La moutarde, une miellée à fort potentiel de développement
Presque disparue, la culture de la moutarde revient aujourd’hui en France grâce à la structuration de la filière et sa volonté de renforcer l’approvisionnement local en graines. L’augmentation des surfaces cultivées en fait une miellée qui gagne à être découverte.
Plus connue des apiculteurs du fait de son utilisation comme couvert interculture automnale (voir encadré) et de sa floraison assez longue, la moutarde blanche est une excellente plante mellifère. La culture de la moutarde pour ses graines (moutarde brune ou noire) avait, elle, presque disparu en France dans les années 1980. Afin de gagner en qualité et en autonomie, les fabricants de condiments se sont regroupés pour relancer la culture de moutarde une décennie plus tard. Aujourd’hui organisée autour de l’association Moutarde de Bourgogne, la filière se développe via la recherche, la sélection de variétés adaptées et une valorisation des prix de vente. Depuis 2009, la moutarde de Bourgogne bénéficie d’une IGP, qui garantit la production avec des graines de moutarde cultivées en France.
Forte dépendance aux exportations
En 2022, la France a connu une pénurie de moutarde en raison de problèmes d’importation liés à la guerre en Ukraine et à de mauvaises récoltes au Canada, premier producteur mondial. C’est à la suite de cette situation que la production française a été relancée. En 2023, on comptabilisait 11 000 hectares de culture de graines de moutarde noire (contractualisée avec la filière), majoritairement en région Bourgogne-Franche-Comté et les départements limitrophes, soit une surface presque doublée depuis 2018. Malgré tout, la production nationale reste largement insuffisante par rapport à nos besoins et nous continuons d’importer chaque année la plupart des graines qui sont utilisées pour la préparation de moutardes.
Une culture fragile
Pour garantir une production optimale, le semis de graines se fait en septembre-octobre. Semée quatre à six semaines après le colza, la moutarde évolue lentement à l’automne. Ses pieds restent longtemps à un stade peu développé et sont donc sensibles aux attaques de ravageurs (altises). Au printemps, la croissance des plants est rapide, la floraison qui a lieu en avril-mai rattrape presque celle du colza avec seulement une quinzaine de jours de décalage. Ainsi, la miellée de colza, mais aussi d’acacia, peut se superposer à celle de la moutarde. La culture de la moutarde ne nécessite pas une quantité importante d’eau : c’est, en effet, une plante très résistante à la sécheresse. Une période pluvieuse lors du remplissage du grain à la fin du mois de mai lui est cependant favorable.
La moutarde brune est une culture fragile, soumise aux ravageurs. Le retrait de certaines molécules de synthèse, le changement climatique et la résistance des ravageurs aux insecticides limitent les rendements : entre 10 et 15 quintaux à l’hectare. En comparaison, le colza produit entre 30 et 40 quintaux à l’hectare.
Face aux défis de ces dernières décennies, la filière a réagi pour apporter des solutions aux producteurs. L’objectif global est d’assurer l’approvisionnement des outils industriels à hauteur de 30 à 40 % par des graines produites en région. Il sera donc intéressant de suivre l’évolution de cette miellée si les surfaces cultivées continuent d’augmenter.
Fiche d’identité de la moutarde
La moutarde blanche, un très bon couvert intermédiaire
La moutarde blanche (Sinapis alba) est beaucoup utilisée en interculture de fin d’été en raison de son faible coût, de sa facilité d’implantation et de sa rapidité à fleurir. D’un point de vue agronomique, elle évite le lessivage des sols à l’automne et capte les nutriments. Elle permet aussi de structurer le sol et offre un bon apport en matière organique sur les parcelles. Très attractive pour les abeilles, elle offre de belles ressources aux pollinisateurs en fin de saison, sur des surfaces largement supérieures à celles de la moutarde brune.
Questions à Thomas Decombard, exploitant Apidis en Bourgogne-Franche-Comté
Permettre de proposer une variété monoflorale supplémentaire
Depuis combien de temps faites-vous du miel de moutarde ?
Thomas Decombard : Nous produisons ce miel depuis 2018, période à laquelle nous avons constaté un accroissement significatif des cultures de moutarde en Vingeanne.
Quels sont les rendements moyens à la ruche ?
T. D. : Une ruche permet de récolter environ une quinzaine de kilos de miel.
Avez-vous des difficultés pour produire ce miel ?
T. D. : La moutarde est une crucifère tout comme le colza. Ce miel a donc une cristallisation rapide, surtout si les périodes de froid apparaissent lors de la miellée. Il arrive également, selon les zones, que la floraison de la moutarde se superpose avec la floraison des acacias. Pour différencier les miels, l’analyse pollinique nous permet de certifier l’appellation de ces derniers.
Avez-vous des partenariats formalisés avec les agriculteurs ?
T. D. : Nous n’avons pas pour le moment de partenariats explicites. Cependant, les agriculteurs cultivateurs de moutarde dans la région de la Vingeanne bénéficient de l’action de nos abeilles et nous serions ravis de formaliser plus précisément cette collaboration.
Quels avantages voyez-vous à poser vos colonies sur cette culture ?
T. D. : Nos ruches sont sédentaires dans les zones de production de moutarde, elles offrent une possibilité de développement des colonies très importante avant la floraison des acacias et permettent de proposer une variété monoflorale supplémentaire.
Pouvez-vous nous parler des caractéristiques du miel de moutarde ?
T. D. : Le miel de moutarde présente une robe très claire, parfois blanche et nous lui conférons une texture onctueuse. Au nez, ce miel présente un parfum végétal très caractéristique. Au goût, il a une saveur fraîche et douce avec des notes à la fois florales et fruitées, parfois légèrement acidulées.
Quels sont les débouchés pour ce miel ?
T. D. : Nous commercialisons ce miel spécifiquement sous l’appellation « miel de moutarde », aussi bien auprès d’acteurs de la filière moutarde que via nos différents canaux de distribution. Il s’intègre parfaitement dans la dynamique de valorisation territoriale, en particulier dans le cadre de l’IGP Moutarde de Bourgogne, où il contribue à renforcer l’identité locale des productions issues de cette culture.