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Blé dur : pourquoi les prix baissent-ils ?

Le prix du blé dur en rendu Port La Nouvelle a grimpé de 80 €/t entre début juillet et début août, pour atteindre 440 €/t sur le rapproché. Ils ont ensuite décroché de manière surprenante, pour tomber à 380-385 €/t le 13 septembre.

© chrysda-Pixabay

Le marché mondial, et notamment français, du blé dur est jugé tendu par divers analystes publics et privés. Pourtant, les prix ont décroché ces dernières semaines, passant de 440 €/t en rendu Port-La-Nouvelle  en « spot » le 9 août 2023 à 380-385 €/t le 13 septembre 2023, soit une chute d’environ 60 €/t en l’espace d’un mois. La raison est à chercher du côté de la Turquie, très compétitive et qui a exporté massivement, surprenant les opérateurs.

Petit retour en arrière : au 3 juillet 2023, le prix en rendu Port-La-Nouvelle valait 365 €/t sur l’échéance rapprochée. Puis, il grimpe peu à peu pour atteindre 440 €/t le 9 août 2023, soit une progression d’environ 80 €/t en un mois. Les raisons sont multiples mais peuvent se résumer ainsi : le marché est annoncé comme tendu, avec divers incidents de production au sein des pays exportateurs et importateurs. 

Le marché mondial du blé dur jugé malgré tout tendu

La production au Canada, principal producteur mondial, est, dès le début de l’été 2023, estimée en net recul par rapport à l’an dernier selon diverses sources publiques et privées, à 4-4,5 Mt contre pas loin de 6 Mt en 2022. Viennent ensuite les mauvaises récoltes au sein des pays consommateurs : MarocTunisie, etc. En Europe, la production est également en recul, notamment en France qui voit ses surfaces régresser. Le Conseil international des céréales (CIC) confirme la tension sur le marché : la production mondiale s’effrite légèrement entre 2022-2023 et 2023-2024, passant de 32,7 Mt à 32,4 Mt. Sachant qu'historiquement, elle se situe plutôt dans la fourchette des 33-40 Mt. Et les stocks décrochent d'un an sur l'autre, passant de 5,8 Mt à 4,7 Mt.

Fin juillet-début août, nombreux sont les opérateurs qui tablaient sur la poursuite de la hausse des prix. Pourtant, il n’en a rien été. Les cours sont retombés à 380-385 €/t le 13 septembre en rendu Port-La-Nouvelle. L’origine de la baisse des prix : la Turquie, qui a surpris le marché. Le pays a bénéficié d’une récolte supérieure aux attentes des opérateurs, et s’est mis à massivement exporter. Selon Jean-Philippe Everling, consultant indépendant et ancien trader, « la production turque a été exceptionnelle cette année. Je l’estimais à 3,7 Mt, mais il se pourrait qu’elle atteigne 4,2 Mt. »

D’habitude, la Turquie produit près de 3 Mt/an, et s’avère davantage un importateur structurel qu’exportateur, achetant en général 400 000 à 500 000 t/an, rappelle l’expert. Il ajoute que les réserves du pays étaient très importantes en début de campagne 2023-2024.

Dans le détail, 400 000 t ont déjà été exportées par les Turcs, et 700 000 t seraient vendues depuis le 1er juillet 2023, selon Jean-Philippe EverlingOr, les volumes de blé dur échangés au niveau mondial représentent 7 à 9 Mt. Cela représente environ 7 à 10 % des transactions internationales, ce qui est très significatif.  Le principal acheteur s’est avéré être l’Italie, sachant que la Belgiquel’Espagne ou encore le Maroc ont également fait des acquisitions. « La Turquie pourrait expédier 1 Mt sur l’ensemble de la campagne voire plus », renchérit l’expert.

La Turquie met la pression, mais jusqu’à quand ?

La question reste alors : la Turquie pourra-t-elle maintenir la pression sur le marché encore longtemps ? Rien n’est moins sûr. Les industriels turcs, consommant le blé dur local, ne sont guère satisfaits de voir de la marchandise, qui leur est habituellement destinée, leur passer sous le nez pour être exporté, et mettent la pression sur le gouvernement pour qu’ils retirent les certificats d’exportation. De plus, « les Turcs semblent ralentir le rythme actuellement. Il n’est pas sûr qu’ils puissent réellement dépasser le 1 Mt d’export », tempère Jean Philippe Everling.

Un analyste privé évoque un possible scénario : « il se pourrait que les Turcs exportent jusqu’à mi-octobre. Mais après, il ne resterait quasiment que le Canada et la France sur le marché mondial. Les prix peuvent encore baisser de 10-20 €/t, mais pourraient remonter par la suite autour des 430-440 €/t, au vu de la faible récolte canadienne 2023. »

L’attitude de la Turquie sur le marché du blé dur sera donc à suivre de près lors des prochaines semaines. D’autres surprises pourraient survenir. Il convient donc de rester vigilant.

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