Faucheuses : Trouver la combinaison gagnante
L’augmentation des largeurs de fauche fait la part belle aux ensembles de fauche avant-arrière. Si les combinaisons doubles restent très présentes dans les exploitations, les faucheuses triples gagnent du terrain grâce à une diversité de machines avec ou sans conditionneur et groupage du fourrage.
L’augmentation des largeurs de fauche fait la part belle aux ensembles de fauche avant-arrière. Si les combinaisons doubles restent très présentes dans les exploitations, les faucheuses triples gagnent du terrain grâce à une diversité de machines avec ou sans conditionneur et groupage du fourrage.
Plébiscitées de longue date par les ETA et les Cuma, les combinaisons de fauche portées ont relégué les faucheuses conditionneuses traînées au rang de souvenir. Leur succès gagne désormais les exploitations. Portée par la montée en puissance des tracteurs, l’adoption des ensembles avant-arrière repose avant tout sur les gains de débit de chantier, un atout décisif pour les structures en expansion ou soucieuses de mieux valoriser l’herbe. La contrainte de main-d’œuvre renforce encore cet intérêt. Reste à trancher entre plusieurs configurations. Les combinaisons doubles, associant faucheuse frontale et machine latérale arrière, demeurent majoritaires dans les fermes d’élevage. Mais les triples progressent, le plus souvent sans conditionneur. Les faucheuses papillon avec conditionneur restent plutôt l’apanage des Cuma et des ETA, fréquemment équipées de tapis d’andainage. Enfin, une troisième émerge ces dernières années : des combinaisons triples sans conditionneur capables de regrouper le fourrage grâce à des vis d’andainage.
La faucheuse frontale : un standard désormais bien installé
L’adoption des faucheuses frontales est bien accompagnée par un taux d’équipement croissant en relevage et prise de force frontaux sur les tracteurs en régions d’élevage. La conception de ces machines est arrivée à maturité avec des systèmes de suspension du lamier (conception tirée majoritaire) qui ont fait leurs preuves. Disponibles avec ou sans conditionneur, ces faucheuses se déclinent le plus souvent en deux largeurs : environ 3 m (2,80 à 3,20 m) et 3,50 m (3,40 à 3,60 m). Les versions de 3,50 m optimisent la largeur de travail et le recroisement avec les unités arrière, mais imposent des contraintes supplémentaires au transport. Cas particulier, avec ses extrémités de lamier repliable, l’EasyCut F 400 CV Fold de Krone affiche une largeur inférieure à 3 m au transport pour une envergure de fauche de 4 m. Son prix est toutefois nettement supérieur à celui d’une machine standard. Autre particularité proposée par Pöttinger, Fendt et Massey Ferguson : le déport hydraulique du lamier en courbe. Ce dispositif maintient un recoupement optimal avec les unités arrière et sécurise la qualité de fauche dans les parcelles sinueuses.
La faucheuse latérale arrière comme premier pas
Associée à une faucheuse frontale, la faucheuse latérale arrière constitue la base des combinaisons doubles. Cette configuration permet d’atteindre une largeur de travail de 6 à 7 m, selon la présence ou non d’un conditionneur. Avec ce dernier, la largeur de l’unité arrière dépasse rarement 3,60 m. En fauche à plat, l’absence de conditionneur autorise des lamiers plus larges, pouvant atteindre 4,50 m, grâce à un poids réduit. Cas particulier, Pöttinger propose une version sans conditionneur, mais avec une vis d’andainage, qui permet de regrouper le fourrage sur un seul andain.
L’équilibre de ces ensembles reste un point de vigilance, notamment avec des tracteurs de gabarit limité. Pour y remédier, plusieurs constructeurs proposent des dispositifs de contrepoids, afin d’améliorer la stabilité et le confort de conduite.
Ces machines se distinguent également par leur cinématique de repliage : repliage horizontal vers l’arrière ou vertical en oblique, deux solutions influençant l’encombrement au transport et la visibilité routière.
La faucheuse triple sans conditionneur : la grande largeur accessible
Les combinaisons triples sans conditionneur séduisent par leur capacité à offrir de larges envergures sans exiger de fortes puissances. Les tracteurs de 130 à 150 ch, désormais courants en élevage, les entraînent sans difficulté. Dans de bonnes conditions, des surfaces de fauche de 50 à 60 ha par jour deviennent accessibles. Ces ensembles intéressent particulièrement les exploitations multipliant les coupes ou confrontées à une contrainte de main-d’œuvre.
La majorité des faucheuses arrière doubles reposent sur une suspension pendulaire des lamiers, garantissant un bon suivi du sol. Quelques modèles misent sur une suspension latérale, comme les Novadisc de Pöttinger ou les Disc AD de Sip. Plus légères, ces machines ciblent en priorité les zones montagneuses.
Débutant à environ 8 m de largeur de travail, ces combinaisons profitent de leur faible poids pour atteindre 10 à 11 m, voire davantage. Derniers exemples en date : la GMD 15030 de Kuhn, annoncée à 14,50 m grâce à ses lamiers repliables, avec un débit revendiqué de 15 ha/h, ou encore l’EasyCut B 1250 Fold de Krone dont l’extrémité des lamiers pivote pour atteindre 12,50 m.
La grande largeur des unités arrière assure généralement un recoupement suffisant avec une frontale de 3 m. Selon les modèles, le chevauchement peut être ajusté mécaniquement — via deux points de fixation du lamier — ou hydrauliquement.
La combinaison à vis regroupe sans conditionner
Les combinaisons triples équipées d’un groupeur à vis s’imposent comme une solution intermédiaire. Elles permettent de conserver une fauche à plat tout en offrant la possibilité de regrouper le fourrage pour l’ensilage. Plus compactes et plus légères que les versions avec conditionneur et tapis, elles limitent la puissance requise autour de 180 à 200 ch.
Selon les modèles, la largeur de travail varie de 9 à 10,70 m, en fonction de la frontale et du recouvrement avant-arrière, ajustable mécaniquement ou hydrauliquement. Ces ensembles répondent aussi aux structures qui cultivent des méteils ou des Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) pour la méthanisation. Point de vigilance toutefois : dans des fourrages durs et volumineux, comme certains seigles, l’acheminement par vis peut atteindre ses limites. La vitesse de travail est alors fortement réduite pour éviter les bourrages.
Quatre constructeurs occupent aujourd’hui ce créneau : Pöttinger, Krone, Claas et Kuhn. Les différences portent principalement sur la conception du système de regroupage : diamètre et position des vis, type d’entraînement ou encore gestion du flux de matière. En fauche à plat, la vis reste en place tandis que les carters sont relevés. Claas se distingue en proposant des vis escamotables, supprimant tout risque d’andainage involontaire dans les fourrages volumineux.
La largeur d’andain obtenue se situe généralement entre 1,80 et 2,20 m. Un format bien adapté à la reprise par une presse enrubanneuse ou une autochargeuse, mais trop étroit pour favoriser le séchage et exploiter les pick-up larges des ensileuses. Afin d’élargir l’andain, Krone propose, sur son EasyCut B 950 Collect, des déflecteurs de vis coulissants hydrauliquement, pour atteindre jusqu’à 4 m. À noter que certains utilisateurs associent ces ensembles à une faucheuse frontale avec conditionneur pour obtenir un andain aéré en partie inférieure.
Triple avec conditionneur et tapis : la polyvalence maximale
La combinaison triple avec conditionneur, dans des largeurs de 8 à 11 m, reste une valeur sûre chez les ETA et les grandes Cuma, où la puissance et le gabarit des tracteurs ne sont pas une contrainte. Pour accroître la polyvalence, beaucoup optent pour des versions équipées de tapis groupeurs. Ces papillons offrent plusieurs modes de travail : étalement large pour favoriser le séchage, formation de trois andains ou regroupement en un seul ou deux andains. Sur bon nombre de machines, la largeur de l’andain se règle hydrauliquement, via la position et la vitesse des tapis. Autre solution pour adapter la largeur de l’andain à celle du pick-up de l’ensileuse, certaines marques proposent deux longueurs de tapis. Lorsque l’andainage n’est pas nécessaire, les tapis sont escamotés. Certains constructeurs, comme Kverneland, proposent des systèmes de démontage rapide, permettant d’alléger les lamiers et de limiter la consommation de puissance.
Autre approche, développée par Krone avec ses versions BSS (Big Swath System) : remplacer les tapis par des vis. Résultat : une machine plus compacte et un système de regroupage réputé moins sensible à l’usure. Un choix qui alimente toutefois les discussions des chauffeurs d’ensileuse, notamment sur la qualité de l’andain comparée à celle obtenue avec des tapis.
Fauche XXL : automoteurs et semi-portées
En attendant l’arrivée annoncée de Fliegl, qui a repris les droits du modèle Cutaro développé par la société suisse ARB-Tec, Krone reste aujourd’hui seul sur le segment des automoteurs de fauche. Le constructeur observe une progression des ventes de sa Big M 450, plébiscitée par les ETA. Ces entreprises y voient une alternative aussi rentable qu’un ensemble tracteur + combiné de fauche de 10 m, lorsqu’il est utilisé de manière intensive.
De leur côté, Sip et Kuhn explorent la voie des combinaisons semi-portées pour repousser les limites de largeur. Avec la Silvercut Disc HD 1500 T, le constructeur slovène atteint 14,55 m grâce à quatre unités de fauche arrière. Une configuration hors norme, toutefois dépourvue de solution d’andainage. Chez Kuhn, la FC 13460 RA propose une approche plus compacte. Elle atteint jusqu’à 13,40 m d’envergure en s’appuyant sur deux unités de coupe de grande largeur. Son principal atout : la possibilité d’intégrer des tapis groupeurs et de s’inscrire dans une logique CTF (Controlled Traffic Farming) sur 12 m, afin de limiter le tassement.
Le conditionneur reprend des couleurs
La tendance à l’abandon du conditionneur, amorcée ces dernières années, marque le pas dans certaines régions, en particulier dans les systèmes orientés ensilage. La succession de campagnes humides a en effet compliqué le séchage du fourrage. Les modèles de conditionneurs à doigts ou fléaux acier restent largement majoritaires. Fendt et Massey Ferguson se distinguent avec leur conditionneur à dents, réputé plus doux pour les fourrages délicats. La préservation maximale des feuilles demeure toutefois l’apanage des modèles à rouleaux, principalement utilisés dans les zones riches en légumineuses.
Pour répondre aux gros débits, certaines machines adoptent désormais des rouleaux en acier, proposés comme alternative aux doigts en acier pour traiter des fourrages plus ligneux et volumineux (seigle, sorgho…), notamment en méthanisation.
Débit ou séchage : le dilemme du regroupement
Avec les faucheuses-conditionneuses, mais aussi les combinés à vis, le regroupement du fourrage ne doit pas pénaliser la qualité de conservation. Concentrer 10 m de coupe en un seul andain ralentit inévitablement le séchage. L’itinéraire le plus sûr reste un épandage large, suivi d’un andainage. Sur sol humide, il est aussi intéressant de former trois andains, puis de les regrouper, pour homogénéiser le séchage. Ces stratégies impliquent toutefois un passage d’andaineur (plus de 20 €/ha avec la main-d’œuvre selon la FNCuma) et augmentent le risque d’incorporation de terre ou de cailloux. Pour éviter cette étape supplémentaire, certains choisissent une reprise directe à l’ensileuse. Une option qui dégrade toutefois l’homogénéité du séchage et réduit le débit de chantier de l’ensileuse.
Reste l’andainage à la fauche : efficace pour l’organisation du chantier et économiquement intéressant, mais plus risqué pour le séchage. Cette pratique peut être optimisée en élargissant l’andain, notamment lorsque l’ensileuse dispose d’un pick-up repliable de 4 m et plus.
Autre compromis possible : regrouper sur une demi-largeur en travaillant en aller-retour. Avec un groupe de 10 m, ce sont 20 m de fourrage qui sont répartis sur 13 m, avant une reprise en un seul passage avec un andaineur 4 rotors.