Corridor solaire : les avantages d’interrangs larges en maïs
Implanter un couvert, mieux gérer la lumière, introduire et recycler de l’azote sont les objectifs d’un interrang plus grand en maïs. Mais leur hiérarchisation, les bénéfices potentiels et leur mise en œuvre restent confus. Si certains collègues américains avancent sur la question, la chambre d’agriculture des Pays de la Loire a mis en place un essai de 2021 à 2023 pour analyser cette piste. Certains résultats confirment l’intérêt d’interrangs larges, notamment en maïs ensilage.
Implanter un couvert, mieux gérer la lumière, introduire et recycler de l’azote sont les objectifs d’un interrang plus grand en maïs. Mais leur hiérarchisation, les bénéfices potentiels et leur mise en œuvre restent confus. Si certains collègues américains avancent sur la question, la chambre d’agriculture des Pays de la Loire a mis en place un essai de 2021 à 2023 pour analyser cette piste. Certains résultats confirment l’intérêt d’interrangs larges, notamment en maïs ensilage.
Repenser la largeur des interrangs de maïs n’est pas nouveau. Nous avions déjà abordé les corridors solaires dans le TCS 107 de mars-avril-mai 2020.
Le maïs et surtout le maïs ensilage, lorsqu’il est ramassé précocement, est une culture qui profite peu de la minéralisation automnale. Ainsi, il peut laisser dans le sol d’importantes quantités d’azote difficilement mobilisées par un couvert implanté après la récolte ou une céréale. Ce risque est d’autant plus important que le niveau d’autofertilité est élevé et le retour des couverts végétaux important.
Une meilleure valorisation de la lumière
Le maïs ensilage laisse assez tôt un sol nu avec pas ou peu de résidus, ce qui est stressant pour l’activité biologique. Avoir un sol couvert limiterait également les compactions de surface lors de la récolte et faciliterait le semis direct de la culture suivante dans une végétation développée avec une organisation structurale partiellement réparée.
Comme avec toutes les plantes (un peu plus avec le maïs car c’est une plante en C4), le rendement, en termes de biomasse ou de grain, est assez proportionnel à l’efficacité de la photosynthèse durant la saison. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que nous avons encouragé depuis de nombreuses années le rapprochement des rangs afin de couvrir plus vite et capter plus rapidement plus de soleil (TCS 111, janvier-février 2021). Si cet argument semble logique, un écartement des rangs afin de permettre à toutes les feuilles sur la hauteur de la plante d’avoir une photosynthèse optimale est recevable également. C’est en fait l’effet de bordure souvent observé dans les passages d’irrigation avec des maïs plus verts, de plus beaux épis et même des doubles qui est recherché. Cette meilleure valorisation de la lumière serait d’ailleurs améliorée avec des rangs dirigés nord-sud : une similitude avec la vigne où l’on recherche cette orientation et un écartement calé en fonction de la hauteur de conduite du végétal afin d’éviter ce qu’on appelle « l’ombre portée ».
Comme publié dans le TCS 123 de juin-juillet-août 2023, ce n'est pas tant l'azote aporté sur les cultures qui fuit, notamment dans les zones d'élevage où l'infertilité est conséquente ou chez les ACSistes avec suffisamment de recul, mais la minéralisation automnale. Si une crucifère implantée à haute densité sitôt la récolte peut, en fonction des saisons et du temps avant l'entrée de l'hiver et/ou le semis suivant, capter une partie de cet azote, seul un couvert implanté en cours de végétation pourra remplir correctement cet objectif et apporter en supplément de nombreux bénéfices agronomiques. Si les producteurs de maïs grain vont pouvoir utiliser progressivement des épandages de graines au drone en fin de cylce, les ACSistes éleveurs vont certainement devoir explorer le maïs en rangs larges avec un semis décalé en végétation.
Malgré de nombreux essais, il semble compliqué d’implanter, de faire vivre et même subsister un couvert végétal sous un maïs grain. Si les programmes de désherbage sont un vrai frein, la chaleur de l’été mais aussi le manque de lumière apparaissent de plus en plus comme des obstacles. De plus et afin de limiter les risques de concurrence, le choix des espèces est souvent orienté vers des légumineuses alors qu’elles sont très sensibles au manque de rayonnement solaire. Enfin, elles ne sont pas les meilleurs candidats pour capter l’azote en fin de cycle. Des crucifères et à défaut des graminées, semblent mieux adaptées.
Trois modalités d’interrang expérimentées en Vendée
La chambre d’agriculture des Pays de la Loire a mis en place un essai en 2021, 2022 et 2023 à la ferme expérimentale des Établières à la Roche-sur-Yon en Vendée. Cet essai comprenait trois modalités d’interrang (37,5 cm, 75 cm, et 150 cm avec doubles rangs). Le maïs, avec possibilité d’irrigation, était semé fin avril avec un désherbage en prélevée (Isard) et le couvert était implanté début juin sur chaque demi-modalité, uniquement des légumineuses : un mélange de trèfle blanc, trèfle violet, trèfle d’Alexandrie et fenugrec. « Comme nous avons fait avec les outils présents sur la ferme, en répétant les passages, les densités de semis des maïs n’ont pas été toujours correctement identiques comme la qualité des implantations des couverts », commente Mathieu Arnaudeau, chargé de mission agronomie et spécialiste de l'ACS à la chambre d'agrculture Pays-de-la-Loire.
Les résultats montrent qu’il n’y a pas eu une maximisation de la photosynthèse escomptée avec l’écartement à 1,50 mètre. Cependant une autre lecture confirme que cet écartement excessif n’a pas vraiment impacté le rendement moyen. Cela valide ce que nous constatons avec les céréales à lignes très espacées dans le cas d’essais de relay-cropping [culture en relais, soit deux cultures en un an]. Une meilleure valorisation de la lumière doit apporter certaines compensations à la surdensité localisée : les plantes ont d’ailleurs souvent un port de feuillage très différent.
Écarter les rangs pour faire descendre la lumière
Pour ce qui est de la biomasse des couverts, seuls les couverts végétaux de 2021 ont été comptabilisés. Ceux de 2022 ont certainement peiné du sec et de la phytotoxicité du désherbage et l’implantation de 2023 a aussi échoué. En fait, le semis de 2021 a été réalisé à la volée avec un distributeur d’engrais DP12 et les deux années suivantes avec un épandeur d’engrais. Bien que ces semis aient été réalisés avant une pluie, un vrai semis avec positionnement aurait certainement qualifié l’installation et peut-être même permis de contourner une partie de la phytotoxicité. Pour la seule année prise en compte, le mélange, un mois après la récolte, a produit 1,3 tonne de matière sèche à l’hectare pour l’écartement interrang à 37,5 cm, 1,8 tonne pour l’écartement à 75 cm et de tout de même 3,4 tonnes pour l’écartement à 150 cm.
Ce gain de matière sèche (le double) confirme bien l’intérêt d’écarter les rangs pour faire descendre de la lumière et offrir une opportunité de photosynthèse jusqu’au sol. Avec un couvert mieux adapté et surtout capable de mobiliser rapidement l’azote de la minéralisation de fin de cycle, le potentiel de biomasse peut être bien supérieur, même s’il restera très variable entre les saisons et les dates de récolte. Ce couvert peut donc largement venir compenser, pour les éleveurs, le manque à gagner sur le maïs : une sécurisation de fourrage en année sèche sans compter tous les avantages agronomiques.
Même si cet essai n’a pas donné satisfaction à première vue, il nous apporte cependant des informations stratégiques pour mieux comprendre les interactions entre le couvert et la culture au niveau de la lumière.
L’approche corridor solaire a bien mûri
Comme le maïs et surtout le maïs ensilage tend à laisser une petite interculture nue avec pas ou peu de résidus pour supporter l’activité biologique avec en plus un risque de perte d’azote important dû à la minéralisation d’automne, il est logique, en plus de tous les autres bénéfices agronomiques, de suivre avec un couvert dynamique.
Pour qualifier ce résultat et l’impact de cette végétation post-récolte, qui peut également servir de complément de fourrage, il semble judicieux d’anticiper l’implantation dans la culture afin d’obtenir une forme de relais. À ce niveau, augmenter l’interrang devient une stratégie intéressante pour favoriser l’implantation et la survie du couvert, tout en limitant la concurrence pour la fertilité et l’eau sur le maïs. Cet écartement peut également profiter au maïs, d’autant plus que les rangs sont exposés nord-sud, qui valorisera également mieux la lumière, apportant certainement une compensation de production. Un système de strip-till avec doubles rangs et localisation d’engrais tous les 150 cm limite également la mécanisation et facilite la circulation dans la parcelle afin de revenir semer le couvert en décalé.
Pour ce qui est du couvert, on choisira des espèces qui ne montent pas mais qui poussent bien en été et fin d’été et qui sont donc capables de gérer le salissement. À ce titre, le moha comme le millet peuvent être de bons candidats pour les graminées, le colza, la navette et le radis chinois pour les crucifères (utiles pour capter l’azote de fin de cycle en profondeur), pourquoi pas de la cameline et du lin pour la taille des graines et la maîtrise du salissement, auquel il est possible d’ajouter de la phacélie. Pour assurer une portion de légumineuses, il convient de s’orienter vers de la vesce et des trèfles (Alexandrie, Micheli, incarnat). Enfin quid du désherbage qu’il est possible de localiser sur le rang avec des racinaires tout en conservant un herbicide total au moment du semis avec des caches si nécessaire pour l’interrang ? Avec ce type de stratégie, l’économie de désherbage (entre 35 % et 75 %) permettrait presque de financer les graines de couvert.
Cette approche de corridor solaire semble aujourd’hui rassembler beaucoup d’avantages et de faisabilité. Il appartient maintenant aux ACSistes producteurs de maïs ensilage mais aussi de maïs grain de s’emparer de ce sujet.