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Une année apicole bien organisée au Gaec Freslon

Thomas et Émilie Freslon sont apiculteurs-éleveurs dans le Maine-et-Loire. Ils partagent le mode d’organisation qu’ils ont établi depuis de nombreuses années et leurs conseils pour organiser sa saison apicole de la manière la plus optimale et sereine possible.

À chaque saison ses objectifs ! Ainsi pourrait se résumer la ligne de conduite de Thomas et Émilie Freslon pour mener leur exploitation d’apiculture et d’élevage. Si la saison de production est essentielle à la rentabilité, la période de mise en hivernage et la basse saison sont mises à profit par les apiculteurs pour faciliter au maximum leur travail en saison. Thomas Freslon explique : « Avec Émilie, nous avions eu quelques soucis d’organisation sur certaines saisons au début de notre installation et nous souhaitions sécuriser la période de production sans nous épuiser à la tâche. »

Un travailleur saisonnier à mi-temps présent hors saison de production

Pour cela, Thomas et Émilie ont mis à plat leur organisation et ont défini leurs objectifs. « Notre souhait était d’être les plus autonomes possibles en période de production. Recruter un saisonnier apicole en période de production est en effet très compliqué, car il s’agit de profils rares. C’est pourquoi nous avons privilégié un poste à mi-temps huit mois de l’année, de septembre à avril, dont l’intervention est limitée à des travaux de manutention et de préparation du matériel, détaille Thomas. Cette personne n’a donc généralement pas un profil apicole. Elle nous aide à partir de septembre, à un moment où la fatigue de fin de saison se fait sentir et où il est agréable pour moi et Émilie de ne pas travailler seuls. » Autre particularité de l’organisation : « Nous avons décidé de partir des contraintes de notre calendrier d’élevage pour bâtir notre calendrier de travail. Cela nous a amenés à effectuer quelques ajustements sur l’élevage que nous avons testés et qui fonctionnent pour nous – notamment la mise en couveuse à J + 7 et non J + 5 comme c’est d’usage habituellement. Nous avons donc aujourd’hui un planning hebdomadaire qui vaut pour toute la saison de production chez nous et un planning annuel avec, pour chaque période, des objectifs bien précis. »

Mise en hivernage : assurer un cheptel homogène et sain pour la saison à venir

Ainsi la mise en hivernage, qui s’étend de mi-août à mi-novembre, doit permettre d’assurer un cheptel homogène et sain pour la saison à venir, avec de bonnes provisions et une faible infestation de varroa. La première étape est de diminuer le nombre de cadres. Du 15 septembre au 15 octobre, Thomas et le saisonnier grattent les cadres de miel en rive, afin que les abeilles se déplacent près du couvain. Cela favorise également l’arrêt de ponte, la reine ayant moins de place. Des partitions et des isolants sont ajoutés lors de cette étape. À l’entrée de l’hiver, toutes les ruches sont sur 6 cadres.

Le nourrissement des colonies se met en place en fonction des provisions de chacune. Au 15 octobre, toutes sont nourries, avec du sirop – des apports glucidiques qui renforcent les larves des abeilles pour passer l’hiver – et avec du pollen – l’apport de protéines est important, le varroa consommant les corps gras de l’abeille. Thomas n’effectue pas de pesée hivernale sur ses ruches de production mais en effectue deux sur son rucher de testage (une avant et une après l’hivernage) pour le groupe de sélection. Ces pesées l’informent sur l’autonomie alimentaire de la colonie.

Thomas a par ailleurs constaté que le jeune âge des reines joue en leur faveur pour passer l’hiver. Il entre donc en hivernage avec 80 % de reines renouvelées, issues principalement de l’atelier d’élevage du Gaec.

Enfin pour la gestion sanitaire, Thomas et Émilie luttent majoritairement contre varroa et les frelons. Pour varroa, Thomas effectue les traitements aux alentours du 15 août puis procède à un comptage d’efficacité. En fonction des résultats du comptage, il peut réaliser un dégouttement à l’acide oxalique à partir de novembre, au moment de l’arrêt de ponte. Quant aux frelons, des pièges sont placés sur le rucher, lorsque cela s’avère nécessaire.

Basse saison : préparer le matériel et organiser les parcours

De mi-novembre à mi-mars, le Gaec met à profit ce temps de relâchement partiel pour préparer au mieux la saison afin d’éviter « d’être sous l’eau » en période de production. C’est le bon moment pour se donner des objectifs chiffrés pour l’élevage (nombre de reines, d’essaims) et de faire l’inventaire des colonies hivernées, en nombre et en qualité. Dans son cas, Thomas prend rendez-vous avec le vétérinaire une fois pendant l’hiver et une fois à la sortie de l’hiver pour décider au mieux de la gestion de varroa : choix des molécules et des périodes de traitement des ruches en fonction de l’utilisation prévue pour les colonies pendant la saison. L’expertise d’un vétérinaire de confiance qui assure également le suivi à distance lui évite les angoisses liées à la charge varroa. La basse saison est également l’occasion de préparer tout le matériel nécessaire avec le saisonnier, comme le nombre de cadres, de cadrons, etc.

C’est également à ce moment que Thomas et Émilie décident de la répartition des colonies dans les trois zones de production géographiques. Ils fondent cette décision et définissent le parcours de transhumance en fonction de la production des saisons passées et de l’état du stock de miel restant. Réalisé en amont, tout ce travail de planification apporte un maximum de fluidité en période de production.

Saison de production : respecter le planning sans s’épuiser

Dans la région de production du Gaec, la saison de production s’étend de mi-mars à mi-août. Elle concentre les visites de printemps, la production de miels, la production pour l’élevage (cellules royales, reines, essaims) et le remérage. Tout l’enjeu est alors de suivre le planning avec régularité, sans s’épuiser, grâce à une répartition stricte des rôles :

  • Émilie participe à la récolte des reines et réalise le greffage, elle s’occupe de la transformation, de la commercialisation et du travail administratif ;
  • Thomas s’occupe des éleveuses et de la récolte des reines, effectue le suivi des colonies et l’enregistrement des données ;
  • Le saisonnier à mi-temps est encore présent quelques jours au tout début de la période de production. Il réalise des travaux de manutention et de préparation du matériel.

Chacun sait ce qu’il a à faire et se spécialise dans les tâches où il performe le mieux, ce qui répartit la charge mentale. En fonction des saisons, Thomas utilise parfois des balances connectées pour le suivi à distance des colonies.

À retenir

L’homogénéité des ruches est particulièrement travaillée par Thomas et Émilie, afin de pouvoir, autant que possible, intervenir sur les ruches de la même façon, au même moment. Il s’agit pour eux à la fois d’un gain de temps et d’une moindre charge mentale.

Tout au long de l’année, enregistrer les données de chaque colonie

« Bien connaître son cheptel passe par un suivi régulier et consigné des informations pour chaque colonie », souligne Thomas Freslon. « Dans un tableur, j’identifie le numéro de la ruche, la lignée de la reine, les traitements et les quantités produites par miellée : cela me fait gagner du temps et je peux relier génétique et qualité de la colonie pour la sélection. »

Le Gaec Freslon en bref

  • Lancement de l’activité en 2000
  • 2 personnes (Thomas et Émilie Freslon) + 1 saisonnier à mi-temps de septembre à avril chaque année
  • 8 variétés de miel en moyenne (printemps, été, toutes fleurs, châtaignier, tilleul, acacia, forêt, sarrasin)
  • 200 ruches, dont 80 transhumantes en moyenne
  • Zone de transhumance à 150 km de l’exploitation
  • Élevage : 3 000 reines fécondées par an, 250 reines F0, entre 200 et 400 essaims
  • 100 % vente en direct de miel et produits transformés (4 000 à 5 000 pains d’épices par an) – via des magasins de producteurs dont le Gaec est associé.
  • Membre du groupe de sélection L’Abeille ligérienne, dont Thomas Freslon est également le président.

Les grands principes adoptés par Thomas et Émilie Freslon

  • La répartition des tâches est définie en amont de la période de production.
  • Le travail du saisonnier est limité aux tâches logistiques.
  • L’homogénéité des ruches est recherchée pour pouvoir effectuer les mêmes opérations sur l’ensemble du cheptel.
  • L’enregistrement systématique des données des colonies pour faciliter le suivi.
  • Pas de rucher hôpital : 95 % des ruches doivent être belles à l’entrée en saison, sinon elles ne sont pas conservées.
  • L’utilisation d’outils de suivi des ruches à distance : scan varroa et balances connectées.
  • insérer carte mentale

La semaine-type en période de production

Une semaine-type pour Thomas et Émilie Freslon, entre avril et fin août chaque année (hors travail administratif et commercial, réalisé généralement en début de journée). Le saisonnier n’intervient que quelques jours en saison de production, en soutien logistique ; il est essentiellement présent au Gaec lors de la mise en hivernage et de la basse saison.

À chaque saison ses objectifs

Des formations pour transmettre ses connaissances

En plus de son activité d’apiculteur et de son rôle de président de L’Abeille ligérienne, Thomas Freslon donne régulièrement des formations durant la basse saison sur deux thématiques : la gestion du cheptel et l’organisation de sa saison. Il est également intervenu en 2024 pour l’ADA Normandie et en 2025 pour l’ADA Occitanie. « Une bonne organisation du travail est toujours faite sur mesure, explique-t-il. C’est pour cela que dans ces temps de formation, j’aide les apiculteurs à bien mettre à plat leur organisation, leurs contraintes et leurs objectifs afin de les amener à définir une organisation du travail dans laquelle ils gagnent en maîtrise, et donc en sérénité tout au long de l’année, même en période de production. »

Rédaction Réussir

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