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Le Miel de tilleul de Picardie rejoint les signes officiels de qualité

L’indication géographique protégée Miel de tilleul de Picardie conforte la filière apicole du nord de la France.

Reconnu indication géographique protégée (IGP) en novembre 2025, le Miel de tilleul de Picardie rejoint la liste des miels sous signe officiel de qualité. « Il y a un quart de siècle, une poignée d’apiculteurs professionnels a eu l’audace de croire que ce miel typique et unique méritait d’être reconnu, protégé et valorisé à sa juste mesure. Au pays de la betterave et de la pomme de terre, quel pari que de s’affirmer en région productrice de miel de qualité ! », relève Philippe Béquet, apiculteur dans la Somme et président de Miels des Hauts-de-France, l’organisme de défense et de gestion (ODG) de l’appellation.

« L’IGP montre qu’une filière existe dans le nord de la France ; elle permet de la stabiliser, de favoriser l’installation de jeunes et la commercialisation d’un miel emblématique de la région, alliant traçabilité et qualité », note Philippe Béquet. « Cette IGP récompense le travail collectif opiniâtre mené dans les Hauts-de-France depuis vingt-cinq ans, observe Éric Barrère, président de l’ADA Hauts-de-France. Elle nous encourage à le poursuivre ! »

Valoriser une miellée méconnue

Les pionniers ? Quelques apiculteurs bien décidés à faire connaître ce miel monofloral aux saveurs mentholées, issu des grands massifs où fleurit le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata). Confrontés aux fluctuations du prix du vrac, ils cherchaient à valoriser cette miellée abondante mais mal connue. Caractérisation du miel, création d’une marque et d’un premier cahier des charges… Avec l’appui de la chambre régionale d’agriculture, l’Association des apiculteurs professionnels en Pays du Nord-Picardie (APPNP, devenue ensuite l’ADA Hauts-de-France) a posé les bases d’une démarche qualité. « L’ADA a ainsi obtenu des financements, organisé des formations qui ont doté les apiculteurs de la région de compétences techniques », rappelle Patrick Vandecasteele, apiculteur dans le Nord et pionnier de la démarche. « Je suis fier d’avoir obtenu l’IGP avant d’atteindre la retraite », reconnaît-il.

Une reconnaissance de qualité

Installé en Seine-Maritime, où il vend l’essentiel de sa production en direct, Jérôme Fourneaux transhume chaque année dans l’Oise pour profiter du tilleul. S’il lui faut expliquer à ses clients normands pourquoi il transhume en Picardie, « l’IGP est un argument pour leur montrer qu’on produit un miel de qualité ». « Les signes officiels de qualité, c’est dans l’air du temps », note Raffaël Quinet, installé dans le Loiret et producteur de miel en vrac. Outre le débouché, il transhume aussi dans l’Oise pour d’autres raisons : « Le tilleul de Picardie représente une très bonne miellée pour les colonies, avec de grosses rentrées de pollen et de nectar. »

Un label à faire vivre

Une étape est franchie avec l’obtention de l’IGP. Reste à faire vivre ce label. Les perspectives : faire découvrir au plus grand nombre ce miel dont la typicité tient à ses saveurs fraîches et mentholées. Cela passe par des événements grand public, tels que des fêtes du miel, des opérations de promotion menées avec l’aval de la filière (restaurateurs, transformateurs, distributeurs). Un groupe de travail a été constitué pour démarcher négociants et distributeurs.

Des arguments à faire valoir

Actuellement, la production est essentiellement vendue en direct ou dans des magasins de proximité. Cela s’explique par le profil de la plupart des exploitations, tournées vers la vente en pots plutôt qu’en vrac. « La labellisation IGP du Miel de tilleul de Picardie fait partie de ces initiatives positives qui pourront séduire les distributeurs et les consommateurs autour de signes d’identification d’origine reconnus », relève Damien Faggion, responsable achats matières premières de Famille Michaud apiculteurs. « Le tilleul représente des volumes assez réguliers chaque année. Pour un acheteur, c’est sécurisant. […] On comprend l’intérêt de la miellée de tilleul et de la démarche IGP. On veut répondre présent. »

Une démarche ouverte

La démarche IGP bénéficie du soutien financier de la région Hauts-de-France, de FranceAgriMer et de l’Europe, ainsi que du groupement régional pour la qualité alimentaire (Qualimentaire), qui détache une salariée pour l’animation de Miels des Hauts-de-France. Tout opérateur souhaitant produire ou commercialiser du Miel de tilleul de Picardie peut rejoindre la démarche.

En 2025, le volume de Miel de tilleul de Picardie IGP représentait plus de 55 tonnes, produit par 23 apiculteurs. « Si la demande est là, les apiculteurs peuvent produire plus, assure Philippe Béquet. Les négoces sont au courant de notre démarche et de nos capacités de production ; ils sauront nous trouver le cas échéant. »

Cahier des charges : les points clés

Aire géographique Production (pose des ruches et hausses) réalisée dans une aire comptant près de 1 500 communes, essentiellement dans l’Aisne, l’Oise et la Somme, ainsi que quelques communes du Pas-de-Calais et du Val-d’Oise. L’extraction et le conditionnement peuvent être réalisés hors aire géographique.

Pas de nourrissement (miel excepté) à partir du 30 avril.

Date de durabilité minimum (DDM) 24 à 36 mois à compter de la date d’extraction, selon que le stock est conservé à température ambiante ou sous température contrôlée (15 °C max.)

Un examen organoleptique pour chaque échantillon

Point essentiel du cahier des charges, la totalité des échantillons candidats à l’IGP est analysée par une commission d’examen organoleptique (CEO).

Après analyse en labo, la CEO évalue chaque échantillon au regard du cahier des charges : teinte, texture, saveurs, persistance. Certains défauts, comme un goût exogène (fumée…), excluent les lots concernés.

« La CEO est un dispositif de contrôle spécialement conçu par l’ODG dans le respect du cadre technique et réglementaire, ayant pour objectif de vérifier la conformité des miels revendiquant l’IGP », résume le consultant Philippe Picard (Atingee), missionné par l’ODG pour former les membres de la CEO.

Qu’ils soient apiculteurs, techniciens ou usagers (consommateurs, restaurateurs…), tous les membres de cette commission sont préalablement formés à l’analyse sensorielle. Leurs compétences théoriques et pratiques sont remises à niveau au moins tous les trois ans. « Le juré-dégustateur doit maîtriser les techniques et le vocabulaire de l’analyse sensorielle », explique Philippe Picard.

« Il faut toujours se remettre à niveau ; on oublie vite », reconnaît Catherine Fourneaux, passée par une formation en hôtellerie et œnologie avant de se lancer dans l’apiculture avec son mari Jérôme, en Normandie. « Cela permet aussi de vérifier qu’on connaît bien les miels qu’on produit, et qu’on peut ainsi en parler correctement aux clients », ajoute-t-elle.

Rédaction Réussir

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