Il y a quelques mois, la mondialisation était encore parée de toutes les vertus. C’était le temps béni où la libre circulation des capitaux et des produits faisait le bonheur des pays riches et promettait celui des nations en développement. L’époque si proche –c’était au mois d’août, vous souvient-il ?- où le monde entier célébrait aux JO de Pékin l’entrée de la Chine dans le cercle vertueux du libre-échange, dernière étape, disait-on, avant son renoncement à la déviance collectiviste et aux pratiques sanitaires douteuses. Il aura suffi de quelques semaines et d’une énième crise financière, un peu plus violente que les précédentes, pour que cet optimisme affiché ne s’écroule comme un château de cartes, ou plutôt comme un de ces jeux de dominos dont on espère longtemps que le mouvement ne va pas vous faire choir, alors même qu’il vous a déjà emporté. La concomitance de la crise des subprimes et du lait chinois contaminé à la mélamine ont le seul avantage de nous faire percevoir que la mondialisation a certes des agréments, mais aussi de très désagréables revers. Jusqu’à présent, c’était surtout l’ouvrier et l’employé qui en faisaient les frais. Aujourd’hui, ce sont l’épargnant et le consommateur. Leur réprobation fait plus de bruit auprès des puissants. Leur réponse est toujours la même, celle que moquait Cocteau en ces termes :
« ces événements nous dépassent, feignons d'en être les instigateurs ». Nous ne buvons pas de lait chinois, nous assurons-t-on. Peut-être, mais nous ingurgitons tous les jours les mêmes lénifiantes paroles.
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