Avec 7 millions de tonnes de céréales exportées en 2024, Haropa Port est en léger retrait d’une année sur l’autre. Le premier semestre 2025 ne sera guère meilleur que le second semestre 2024, en raison d’une récolte catastrophique et d’une demande inscrite aux abonnés absents.
« Les exportations céréalières du port de Rouen sur l’année 2024 sont sur un niveau bas par rapport aux cinq à six dernières années, tout en restant raisonnable, avec 7 millions de tonnes (Mt) chargées. Il faut dire que le deuxième semestre 2024 est en net repli par rapport à la même période en 2023 », indique Manuel Gaborieau, responsable du développement des activités céréales, agro-industrie et engrais d’Haropa Port.
Si les expéditions jusqu’à fin juillet 2024 ont été élevées, depuis le début du mois d’août, les chargements à l’exportation sont quasiment à l’arrêt. « On enregistre tout de même un petit flux régulier sur les cinq derniers mois de l’année 2024, de l’ordre de 300 000 tonnes (t) mensuelles (plus ou moins 30 000 t), mais qui reste bien inférieur à la normale », tempère le dirigeant de l’opérateur portuaire de l’axe Seine.
Plus de blé et moins d’orge fourragère exportées en 2024
Les exportations céréalières d’Haropa Port sont de fait en léger retrait d’une année sur l’autre, passant de 7,35 Mt en 2023 à 7,04 Mt en 2024. Dans le détail, on enregistre une hausse des chargements de blé (tendre et dur) et de l’orge de brasserie, au détriment de l’orge fourragère (cf. tableau). « Cette évolution des tonnages s’explique par la moindre présence de la Chine en orge fourragère sur le deuxième semestre 2024 et une demande plus importante de l’Union européenne en orge de brasserie. Quant au blé tendre, ce sont les opportunités de marché qui ont permis d’en expédier davantage sur l’année 2024 », explique Manuel Gaborieau.
Exportations céréalières d'Haropa Port
En millions de tonnes
2023
2024
Blé tendre
4,500
4,800
Blé dur
0,004
0,017
Orge fourragère
2,000
1,280
Orge de brasserie
0,790
0,936
Total
7,350
7,040
Source : Haropa Port, au 31 janvier 2025.
Les principales destinations des céréales de l’hinterland du port de Rouen sont toujours la Chine et le Maroc, suivis par l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne.
Concernant les importations, le tonnage de 2024 est quasiment identique à celui de 2023, soit 37 000 t. Il s’agit en majorité du blé en provenance de la façade Atlantique de la France, du blé tendre en 2023 et du blé dur en 2024.
Des perspectives en berne pour la campagne 2024-2025
Sur la période juillet-décembre 2024, ce sont seulement 2,17 Mt de céréales qui ont été chargées au départ du port de Rouen. « Sur la seconde partie de la campagne de commercialisation 2024-2025, le tonnage réalisé sera sans doute du même ordre, mais il est difficile d’établir des prévisions exactes », déclare le dirigeant d’Haropa Port.
Sur le mois de janvier 2025, le port de Rouen a exporté aux alentours de 300 000 t de céréales. « En février, quelques bateaux d’orge sont déjà programmés et du blé tendre pourrait sortir, ce qui conduirait à un tonnage mensuel supérieur aux mois précédents. Mais on n’assistera malheureusement pas à un décollage des exportations de blé français, tant attendu par la filière », regrette Manuel Gaborieau.
Les perspectives sur le premier semestre 2025 sont encore très floues. « Tout ce que l’on peut espérer, c’est que la campagne de commercialisation 2024-2025 se déroule comme celle de 2016-2017, qui a certes enregistré une mauvaise récolte mais qui a bénéficié d’un réveil de la demande internationale en mars-avril. On ne peut que croiser les doigts ! »
L’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest à la rescousse ?
Il faut dire que la Chine est actuellement absente du marché du blé, en cette période de festivités du Nouvel An lunaire. « De plus, il semblerait que le pays a de quoi voir venir, ce qui ne ferait que retarder son retour sur la scène internationale », explique le dirigeant d’Haropa Port.
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Concernant les achats de l’Algérie de céréales made in France, « la situation est bloquée ! », se lamente Manuel Gaborieau. Les tensions diplomatiques actuelles entre les deux pays ne laissent pas grand espoir de voir revenir le pays du Maghreb aux achats dans un futur proche.
Manque de compétitivité du blé français sur le marché mondial
« Quant au Maroc, s’il a des besoins en attendant sa prochaine récolte qui doit débuter en avril, la France devrait plutôt chercher à trouver des débouchés du côté de l’Union européenne et de l’Afrique de l’Ouest », avance Manuel Gaborieau. Mais encore faudrait-il que l’origine française soit suffisamment compétitive face aux marchandises russes et ukrainiennes, insiste-t-il.
Dans ce contexte, comment Haropa Port peut-il aider la filière céréalière française à l’exportation ? Le responsable du développement des activités céréales de l’opérateur portuaire de l’axe Seine répond : « Nous n’avons pas la main mise sur les coûts de passage portuaire, qui se décomposent en coûts de passage au silo, en coûts de chargement et en droits de ports. Seuls ces derniers sont du ressort des autorités portuaires, mais ils ne représentent que 0,5 % du prix d’une tonne de blé ! ».
Investissements prévisionnels à Petit-Couronne
À Petit-Couronne, à la suite de la modernisation du silo portuaire Maison bleue du groupe BZ (avec notamment l’installation d’un nouveau portique), Haropa Port va investir en 2025 voire en 2026 dans le renforcement de son quai et le surcreusement du chenal à son aplomb, afin de permettre un meilleur remplissage des navires, dont les panamax.
Rappelons que les autorités portuaires ont achevé en 2019 des travaux de mise au gabarit du chenal qui ont permis de gagner un mètre de tirant d’eau, pour atteindre les 11,3 mètres.
Haropa Port affiche des trafics maritimes en hausse en 2024
« Dans un contexte économique et géopolitique compliqué pour les ports français et européens, Haropa Port se démarque avec des trafics maritimes en hausse en 2024 de +2,4 % avec 83,19 Mt, lui permettant de faire progresser sa part de marché sur le Range Nord », indique le communiqué d’Haropa Port en date du 29 janvier. Cette croissance s’explique par la hausse de 18,7 % du trafic de conteneurs, qui atteint le record de 3,1 MEvp (millions d’équivalent vingt pieds).
Le premier ensemble portuaire français affiche dans ce contexte un trafic de vracs solides (céréales, agrégats) en retrait de 7,5 %, à 11,75 Mt. « Avec 7,08 Mt, les volumes de céréales enregistrent une baisse de -4 % par rapport à 2023 en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont fortement diminué les volumes de la campagne 2024-2025 (notamment une baisse de près de 25 % pour le blé tendre). Les stocks de la très bonne récolte de 2023-2024 ont heureusement été exportés durant le premier semestre 2024 permettant de limiter les conséquences négatives de la mauvaise campagne 2024-2025 sur les exportations », commentent les autorités portuaires.