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Nathalie Bourras, un territoire à explorer

Apicultrice bio en Corse, Nathalie Bourras incarne un modèle insulaire quasiment entièrement transhumant. Une apiculture en mouvement, qui tente de s’adapter aux effets très concrets du changement climatique.

Installée depuis plus de vingt ans à l’extrême sud de la Corse, Nathalie Bourras pratique la transhumance depuis ses débuts : « Mes ruches ne survivraient pas sans déplacement. Cela me permet également de proposer une offre variée, représentative de toute l’AOP. »

Deux zones pour sécuriser les miellées

Son circuit la conduit loin : deux zones situées à environ 3 heures de route de son exploitation (voir carte). « On me dit souvent que je vais loin. J’ai choisi la Castagniccia pour les châtaigniers en quantité. À l’époque, c’était à cet endroit qu’il était le plus “facile” de faire du miel sans grande maîtrise technique – ce qui était mon cas à l’installation. » L’autre zone de transhumance, c’est le plateau de Coscione, légèrement plus proche en distance – mais à peu près équivalent en temps de déplacement. « Deux zones, c’est une forme d’assurance si jamais l’une des miellées fonctionne moins bien qu’une autre », explique Nathalie. Avec ce circuit, l’apicultrice n’a jusqu’à présent pas eu besoin de recourir au nourrissement de ses abeilles.

Le climat rebat les cartes

En vingt ans, elle a néanmoins vu le climat transformer ses repères. « En 2006, j’avais essayé des zones sur le plateau du Coscione qui n’étaient pas très probantes parce qu’il y faisait trop froid début juin. Aujourd’hui ce sont d’excellents emplacements, tout a changé en l’espace de deux décennies. » En Castagniccia aussi, elle monte plus haut pour chercher la fraîcheur.

Explorer pour durer

Ces évolutions la poussent à explorer. « Cette année, je teste une zone où il n’y a jamais vraiment eu d’apiculture, à 1 heure de route seulement de l’exploitation. » L’idée est née après avoir goûté le miel d’une amie à qui elle avait donné une ruche dans la zone. « J’avais l’intuition depuis longtemps que cela pouvait être un bon coin, son miel de châtaigneraie était délicieux, nous allons tenter ! » Autre adaptation : l’abandon du miellat de maquis, devenu trop aléatoire, au profit du miel de lierre (voir encadré).

Une transmission en mouvement

Ce qui donne à Nathalie l’envie de continuer à chercher de nouvelles solutions, c’est aussi l’arrivée de sa fille dans la profession. « Laurine s’est installée à son compte depuis 2024, explique-t-elle. Depuis 2020, nous faisons toutes nos transhumances à deux. Nous nous entraidons beaucoup et réfléchissons à nos pratiques, nos emplacements (voir encadré), le matériel… »

Que ce soit sur les réseaux sociaux, lors d’échanges avec d’autres professionnels, ou grâce aux formations qu’elles suivent très régulièrement, Nathalie et Laurine sont en veille permanente et adaptent autant que possible leurs pratiques au changement climatique sur leur territoire.

Miel de lierre : transformer une contrainte en opportunité

Depuis 2025, Nathalie produit du miel de lierre, une vraie nouveauté. « Jusqu’alors, en Castagniccia, après le châtaignier, je déplaçais les ruches pour le miellat de maquis. Mais depuis quelques années, ces miellées sont devenues très aléatoires, le parasite à son origine se raréfiant sur la zone. » En parallèle, Nathalie observait autre chose : ses essaims, restés sur le même emplacement, produisaient une miellée de lierre très abondante juste après le châtaignier. « Les volumes étaient spectaculaires. Je me suis dit : pourquoi ne pas tenter d’extraire ce miel ? »

Un miel réputé difficile

Le miel de lierre cristallise très rapidement, ce qui décourage souvent son extraction. « J’avais toujours entendu dire qu’il ne fallait pas s’y essayer. Mais il est abondant et d’une grande qualité gustative. Personne ne le connaît mais quand on le fait goûter, tout le monde l’adore ! »

Une extraction rendue possible via le suivi à distance et de la réactivité

L’anticipation est clé. Grâce aux balances connectées, Nathalie et Laurine suivent précisément la dynamique de remplissage des hausses. « Dès qu’une hausse est pleine, on file récolter au plus vite pour éviter toute cristallisation, avec une grande vigilance au taux d’humidité. »

Un bénéfice secondaire

Autre avantage de cette miellée abondante par rapport à la miellée de miellat, bloquante : les colonies se renforcent [ÉC1] avant le maquis d’automne. « Les ruches sont regonflées. C’est décidé : nous continuons cette année ! », s’enthousiasme l’apicultrice.

La recherche d’emplacements, une quête méthodique

Identifier un nouvel emplacement ne relève pas de l’intuition seule et Nathalie et Laurine emploient plusieurs méthodes.

Géoportail

Lorsqu’elles repèrent une zone potentiellement intéressante, direction Géoportail. Elles y relèvent les numéros de parcelles, identifient les limites, évaluent le rayon de butinage (1,5 km), l’accès à la parcelle et la pente. « Parfois, on repère un endroit qui nous semble à peu près plat et puis sur Géoportail on réalise qu’en réalité, le terrain est complètement en pente ou alors que la parcelle est trop étroite et qu’il faut demander l’accès à 12 propriétaires différents pour manœuvrer jusqu’à elle », détaille Nathalie.

La visite sur site

Une fois ce repérage effectué, place au terrain : état des parcelles, exposition, floraisons présentes, accessibilité pour les véhicules.

L’enquête locale

Ensuite, elles partent en quête de renseignements. « On peut demander à la mairie, à l’ONF, se renseigner auprès de gens qu’on connaît, parfois auprès de gens qui passent. » Pour Nathalie, il n’y a pas de problème de partage de la ressource dans ses zones de transhumance, mais tout est fragile car les accords sont uniquement oraux. En cas de divorce ou de décès, tout est vite remis en question. « C’est pour cela qu’en Castagniccia, j’envisage d’acheter des parcelles pour sécuriser mes emplacements. »

L’exploitation de Nathalie Bourras en bref

Apicultrice à Bonifacio depuis 2004 – AOP miel de Corse/agriculture biologique

250 ruches transhumantes

Commercialisation : 88 % demi-gros/12 % en direct à l’exploitation

Miels : printemps, maquis de printemps, châtaigneraie, maquis d’été, lierre (nouveauté 2025, avant, miellats du maquis) et maquis d’automne

Rédaction Réussir

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