Aller au contenu principal

Réussir le stockage de semence de faux-bourdon

Le stockage de semence de faux-bourdon est une technique plus facile d’accès qu’il n’y paraît, dotée de plusieurs avantages dans le cadre d’un programme de sélection. Explications et mode d’emploi.

En principe, l’insémination artificielle garantit un contrôle parfait de la génétique de la voie mâle dans les programmes de sélection, et de plus en plus d’apiculteurs l’utilisent, même pour la fécondation de reines de ruches de production. Mais que faire si les faux-bourdons de la génétique visée ne sont pas disponibles au moment voulu, soit parce que la saison est avancée, soit parce que le déroulé de la saison apicole ou l’organisation d’un collectif n’a pas permis de synchroniser la production des mâles et des reines vierges ? Dans de telles situations, un stockage de semence de faux-bourdons peut être une solution. Un autre avantage d’un stock de semence est le fait qu’il peut facilement être transporté, ce qui rend possible un échange avec des éleveurs éloignés géographiquement.

Le stockage, une technique pertinente

Mais beaucoup d’inséminateurs hésitent à garder des capillaires de semence au-delà de quelques heures. Pourtant, la biologie de reproduction de l’abeille est propice à cette technique. Le spermatozoïde d’Apis mellifera est une cellule formidablement solide, ce qui est probablement dû en partie à la composition lipidique de ses membranes, particulièrement peu sensibles à l’effet nuisible de l’oxygène, et en partie au fait que les spermes à l’état natif forment de denses paquets dans lesquels ils se stabilisent mutuellement.

Un stockage à l’état liquide à privilégier

Cependant, si l’on conserve la semence directement dans la seringue d’insémination, elle se dégrade rapidement. C’est pourquoi de nombreuses études ont été entreprises pour optimiser les conditions de stockage de la semence à l’état liquide (par exemple, Hopkins et al. 2017 ; Wegener et al. 2014, Collins 2000 ; Harbo, 1984 ; Taber & Blum, 1960). Le stockage à l’état congelé est aussi une possibilité mais pour le moment il ne permet qu’une conservation partielle de la fertilité. La plupart des études concluent que les paramètres à respecter pour conserver la fertilité de la semence sont :

  • Absence d’air dans les capillaires.
  • Stockage à l’état non-dilué ou peu dilué (__SWYP_INC__ 12,5 % de diluant dans le mélange final).
  • Pas d’ajout de sucres simples comme le glucose ou le fructose. Le tréhalose (sucre « double » qui ne pénètre pas directement à travers les membranes cellulaires) est parfois recommandé.
  • Stockage dans l’obscurité, à une température comprise entre 13 et 21 °C.

L’ajout d’un antibiotique peut être utile – de bons résultats ont été obtenus avec une concentration de 0,01 % de streptomycine sulfate dans le diluant.

Une méthode simple qui respecte ces recommandations et qui peut être pratiquée par tout inséminateur ou inséminatrice est décrite ci-dessous. La nature de la solution utilisée pour remplir la seringue prévue pour la collecte de la semence n’est pas très importante. Il existe plusieurs solutions disponibles sur le marché – dont certaines incluent un antibiotique –, l’essentiel étant d’éviter le glucose.

Avec cette méthode, une conservation pour une période de deux à trois semaines est régulièrement possible, sans pertes perceptibles de fertilité. Au-delà de cette période, les résultats sont un peu variables.

Le matériel dont vous aurez besoin

Capillaires en verre sans pointe (type RingCaps ou semblable). Huile de paraffine épaisse, ou vaseline (si vous utilisez la vaseline, pensez à la stocker au réfrigérateur avant usage pour augmenter sa viscosité). Seringue d’insémination à grand volume (Harbo ou GrüBie). Poire à pipeter (que l’on peut trouver sur internet sous le nom « aide au pipetage pour minicaps ») pour déplacer la colonne de semence dans le capillaire. Papier aluminium stérilisé.

La méthode pas à pas

Conservation de semence dans le groupe de sélection du GPGR

Le plan de sélection du GPGR repose sur des inséminations chez des éleveurs de l’association répartis en France. Les échanges de génétique entre eux représentent donc un enjeu crucial pour la pérennité du plan et la diffusion du matériel génétique aux adhérents du groupement. Ils sont réalisés de deux manières : des échanges de reines F1 au printemps pour la création de colonies à mâles et des envois de cadres de larves pour l’élevage de reines à inséminer. Néanmoins, des problèmes peuvent être rencontrés avec ces échanges. La conservation et l’échange de capillaires de semence se sont alors présentés comme une opportunité de :

  • Pallier d’éventuels problèmes d’élevage de mâles,
  • Permettre davantage d’échanges de génétique entre les éleveurs en diffusant des capillaires de lignées non présentes chez l’éleveur.

En 2024, l’expérimentation de conservation de semence du GPGR a ainsi permis de valider les conditions suivantes de conservation de la semence, pour appliquer cette technologie à notre plan de sélection :

  • Une température idéale de conservation entre +12 et +18 °C,
  • Des inséminations à trois semaines environ, pour une conservation optimale.

En 2025, tous les éleveurs ont conservé ou utilisé de la semence conservée pour des inséminations décalées (plusieurs jours), afin de pallier les problèmes d’élevages et d’échanges. Quatre éleveurs ont utilisé de la semence conservée durant trois à quatre semaines pour des inséminations décalées. La conservation de semence et les échanges entre éleveurs ont été intégrés dans la logistique du plan de sélection du GPGR.

Rédaction Réussir

Les plus lus

<em class="placeholder">Légende ???</em>
Pour que transhumer rime avec sécurité et sérénité

La saison est dense, et la fatigue s’accumule. Vous vous préparez peut-être à déplacer vos colonies pour d’ultimes miellées.…

<em class="placeholder">Un souffleur sur chariot pour une récolte plus sereine</em>
Un souffleur sur chariot pour une récolte plus sereine
Installé au Thor dans le Vaucluse, Vincent Bayon de Noyer, apiculteur au Rucher de Thouzon, a conçu un outil ingénieux : un…
<em class="placeholder">Pain d&#039;épices</em>
Transformation du miel : comment choisir le produit le mieux adapté à son exploitation ?
Dans un contexte d’instabilité climatique, la transformation des produits apicoles attire de plus en plus. Mais toutes les…
Varroa : des chambres froides pour créer un arrêt de ponte au printemps
Varroa : des chambres froides pour créer un arrêt de ponte au printemps
Une étude américaine a récemment expérimenté une solution originale : placer les ruches en chambre froide au printemps pour…
<em class="placeholder">Face au dérèglement climatique, a transhumance reste un bon levier pour les apiculteurs professionnels.</em>
Climat et apiculture : ce que le dérèglement change pour les abeilles et les apiculteurs
Sécheresses, canicules, manque de froid hivernal… Le changement climatique bouleverse les équilibres agronomiques sur lesquels…
<em class="placeholder">Calendrier de la mise en place de la réforme de la facturation électronique</em>
Facturation électronique : des obligations pour 2026 et 2027

La facturation électronique est un des sujets d’inquiétude en ce début d’année. Quels sont les obligations pour les…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 50€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Apiculture
Consultez la revue Réussir Apiculture au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière apiculture