Varroa : des chambres froides pour créer un arrêt de ponte au printemps
Une étude américaine a récemment expérimenté une solution originale : placer les ruches en chambre froide au printemps pour induire artificiellement un arrêt de ponte et traiter les colonies sans couvain.
Une étude américaine a récemment expérimenté une solution originale : placer les ruches en chambre froide au printemps pour induire artificiellement un arrêt de ponte et traiter les colonies sans couvain.
Avec le dérèglement climatique, les hivers ne suffisent plus à provoquer un arrêt de ponte efficace contre varroa. Face aux résistances aux acaricides, les apiculteurs cherchent des solutions pour induire un arrêt de ponte artificiel.
Une méthode inspirée des techniques d’hivernage artificiel
Les chercheurs du département d’entomologie de l’Université de Pullman se sont inspirés des entrepôts à température et lumière contrôlées utilisés pour l’hivernage des colonies ou la confection d’essaims à partir de paquets d’abeilles. L’expérience, menée en 2018 dans l’État de Washington, a porté sur une centaine de ruches Langstroth double corps, de retour de pollinisation des amandiers en Californie. Pendant dix-huit jours, une partie des ruches a été placée dans l’obscurité totale à 7 °C en chambre froide, tandis que l’autre restait en vol libre. La température et la durée ont été choisies pour provoquer un arrêt de ponte sans risque pour les reines ou les colonies.
Des résultats variables selon les traitements
Après leur sortie de chambre froide, toutes les colonies sont rassemblées pour être traitées contre varroa :
- par sublimation d’acide oxalique (Api-bioxal®) ;
- avec des rubans d’acide béta de houblon (Hopguard®) ;
- avec des essuie-tout imbibés d’une solution d’amitraze diluée dans l’huile alimentaire.
Ces deux derniers traitements n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché en France et ne peuvent donc pas être utilisés. Les colonies sans couvain ont globalement vu leur pression parasitaire chuter significativement (de 4,7 à 1,3 varroas phorétiques pour 100 abeilles), contrairement à celles traitées en présence de couvain. Cependant, l’acide oxalique n’a pas réduit la pression parasitaire, même sans couvain, contrairement aux deux autres traitements testés.
Un impact sur les réserves et des interrogations économiques
Plus d’un mois après la sortie de chambre froide, le poids moyen et le nombre de cadres d’abeilles des deux groupes de ruches sont équivalents. La surconsommation des colonies passées en chambre froide est estimée à 5 kg en moyenne. Pour autant, l’étude ne précise pas si cette méthode est économiquement viable par rapport aux techniques classiques (encagement de reine, grille à reine verticale, etc.), gourmandes en main-d’œuvre, ni à partir de quelle quantité de ruches la « mécanisation » devient rentable. Il reste ainsi à comparer les temps de travail et les coûts d’investissement et de fonctionnement.
Une piste prometteuse pour les grandes exploitations
Cette méthode permet de traiter un grand nombre de ruches sans manipuler individuellement les reines, un atout pour les apiculteurs professionnels gérant un grand nombre de colonies. Après avoir fait la preuve de concept, cette étude ouvre des perspectives pour une lutte populationnelle à grande échelle contre varroa.