane, puis au-delà de ce quota, 95 €/t de frais de douane s’appliquaient sur les flux de blé tendre en provenance d’Ukraine. Ce régime avait été supprimé après le déclenchement de la guerre, pour permettre la libre circulation des marchandises ukrainiennes vers l’Union européenne. « Courant 2021, l’Ukraine exportait 150 000 t de blé tendre vers l’UE. En 2023, ce chiffre se portait à 7 Mt. Les flux de grains s’écoulent à peu près normalement depuis l’Ukraine à présent, et il n’y a donc pas de raison de maintenir cette exemption », a déclaré Philippe Heusele. 

L’accord actuel est en vigueur jusqu’en juin 2025, et l’AGPB a demandé au gouvernement de porter auprès de l’UE la demande de sa renégociation.

Lire aussi : La FAO confirme la décroissance des prix alimentaires mondiaux en 2024

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