Maud Jaouen, transhumer pour diversifier sa miellée
Maud Jaouen et Roland Auffret sont apiculteurs bio en Bretagne. Chaque année, ils font de petites transhumances pour aller chercher le miel de sarrasin, culture emblématique de la région.
« Transhumants, nous ? » Sollicitée pour témoigner, Maud Jaouen hésite. « J’ai du mal à utiliser ce mot : nous ne faisons que de petits déplacements autour de notre miellerie pour aller chercher le sarrasin ! » Leur modèle est en réalité hybride. Pour la production de miel, 240 ruches restent sédentaires. En parallèle, les apiculteurs produisent également de la gelée royale, avec environ 35 ruches dédiées. Les 70 ruchettes transhumantes sont choisies parmi les essaims de l’année. « Nous sélectionnons les colonies les plus fortes », témoigne l’apicultrice.
Un calendrier compatible avec la transhumance
La transhumance concerne le miel de sarrasin, à partir de mi-juillet (voir encadré). « C’est le miel typique de la région, nous le produisons depuis notre installation », raconte Maud. Cette miellée s’intègre bien dans l’organisation de l’exploitation, car elle intervient une fois l’atelier de gelée royale terminé. « C’est un moment de la saison où nous commençons à être fatigués, mais où nous avons plus de temps qu’en mai, qui est le mois le plus intense pour nous : démarrage de l’atelier de gelée royale, récolte et mise en pot du miel de printemps. »
Une pollinisation recherchée par les agriculteurs
La culture du sarrasin progresse en Bretagne, Maud et Roland n’ont pas de problème pour trouver des emplacements. « Nous sommes régulièrement sollicités par les agriculteurs car la pollinisation par les abeilles est bénéfique pour la plante : les graines sont mieux formées et les rendements meilleurs », explique Maud.
De multiples emplacements
Pour construire leur circuit de transhumance, les apiculteurs sélectionnent des parcelles selon certains critères : culture bio, bonne accessibilité, absence de chemin de randonnée à proximité et, si possible, ruches non visibles depuis la route afin de limiter les risques de vol. La difficulté vient surtout de la taille des parcelles. Le sarrasin est souvent semé sur de petites surfaces, parfois à peine 1 ha. « Si on dit oui à tout, on peut se retrouver avec un circuit ingérable. » Maud et Roland ont donc défini une règle : en dessous d’un seuil de 7 ou 8 ruchettes par emplacement, soit 3 à 4 ha, ils ne se déplacent pas. Une exception existe toutefois : ils peuvent parfois déposer 2 ruchettes sur 1 ha si la parcelle est à proximité immédiate d’une autre.
En 2025, ils ont ainsi travaillé sur huit emplacements pour leurs 70 ruchettes. « Cela fonctionne bien. Tous les sites sont à moins de 8 km de la miellerie, mais cela demande tout de même une bonne organisation les jours de visite. »
Une transhumance sans équipement spécifique
Sur cette exploitation majoritairement sédentaire, la transhumance se fait sans matériel dédié. « Nous n’avons ni grue, ni balance connectée », souligne Maud. C’est notamment pour cette raison que Maud et Roland ont fait le choix de transhumer des ruchettes et non des ruches, plus légères à manipuler. « Comme il s’agit de ruchers provisoires, nous les installons sur des demi-palettes. Nous travaillons donc très bas au niveau du sol, que ce soit pour l’installation, les visites ou les récoltes. Rien n’est ergonomique : c’est la miellée où on se casse le dos ! »
De la bruyère demain ?
Malgré ces inconvénients, Maud et Roland ne renonceraient pas à cette miellée. « En plus du sarrasin, nous aimerions ajouter la bruyère, autre miellée typique de la région. Roland prospecte régulièrement mais pour l’instant nous n’avons pas trouvé d’endroit. » Contrairement au sarrasin, les emplacements sont rares et souvent saturés en abeilles. Certaines communes, comme celle d’Erquy (Côtes-d’Armor), ont même décidé de limiter l’installation des ruchers. « Avec le temps, nous réfléchissons à acheter pour disposer d’un endroit à nous pour cette miellée. » Une démarche fidèle à leur vision de l’apiculture : locale, diversifiée et étroitement liée aux cultures du territoire.
La conduite en bio, une charge importante en saison de production
Les miels de Maud Jaouen et Roland Auffret ont obtenu le label AB en 2025. C’est à la fois une fierté et l’apprentissage d’une exigence importante au quotidien. « Avant que nous n’entamions la démarche de conversion et que je ne connaisse le cahier des charges, j’avais une image un peu bucolique de la conduite en bio », explique Maud. C’est surtout pour la gestion de varroa que la charge est plus lourde. « Lorsque nous étions en conventionnel, nous gérions varroa en fin de saison, principalement avec des lanières apivar après la récolte du sarrasin. À présent, c’est une tout autre contrainte, avec des traitements plus “mécaniques”. » Ils pratiquent notamment le retrait de couvain de mâle au printemps et l’encagement de reines pour un traitement à l’acide oxalique hors couvain sur les varroas phorétiques, dès la mi-juin pour la gelée royale. Ces techniques fonctionnent bien mais exigent un calendrier très précis, qui s’ajoute aux nombreuses taches de la saison sur les 500 ruches, en pleine période d’élevage de reines, de production de miel et de gelée royale.
Sarrasin : une miellée exigeante
Le sarrasin est une plante fragile et ses miellées restent très variables, en plus d’être peu abondantes : « Si une ruche remplit une hausse, on est déjà content alors que pour nos autres miellées, certaines colonies peuvent remplir 3, 4 voire 5 hausses. » L’année 2025 a toutefois été favorable : les 70 ruchettes ont produit environ 700 kg de miel. Mais les saisons sont de plus en plus imprévisibles. « La miellée 2025 s’est faite en cinq jours et s’est terminée début août, avec presque trois semaines d’avance. » Sans balance connectée et avec des emplacements dispersés, Maud et Roland doivent donc multiplier les visites pour vérifier l’état des colonies et leurs réserves. Malgré ces contraintes, ils restent attachés à ce miel sombre et puissant : « C’est un miel très particulier qui ne ressemble à aucun autre. J’aime le faire découvrir, il fait vraiment partie de l’identité bretonne. »