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Raffaël Quinet, changer d’échelle

Grand transhumant de la région Centre-Val de Loire, Raffaël Quinet a repris l’exploitation de son père il y a bientôt quinze ans, la faisant changer d’échelle à de nombreux points de vue.

« Ma condition pour prendre la suite de mon père, ça a été de tout mécaniser ! », annonce d’emblée Raffaël Quinet, apiculteur à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret). Son père transhumait déjà, mais uniquement localement et entièrement à la main. Raffaël, lui, a investi dans un 19 tonnes, palettise les ruches par 4, a acheté un Bobcat. Mais pas de balance connectée. « On en a eu, mais je ne suis pas convaincu. Au final, un bon réseau de collègues et deux-trois coups de fil, c’est tout aussi efficace ! » Raffaël a travaillé quelques années avec son père avant que celui-ci ne prenne sa retraite et cède sa place à un nouvel associé, en 2021. Sur la période, il a triplé son cheptel et dispose aujourd’hui de 1 500 ruches en production.

Diversifier pour sécuriser

À la reprise, le circuit – colza/acacia/châtaignier/tournesol/sarrasin – évolue d’abord peu. Raffaël y ajoute toutefois le tilleul, qu’il va chercher dans le sud de l’Oise. « Stratégiquement, ça permet de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. » Cette transhumance étant à plus de 4 h de route, Raffaël réduit le temps de transhumance en ajoutant un nouvel emplacement dans le nord Gâtinais pour le colza et l’acacia. Il gagne ainsi 1 h 30 de trajet (voir carte). « Ce n’est pas un gros secteur d’acacia, mais les bonnes années, on fait 20 kg sans avoir à transhumer les ruches, on est content de ce système. »

Des cultures qui changent

Depuis quelques années, sous l’effet du changement climatique, le circuit de transhumance a néanmoins évolué. Le tournesol, autrefois abondant, a quasiment disparu localement. Raffaël l’a cherché un temps jusque dans les Deux-Sèvres, à 4 h 30 de route. Mais les rendements ont chuté, passant de 30 et 40 kg de miel à la ruche à 15 ou 20 kg à peine. En parallèle, la lavande s’est implantée dans la région. « Ça nous est tombé dessus ! » Beaucoup d’apiculteurs, dont Raffaël, s’y sont reportés, au point qu’il est aujourd’hui difficile d’y trouver un emplacement. « Il y a même des gens du sud qui viennent aujourd’hui ici. »

Anticiper sans cesse

L’avenir soulève plusieurs interrogations. Les premières lavandes arrivent en fin de cycle – huit ans – et les premiers pieds vont être arrachés. « Tant que la lavande est là tout va bien mais ensuite, si ça s’arrête on ne sait plus comment faire. » Les châtaigniers de Sologne souffrent quant à eux de la sécheresse et de la chaleur. Enfin l’acacia débourre de plus en plus tôt, ce qui l’expose d’autant plus aux gelées tardives. Raffaël envisage un quatrième circuit test sur 300 ruches : printemps et acacia localement, puis luzerne dans la Marne, et sapin dans le Jura lorsque c’est possible. « Avec nos 1 500 ruches, on n’a pas le choix, on a besoin d’anticiper énormément les miellées. »

Sécurité : 19 tonnes, zéro approximation

« Quand les hausses sont pleines et qu’on frôle les 19 tonnes, on ne plaisante pas », explique Raffaël Quinet. Les révisions régulières, l’arrimage, la conduite, rien n’est laissé au hasard par les apiculteurs. Pour l’entretien des véhicules, Raffaël explique : « Notre poids lourd a vingt ans. Il est révisé chaque année et on fait toutes les réparations nécessaires, on est très sérieux pour éviter les accidents et les pannes. » Pendant les transhumances, ils sont toujours deux chauffeurs. « À deux, on gère mieux la fatigue et les imprévus. Une panne, une blessure, ça peut arriver. Il faut pouvoir réagir vite. » L’arrimage fait l’objet de la même vigilance. « On a acheté plein de ruches d’occasion à des apiculteurs différents et donc on a parfois des problèmes de cote avec des différences de hauteur de ruches. On met des cales, on a des sangles de routier et toujours un œil dans le rétroviseur pour surveiller. » À cette échelle, la transhumance n’est pas un simple déplacement : c’est une opération logistique lourde, où chaque erreur peut coûter cher.

Le rythme fou des miellées d’acacia

« La miellée de chez nous, c’est vraiment l’acacia, on est en plein cœur ici. Mais avec l’acacia, c’est quitte ou double. » La miellée peut exploser en quelques jours… ou s’arrêter net après un orage. « En quatre-cinq jours, on peut faire 30 kg par ruche, mais en cas de mauvais temps, tout est terminé. » Pour cette miellée, Raffaël rassemble 1 200 ruches (300 ruches font cette miellée dans le nord-Gâtinais et sont déjà sur site depuis le colza). Huit trajets en camion, huit nuits de travail quasi sans sommeil. « On dort 3 h par nuit pendant une grosse semaine », résume Raffaël. Le signal de départ est donné par des acacias témoins positionnés à l’abri dans son jardin. Dès qu’ils commencent à pointer blanc, la transhumance est lancée. « Vingt-quatre heures de retard, ça peut être 10 kg perdus par ruche. Sur un camion, avec 144 ruches, cela représente 1,5 tonne. À 8 € le kilo ça fait 10 000 € la journée… On ne perd pas une minute. » Certaines années, jusqu’à 30 tonnes sont récoltées en cinq jours. Un rythme fou et une ambiance à part. « Tout est blanc, ça sent bon. Sur les bords de Loire, les levers et les couchers de soleil avec l’acacia en fleurs, c’est vraiment magique. »

Le GAEC Les ruchers du Val d’or en bref

Raffaël Quinet (installé depuis 2012) et Benoît Martinet (depuis 2021), associés à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret)

1 salariée à temps plein annualisé

2 saisonniers de mars à fin août et 2 étudiants pour les récoltes et les extractions.

1 500 ruches transhumantes

Commercialisation : vrac 100 %

Miellées : colza, acacia, tilleul, châtaigner, lavande, tournesol, sarrasin tardif

Rédaction Réussir

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