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L’aubépine, une ressource mellifère du printemps bocager

Discrète mais précieuse, l’aubépine monogyne (Crataegus monogyna) offre une miellée printanière irrégulière, étroitement liée aux paysages de bocage. Elle constitue une ressource mellifère recherchée et un marqueur des enjeux écologiques et patrimoniaux liés aux haies.

Quand on interroge Mélanie Boitrel, apicultrice professionnelle en Normandie, sur la miellée d’aubépine monogyne, c’est un flot de commentaires qui démarre : « L’aubépine arrive à la fin des miellées de printemps. La floraison intervient habituellement juste après le colza. Nous retirons les hausses de cette première miellée, et laissons les ruches sur place pour l’aubépine. Dans notre paysage de bocage, l’aubépine se trouve dans les haies, sur les plateaux. Ce nectar donne un miel doux et fruité, de couleur blanche assez proche de celle du miel de fleurs de printemps, à la différence que ce miel provient uniquement de fleurs sauvages. » Selon les années, la floraison de l’aubépine peut se chevaucher avec le colza, mais aussi avec des prunus, des fruitiers, ou l’épine-vinette. Ce n’est ainsi qu’un an sur deux, ou deux ans sur trois, que les conditions permettent la production du miel d’aubépine. L’aubépine commence normalement à fleurir juste après l’acacia. Aussi, après le colza, les plus belles colonies sont déplacées sur acacia, et ce sont les autres qui restent sur place pour l’aubépine.

Installée dans l’Eure, Mélanie gère une exploitation de 800 ruches, avec son associé, Pierre. Elle vend tout son miel en direct et en circuit court, à la ferme et surtout sur des foires et dans des magasins. Sa clientèle est fidèle et aime retrouver d’année en année la grande diversité de miels de sa gamme. Connaissant les goûts de ses clients, Mélanie travaille le miel d’aubépine à froid pour le rendre crémeux.

L’aubépine, espèce typique des paysages de bocages

Ce n’est pas par hasard que Mélanie dispose de cette ressource sur son territoire. L’aubépine a longtemps été une espèce de choix pour entrer dans la composition des haies bocagères. Le CRPF Nord-Pas-de-Calais – Picardie, dans son fascicule « Les Haies de nos régions » de 2006, donne quelques informations sur cette espèce. Autrement appelée « épine blanche », l’aubépine a des caractéristiques intéressantes pour faire fonction de clôture naturelle : c’est une espèce vigoureuse, qui se multiplie facilement par semis, et qui présente des épines. C’est ainsi que, combinée à d’autres espèces, elle a permis de constituer, rapidement et à frais assez réduits, des barrières denses, infranchissables, pour le cheptel.

À l’origine, la densité de plantation très importante, de l’ordre de dix plants par mètre linéaire assurait à la haie un hermétisme qui était ensuite renforcé par les entretiens successifs et notamment par le plessage. Avec le temps, de nombreuses espèces sont venues enrichir la plantation initiale de telle façon que ces haies sont aujourd’hui beaucoup plus diversifiées.

Ces plantations massives, quasiment mono-spécifiques, ont favorisé l’émergence de pathogènes qui ont développé une virulence proportionnelle à l’importance des foyers de plantation : la graphiose pour l’orme et le feu bactérien pour l’aubépine se sont développés rapidement compte tenu de la quasi mono spécificité de nombreuses plantations des haies anciennes. Le feu bactérien peut détruire certains sujets de l’espèce et contaminer d’autres espèces de la même famille (rosacées) dont les pommiers et certains poiriers en provoquant leur dessèchement. C’est pourquoi, en Normandie, elle est interdite à la replantation, sauf les variétés greffées… La demande de plantation doit être adressée à la Direction régionale de l’agriculture et de la forêt, service de la protection des végétaux quatre mois avant plantation.

Une espèce longévive aux multiples usages

Eau-et-rivières de Bretagne, dans son guide « Arbres et arbustes du Bocage », décrit l’aubépine comme un petit arbre (10 m max) à la croissance lente qui le mène au-delà des 500 ans. Recherchant plutôt la lumière, il apprécie les sols riches et bien drainés. Son bois lourd et dense pouvait servir à la fabrication des manches. Mais comme tous les épineux, son bois servait surtout à alimenter en fagots les fours à pain. Son fruit, la cenelle, était appelé « poire de la Vierge » (nombreuses croyances autour de cette plante, on l’appelle aussi « arbre de Marie ») ou « poire des oiseaux » (ils en raffolent) ou encore « poires à poux » (pour éviter que les enfants les mangent).

Jacques Piquée, aux Rencontres techniques de l’ADA Aura de 2018 précise que les fleurs sont très mellifères et produisent un pollen gris-vert très sucré et un nectar de qualité. Au niveau de la production de nectar, elle est estimée à 50 kg par hectare.

Quel avenir pour les aubépines ?

Si les clôtures artificielles (fil de fer barbelé) ont aujourd’hui parfois supplanté les haies traditionnelles, il est aujourd’hui admis que l’intérêt paysager et écologique des haies dépasse très largement celui du fil de fer. Les vieilles aubépines souvent magnifiques doivent donc être protégées : il s’agit d’un patrimoine en danger !

Un exercice historique d’arithmétique

Un problème donné au Certificat d’études primaires du 8 octobre 1889 dans la Somme. Paru dans le Courrier des examens, 9 octobre 1889.

« Un champ rectangulaire a 121 m de long sur 86 m de large. Le propriétaire l’entoure d’une haie d’aubépine, placée à 0 m 50 à l’intérieur de la limite, pour la plantation de laquelle il faut six plants par mètre. Les plants coûtent 5 francs le mille et l’ouvrier qui le plante se fait payer 0,20 franc par décamètre. Quelle sera la dépense totale ? »

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Usages culturels et symboliques

Au-delà de son intérêt agronomique, l’aubépine occupe une place importante dans les traditions européennes. Associée aux célébrations du 1er mai, elle est liée aux rites de fertilité et à la symbolique du renouveau printanier. Elle aurait notamment inspiré le mât de mai (Maypole) et certaines représentations du Green Man. Historiquement, son introduction dans les habitations était évitée, en raison de croyances associant sa floraison à la maladie ou à la mort. Cette perception pourrait être liée à la présence de triméthylamine, un composé également produit lors de la décomposition des tissus organiques. Sa floraison marque symboliquement la transition du printemps vers l’été, comme l’illustre le proverbe ancien : « Cast ne’er a clout ere May is out », souvent interprété comme une référence à l’épanouissement de l’aubépine.

Côté web

Retrouvez les références bibliographiques sur www.adafrance.org/references-bibliographiques/

Rédaction Réussir

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