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La lutte biotechnique contre varroa : efficacité et coûts

Le projet Fall’var, porté par Résapi, vise à mieux comprendre les performances et les coûts des méthodes biotechniques contre varroa. Premiers résultats issus de suivis en ruchers professionnels.

L’efficacité des méthodes biotechniques pour mettre les colonies hors couvain (encagement de reines, retrait ou destruction de couvain) et permettre un traitement efficace contre varroa à l’acide oxalique n’est plus à démontrer. Cependant, peu d’apiculteurs les mettent en œuvre, car elles nécessitent organisation, technicité, temps et parfois de la main-d’œuvre.

Mieux évaluer les méthodes biotechniques

Résapi a participé au projet Fall’var pour recueillir des données technico-économiques auprès d’apiculteurs afin d’objectiver les avantages et inconvénients de ces approches. Cet article présente l’expérimentation et ses premiers résultats.

Objectifs du projet Fall’var

Acquérir des références techniques et économiques sur les stratégies de lutte biotechniques via des suivis de ruchers d’apiculteurs professionnels.
Transférer largement les connaissances acquises aux apiculteurs via des cahiers techniques, vidéos courtes en ligne ou encore lors de journées de formation.

Une expérimentation en conditions réelles

L’approche consiste à comparer deux stratégies de traitement en fin d’été sur des ruchers pilotes, en intégrant les contraintes organisationnelles (nombre d’interventions, main-d’œuvre) et les coûts (travail, médicaments, nourrissement).

Deux stratégies comparées

Stratégie 1 : biotechniques (encagement, destruction ou retrait de couvain) couplées à des traitements à l’acide oxalique (Varroxal, Apibioxal…).

Stratégie 2 : traitements longue durée (Apivar, Apitraz, Apistan, Formicpro, Apilivar…), pouvant présenter des limites (traitement en présence de couvain operculé et de varroas en phase de reproduction, action progressive sur les varroas selon l'émergence du couvain, sensibilité réduite voir tolérance des varroas aux acaricides.

Suivi des colonies : des indicateurs multiples

Des mesures de population (abeilles et couvain), de poids des colonies, des taux de varroas phorétiques (VP/100 abeilles) et de survie ont été réalisés avant traitement (fin juillet), après traitement Apivar (fin octobre) et au début du printemps suivant (avril).

Un cas d’étude en région Sud-Paca

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Modalités testées sur le pilote suivi par l'Adapi : médicaments à l’acide oxalique après encagement de reine par rapport Apivar sur un rucher provençal en fin de miellée de lavande © Adapi
Les résultats concernent un rucher de région Sud-Paca de quarante-trois colonies, divisé en deux lots en fin de miellée de lavande (été 2024). Sur vingt et une colonies, les reines ont été encagées vingt-huit jours en cage chinoise, puis deux traitements flash à l’acide oxalique ont été appliqués à la libération des reines (Apibioxal par dégouttement) et trois jours après (Varroxal par sublimation). Les vingt-deux autres colonies ont reçu des lanières Apivar. Les deux lots ont également reçu un traitement hivernal à l’acide oxalique.

Encagement : près de dix minutes par reine

La recherche d’une reine a pris en moyenne neuf minutes trente. Les reines n’étant pas marquées et les colonies déstructurées après la lavande, leur identification était plus difficile. L’encagement des vingt et une colonies a nécessité 3 h 20. Toutes les reines étaient vivantes à leur libération.

Un coût de gestion plus élevé pour l’encagement

Le coût total est plus élevé pour le lot encagé (521 € pour vingt et une colonies) que pour le lot Apivar (432 € pour vingt-deux colonies). Ce coût de gestion total pour chaque lot est calculé en additionnant les coûts des traitements médicamenteux, les coûts de nourrissements et le coût forfaitaire du travail que l’exploitant a passé sur chaque lot.

Ce coût forfaitaire du travail est fixé par convention à 23,76 €/heure travaillée, soit l’équivalent de deux Smic horaire. Dans ce suivi, les coûts de médicaments et de nourrissement sont similaires, mais l’encagement a nécessité deux visites et 4 h de travail supplémentaires (10 h 30 contre 6 h 40, soit + 50 %), ce qui explique l’écart entre les deux lots.

Taux d’infestation varroa des lots et population des colonies

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Des charges en varroas plus importantes à l'automne pour les colonies traitées à l'Apivar © Itsap
À la mise en place du suivi, les deux lots de colonies étaient comparables (en moyenne autour de 2,5 varroas phorétiques pour 100 abeilles [VP100] par colonie). Lors de la visite d’automne, les colonies traitées à l’Apivar avaient moins d’abeilles et de couvain que les colonies encagés. Leur charge en varroa après neuf semaines de traitement à l’amitraze est restée élevée (1,9 VP100 en moyenne) alors que celle des colonies encagées a chuté à 0,32 VP100. Le traitement Apivar a été moins efficace que la méthode biotechnique pour faire chuter la pression varroa des colonies. Grâce au traitement hivernal appliqué entre la visite d’automne et celle de sortie d’hiver, les taux d’infestation des deux lots tendaient vers 0VP/100 en mars 2025, permettant de débuter la nouvelle saison avec des colonies saines.

Une mortalité légèrement plus importante (8 %) qui interroge sur le coût de renouvellement de cheptel.

En sortie d’hiver 2025, la survie des colonies était légèrement meilleure dans le lot encagé que dans le lot traité à l’Apivar, dans lequel deux colonies supplémentaires sont mortes (sept colonies mortes sur vingt-deux contre cinq colonies mortes sur vingt et une dans le lot encagé). Au regard des effectifs avec une différence aussi faible, il est difficile d’affirmer avec certitude que l’Apivar engendre davantage de mortalité. Cependant, si on considère cette différence de mortalité de 8 % et le coût de renouvellement de cheptel qui en résulte au printemps (150 € par essaim), la stratégie d’encagement aurait un coût global bien inférieur à la stratégie Apivar et ce malgré le temps de travail supérieure en fin d’été.

Suites du projet

Les résultats complets pour chaque rucher pilote suivi en 2024-2025 sont disponibles dans un livret en ligne (itsap.com et sites web des ADA partenaires). En 2025-2026, de nouveaux essais évaluent le Calistrip biox seul ou combiné à des biotechniques telles que l’encagement de reine, le retrait ou le griffage de couvain. Les résultats seront publiés à l’hiver 2026-2027, accompagnés d’un guide technique.

Relecture par Constance Beri, Itsap et Guillaume Kairo, Adapi

Fall’var en bref

6 ADA
15 ruchers (60 colonies)
3 visites/an (dynamique, poids, varroas phorétiques)

Témoignage — Six ans de recul sur l’encagement

Frédéric Aussourd, apiculteur en Corrèze, partage son retour d’expérience après six années de pratique de l’encagement de reine.

Installé depuis 2006, rejoint par sa compagne en 2015 et avec l’aide d’un salarié un jour par semaine en saison, Frédéric travaille en bio avec des abeilles de souche carnica. Ses trois cents colonies sont pour moitié transhumées. Il produit également un peu de gelée royale et de pollen, vendus en direct.

« Un apprentissage les premières années »

« J’ai démarré l’encagement de reines en fin de saison 2019, suite à une formation de l’Adana. Il y avait peu de produits AMM disponibles efficaces en bio, donc l’encagement était une option intéressante. La première année j’ai eu beaucoup de reines mortes et des difficultés à gérer le timing encagement-traitement, les problèmes typiques du début. »

Frédéric utilise des cages scalvini et encage ses colonies pendant vingt-cinq jours. Il débute mi-juillet, sur une période d’environ dix jours. Après le décagement, les traitements à l’acide oxalique s’étendent jusqu’à fin août. La reprise de ponte est généralement visible en une semaine début septembre.

Optimiser l’organisation

« J’encage avant d’avoir récolté. Ainsi les abeilles sont dans les hausses au moment où j’encage et c’est un peu plus facile pour trouver la reine. Et le fait d’aller chercher les reines me donne un bon aperçu de l’état des colonies. Je préfère faire l’encagement seul, une fois l’œil habitué on est bien plus rapide à trouver les reines. Elles ne sont pas toutes marquées car certaines ont été changées pendant la saison. J’encage les reines de l’année et celles de l’année N + 1 et je tue les autres. Les reines de trois ans ne passent pas l’hiver. Je n’ai pas constaté de problème à encager les jeunes reines. Bien sûr il y a un peu de pertes de reines liées à l’encagement, mais pour compenser j’ai une trentaine de nuclei que je garde justement pour cela. »

En 2025, il a perdu trois reines pendant l’encagement et 6 après le décagement, compensées par l’introduction de nucléis.

Un point de vigilance : les doubles reines

« Une des vraies difficultés de l’encagement est qu’il y a fréquemment des doubles reines en juillet. Il faut donc bien vérifier quand on trouve une reine non marquée alors qu’elle est censée l’être. Si toutefois on se retrouve lors du décagement avec une reine dans la cage et une reine en ponte avec présence de couvain fermé, il faut ré-encager la jeune reine et mettre la vieille reine dans une ruche à problème. »

Conseils pour se lancer

« Les cagettes scalvini sont un petit investissement au début. Cela peut représenter un frein, mais il existe la possibilité de faire un financement PCAE à hauteur de 50 %. Les premières années, on fait forcément des erreurs. Le tout est de trouver une organisation qui fonctionne entre l’encagement, les récoltes, le décagement, les traitements et les congés. »

Rédaction Réussir

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