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Passer le flambeau : deux histoires de transmission réussie

Changer de vie, transmettre un outil de travail, construire à plusieurs une exploitation durable : la transmission d’exploitation peut être un chemin semé d’embûches, mais aussi de réussites.

En Haute-Saône comme dans le Morvan, deux exemples concrets démontrent qu’un passage de témoin bien préparé peut être gage de continuité… et de renouveau.

Créer sans tout recommencer : le pari d’Ulric, Fanny et Guy

En 2016, Ulric et Fanny tournent le dos à leurs carrières respectives de sociologue et orthoptiste pour explorer d’autres voies. Ils prennent la route, à la recherche d’un projet agricole en accord avec leurs valeurs. Un tour de France les conduit à découvrir l’apiculture dans le parc naturel régional de la Brenne (Indre). Coup de cœur immédiat.

Très vite, la volonté de produire et de transformer eux-mêmes s’impose. « On voulait un métier concret, utile, avec une forte autonomie et un lien au vivant », expliquent-ils. Ils poursuivent leur exploration en Bretagne, en Ariège, dans la Creuse et le Doubs. L’apiculture s’impose peu à peu.

Leur reconversion passe par le BPREA apiculture à Vesoul. C’est là qu’ils rencontrent Guy, apiculteur en Haute-Saône, en réflexion sur sa transmission. Une opportunité, mais surtout une rencontre humaine qui donne envie de construire ensemble.

« À notre installation, il était impossible de créer quelque chose de toutes pièces ou de reprendre une exploitation de but en blanc du fait des contraintes budgétaires. L’association était la meilleure des solutions. »

Les choses s’enchaînent vite : Ulric débute avec un Titre emploi service agricole (Tesa), puis une SCEA est créée. En 2019, le Gaec Le Rucher de la Brèche voit le jour. Guy et Ulric détiennent chacun 50 % des parts. Le cheptel passe de 320 à 480 colonies.

S’adapter au rythme de l’exploitation

Ce développement rapide impose des investissements conséquents. Le matériel, parfois acheté dans l’urgence, n’a pas la robustesse de celui fabriqué sur place. Sur l’exploitation, l’autoproduction est une tradition : Guy a hérité d’un atelier de menuiserie apicole transmis par son père. Fanny et Ulric s’y forment eux aussi, renforçant leur autonomie.

Dès la première année, l’objectif est de générer deux revenus. Le pari est tenu : transformation de la production, diversification, circuits courts, implantation dans des magasins de producteurs. Pain d’épices, nougat, pâte à tartiner enrichissent la gamme.

Résister aux aléas, se projeter dans la durée

Les années 2020 et 2021 ont été marquées par une tentative de passage en bio. L’enthousiasme est freiné par la technicité de la lutte contre varroa en apiculture biologique. L’année 2021, très mauvaise en termes de récolte, vient compliquer encore le tableau. « On a pris des risques, mais on a appris », résument-ils.

À l’inverse, 2022 est l’année de tous les records. Fin 2023, Guy transmet ses parts à Fanny, pleinement impliquée depuis le début. En 2024, l’exploitation atteint 530 colonies hivernées.

Mais le chemin reste exigeant : investissements dans les bâtiments, rachat de parts sociales, accident de travail d’Ulric… La charge mentale et physique est lourde, mais l’équipe reste soudée.

« Une reprise d’exploitation avec association, c’est “hériter” d’habitudes, d’une histoire, d’amitiés et d’inimitiés anciennes, bref d’un contexte qu’il est bon de connaître et avec lequel il faut savoir prendre du recul. »

S’appuyer sur l’existant, construire l’avenir : le modèle du Gaec Vignaud Marques

Dans l’Yonne, au cœur du Morvan, Pascal Vignaud crée son exploitation en 1995. Le cheptel passe de 400 à 1 000 ruches. En 2007, il fait le choix du bio, convaincu de la nécessité de produire autrement.

Jonathan, son gendre, se destine à une carrière de professeur d’EPS. Mais en 2008, il découvre l’apiculture aux côtés de Pascal. Deux saisons suffisent pour provoquer une reconversion : il entame un BPREA apiculture à distance, tout en travaillant sur l’exploitation.

« L’échange entre apiculteurs, la visite d’exploitation professionnelle sont essentiels pour mûrir son projet et partir sur de bonnes bases. »

La formation, un tremplin pour une transmission sereine

Jonathan complète sa formation par des visites ciblées, notamment pour approfondir les questions d’élevage et d’organisation. Il suit aussi la formation « GAEC, vivre en société » : « Elle abordait sans tabous les difficultés dues au travail en commun ainsi que la gestion des situations de crises. »

Le Gaec Vignaud Marques est officiellement créé en 2011. Jonathan entre à 50 %, aux côtés de Pascal. En 2012, un coup dur : 50 % du cheptel est perdu. Malgré cela, la structure se redresse et progresse.

En 2021, Romain, beau-frère de Jonathan, entre dans le Gaec. Il a un bac agricole, découvre l’apiculture sur le terrain, et fait le choix de s’investir à long terme. Pascal transmet ses parts en 2023.

« Travailler deux saisons au minimum chez un apiculteur peut être très bénéfique pour apporter de la confiance », affirme Romain.

Une exploitation solide, un cap partagé

L’exploitation mise sur l’élevage, la sélection, l’autonomie. Le matériel est optimisé, les charges maîtrisées. Un nouveau bâtiment avec chambre chaude voit le jour. Les techniques évoluent, mais l’ADN reste le même.

La gestion de la fièvre d’essaimage se fait par ponction d’essaims en avril, au détriment de la récolte de printemps. Les 500 colonies transhument chaque saison vers les hauteurs du Morvan. Le miel est vendu via l’EURL familiale, en demi-gros, en détail, et sous forme de produits transformés.

Ce que disent ces deux expériences

Ces deux exemples illustrent la richesse et la complexité des transmissions apicoles. Elles ne se limitent pas à un passage de main, mais s’inscrivent dans un temps long, fait d’essais, de formations, de coups durs et de réussites partagées. Elles montrent aussi l’importance du facteur humain : confiance, écoute, complémentarité sont des piliers essentiels.

Qu’il s’agisse d’un Gaec familial ou d’une reprise hors cadre, la transmission réussie repose sur une volonté commune : faire perdurer un outil de production en l’adaptant au monde d’aujourd’hui.

Dans un contexte où de nombreux apiculteurs approchent l’âge de la retraite, ces témoignages sont autant d’exemples inspirants pour imaginer les transmissions de demain.

Rédaction Réussir

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