Congrès national de la FNEDT - Les entrepreneurs souhaitent une reconnaissance pleine et entière de leur métier
Les entrepreneurs de travaux agricoles (ETA), de travaux ruraux (ETR) et de travaux forestiers (ETF) se sont réunis au Futuroscope, près de Poitiers, pour le 92ᵉ congrès national de la FNEDT. Ils ont profité de cet événement pour exprimer leurs souhaits d'équité de traitement et de reconnaissance plus accrue de leur métier.
Les entrepreneurs du territoire défendent une équité de traitement et une professionnalisation accrue pour sécuriser leur avenir et celui de leurs clients.
Les 11 et 12 mars 2026, la fédération nationale des entrepreneurs du territoire (FNEDT), qui regroupe les entrepreneurs de travaux agricoles (ETA), de travaux ruraux (ETR) et de travaux forestiers (ETF), s’est réunie en congrès au Futuroscope proche de Poitiers (Vienne).
La FNEDT célèbre cette années ses 104 ans d'existence dans un contexte de forte croissance, recensant désormais 22 750 entreprises et 170 000 actifs. Elle aborde de front le défi de la « permacrise », une succession de crises climatiques, économiques et politiques qui redéfinit ses métiers. Loin de solliciter des subventions, les entrepreneurs de travaux agricoles, ruraux et forestiers revendiquent une équité de traitement et une professionnalisation accrue pour sécuriser leur avenir et celui de leurs clients.
Vers un encadrement du métier avec des règles d'installation
La FNEDT souhaite que la profession soit mieux encadrée, afin de lutter contre la distorsion de concurrence. Cela débute par l'instauration de règles pour devenir entrepreneur (formation, cadre réglementaire…). En effet, actuellement tout le monde peut s'installer en tant qu'entrepreneur, contrairement aux exploitants agricoles, qui doivent obtenir des autorisations d'exploiter et répondre à des critères précis via la CDOA (commission départementale d'orientation de l'agriculture).
Vers la création d'une carte d'identité professionnelle ?
La FNEDT propose alors la création d'une carte d'identité professionnelle pour les entreprises et les salariés, mais aussi un renforcement des formations internes et le maintien des certifications d'entreprise. Cette réforme obligerait également tous les prestataires à s'inscrire dans un cadre structuré, comme une comptabilité fiscale sous le régime d'imposition BIC (bénéfices industriels et commerciaux), un respect de la réglementation sur la gestion de l'emploi et la lutte contre le travail illégal. Le président de la FNEDT, Philippe Largeau, souligne que la fédération ne demande pas d'argent à l'État, mais une équité de traitement et une reconnaissance du métier.
La FNEDT souhaite accroître l'encadrement du métier d'entrepreneur, notamment avec des règles d'installation. Crédit : Aristide Chevalier.
Obtenir le droit de construire en zone agricole
Contrairement aux exploitantsagricoles et aux Cuma, les prestataires de services ne peuvent pas construire leurs bâtiments en zone agricole et sont poussés vers les zones artisanales. Il existe alors un paradoxe pour les professionnels ayant une double casquette. "Un individu peut avoir le droit de construire un bâtiment en tant qu'exploitant agricole, mais se voir refuser ce même droit s'il agit sous son statut d'entrepreneur de travaux, ce que la fédération qualifie de verrou à lever pour rétablir une véritable équité professionnelle", ajoute Philippe Largeau.
Forcer les ETA à s'implanter en zone artisanale est jugé totalement incohérent. En effet, le cœur d'activité des entrepreneurs se situe dans la ruralité profonde et sur les exploitations de leurs clients. "S'installer en zone artisanale les oblige à multiplier les allers-retours entre les lieux de stockage et les chantiers. D'autre part, les accès aux zones artisanales ne sont pas toujours conçus pour le gabarit imposant des engins agricoles modernes", continue Philippe Largeau. D'un point de vue écologique, cette distance génère une consommation supplémentaire de carburant, ce qui est en contradiction avec les objectifs de réduction de la taxe carbone et de limitation des émissions de CO₂.
L'installation en zone artisanale pose aussi des problèmes de voisinage. "Le bruit ou les odeurs liés à l'activité de ces entreprises peuvent constituer une nuisance pour l'environnement artisanal, alors que leur place naturelle est au milieu des terres agricoles", continue le président de la FNEDT.
Mettre en place une assurance intempéries
Face au changement climatique, orienté vers un système de type tropical, les entrepreneurs souhaitent la mise en place d'un système assurantiel pour couvrir les salaires et les pertes de chiffre d'affaires lors des arrêts prolongés dus à la météo. Ces interruptions forcées sont, par exemple, critiques pour les 22 750 entreprises qui représentent au total environ 170 000 actifs et gèrent une masse salariale de 1,1 milliard d'euros.
Les entrepreneurs souhaitent alors une couverture pour les risques de haut niveau. Ce dispositif devrait assurer la protection des salaires pendant les périodes d'inactivité et compenser les pertes de chiffre d'affaires subies par les entreprises. La fédération ne demande pas simplement une aide ponctuelle, mais une reconnaissance officielle de cette mesure par l'État, ainsi qu'un accompagnement technique et financier pour sa mise en œuvre.
Indexer la facturation sur le prix du GNR
Les entreprises de travaux agricoles et forestiers absorbent à elles seules 30 % du GNR utilisé en France. Face à l'augmentation des coûts du carburant, la fédération estime indispensable de pouvoir indexer les facturations sur le prix du GNR pour assurer la survie des entreprises. "Sans cette flexibilité, les entrepreneurs ne peuvent pas absorber l'augmentation des coûts de production et risquent de courir droit dans le mur", précise Philippe Largeau. "Les entreprises travaillent avec des marges extrêmement réduites. Dans ce contexte, une hausse brutale des prix, comme celle provoquée par des tensions géopolitiques, notamment le conflit en Iran, peut devenir une catastrophe non pas en quelques mois, mais en quelques jours seulement." La fédération alerte donc les pouvoirs publics sur la fragilité des entreprises françaises. Elle souhaite que l'État prenne conscience de la gravité de la situation et intervienne, tout en exprimant une certaine inquiétude face au pouvoir des pétroliers et à l'influence de politiques hors de la zone européenne sur le cours du baril.
La fédération exprime une vive opposition au projet actuel de réglementation unique concernant la taille des haies, le jugeant déconnecté des réalités économiques et géographiques. Le projet de loi vise à instaurer une interdiction de taille unique de 21 semaines (généralement du 15 mars au 15 août) sur l'ensemble du territoire national. Pour la fédération, une telle durée est impossible à tenir économiquement. Elle souligne que les entreprises ont des salariés à rémunérer, des machines coûteuses à amortir et des engagements financiers qui ne s'arrêtent pas pendant ces cinq mois d'inactivité forcée.
Les entrepreneurs souhaitent que la réglementation au sujet de la taille des haies soit départementalisée. Crédit : L. Vimond
La fédération propose alors de départementaliser la réglementation. En effet, Philippe Largeau indique : "Si la nidification peut justifier une protection en haute montagne jusqu'au 15 août, elle se termine bien plus tôt dans d'autres régions, comme dans la Vienne, où la chaleur estivale, 35 à 40 °C, atteinte dès fin juillet, rend la nidification quasi inexistante à cette période." La fédération prône alors le bon sens en demandant que les préfets puissent ajuster les dates selon la météo. Par exemple, cette année, des dérogations ont été obtenues dans plusieurs départements (dont la Vienne) pour repousser le début de l'interdiction du 15 mars au 5 avril, afin de compenser le retard pris à cause des sols trop humides.
La fédération précise aussi dans cette conférence que la lutte contre les vols de GPS est mieux maîtrisée aujourd'hui. Si ces actions n'ont pas totalement disparu, les services de l'État ont désormais une meilleure connaissance des réseaux et arrivent à garder la main sur le sujet. "Ce progrès est le résultat d'un travail de fond mené depuis deux ans avec le ministère de l'Intérieur. Des échanges réguliers ont eu lieu avec les services ministériels pour coordonner la lutte contre ces réseaux. Cette coopération a permis le démantèlement et la dissolution de plusieurs groupes de malfaiteurs spécialisés. Les vols de GPS se produisent généralement dans des endroits plus accessibles que les chantiers forestiers isolés, comme les cours d'entreprises. Ces lieux permettent parfois l'utilisation de caméras de surveillance, facilitant ainsi le travail d'enquête par rapport aux actes commis en pleine nature", explique le président de la FNEDT.