Hugo Desnoyer, boucher à Paris, a posté une vidéo sur Facebook.

Dans une tribune publiée dans le journal « Le Monde », l’association L214 invite à signer contre l’élevage intensif. L’appel a reçu le soutien de près de 200 personnalités et organisations et plus de 80 000 citoyens ont suivi le mouvement. Au nombre de ces citoyens : Hugo Desnoyer. On ne l’attendait pas forcément, car sa profession est la cible de l’association de défense animale. Hugo est en effet boucher, à Paris. Mais il a signé la tribune Ethique et Animaux et il s’en explique sur Facebook en lançant un appel au gouvernement. Il veut dénoncer un système économique qui est une erreur sur le plan de la santé et qui est de plus responsable d’une « grave crise sociale » et « nous coûte au niveau de l’environnement ». Alors, plutôt que d’aider les élevages intensifs, pourquoi ne pas essayer de « subventionner des façons de revenir à des élevages un peu plus raisonnés ? »

Des soutiens inattendus

Pierre-Etienne Rault, lui, est éleveur de brebis et de vaches. Concerné en tant que professionnel mais aussi en tant qu’homme, il s’interroge sur le véganisme et livre ses réflexions dans un livre qui vient d’être publié : Végano-sceptique, regard d’un éleveur sur l’utopie végane. Il est l’auteur également d’une tribune dans le magazine Reporterre sur le courant de l’antispécisme suivi par les végans radicaux qui a fait l’objet de très vives réactions sur les réseaux sociaux. Le quotidien Ouest-France l’a rencontré. Dans son témoignage, il se défend : « je n'élève pas mes animaux dans d'immenses ‘ feed-lots ‘ (fermes-usines) comme aux États-Unis ». Il déplore la tendance du véganisme à mettre « tout le monde dans le même sac » et les accuse de manipuler certaines données chiffrées. « Je suis contre la dictature de l’émotion », lance-t-il dans le quotidien breton. Il avoue avoir de la « sympathie pour les végans plus discrets, qui cherchent des modes de vie respectueux de la nature ». Et il comprend, lui aussi, certaines actions menées par l’association de défense des animaux. « Je remercie L.214 pour les vidéos qu'ils font dans les abattoirs, » témoigne-t-il dans Ouest France, « car au-delà de la souffrance animale, elles dressent un état des lieux catastrophiques des conditions de travail. Comment peut-on tuer dignement un animal dans un pays qui compte désormais moins de 500 abattoirs ? »

 

Emmanuelle Ducros, journaliste à l’Opinion, trouve pour sa part cette « sympathie » plutôt malvenue. Dans une chronique datée du 9 septembre, elle met en garde. Selon elle, « L214 n’est pas du tout une association qui milite pour le bien-être animal ou l’amélioration des conditions d’élevage ». Leur objectif est beaucoup plus radical, estime-t-elle : « ses militants veulent la fin de l’élevage Message à l’attention, des bouchers, des éleveurs, voire même dirigeant d’entreprise de l’agroalimentaire comme Emmanuel Faber, patron de Danone. A terme, l’association militante n’aura « aucun scrupule » à dénoncer leur métier. ». Pactiser avec l’organisation « est un jeu très dangereux », prévient-elle. C’est une peu comme « faire entrer le loup dans la bergerie. Il ne faut pas ensuite venir se plaindre quand on se fait mordre ».

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Le berger Pierre-Etienne, qui dans une vie antérieure était un « enfant de la ville », ne partage pas ces craintes.  Avec son livre et ses prises de position, explique-t-il dans Ouest France, il cherche simplement à « réinstaurer un dialogue, dont sont souvent exclus les agriculteurs ».

 

Réinstaurer un dialogue

Communiquer et se comprendre, l’objectif est là. Pour y parvenir, des expériences diverses sont tentées actuellement. Le site agri-traducion.fr se propose par exemple de traduire la réalité agricole en termes positifs, mieux perçus par le grand public. Campagnes et environnement présente ce « logiciel de traduction spécifiquement agricole » lancé le 1er septembre. #AgriTraduction
Pour ceux qui aiment les mots, l’exercice peut être assez ludique et il peut aider à mieux échanger avec le grand-public. Plutôt que de dire « je cultive 30 hectares de blé dur », le convertisseur de mots conseillera d’expliquer « je produis l’équivalent de 2040 baguettes par jour », cite en exemple la revue. Parler de ce que l’on mange, un langage universel, que l’on soit végétarien ou amateur de viande !
 
 

Lire aussi dans Reporterre Véganes et paysans (presque unis) contre l'élevage industriel

et dans Le Monde, une tribune de Nicolas Girod : Seule l'agriculture paysanne nous permettra de nous émanciper de l'agrobusiness

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