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Itsap : quinze années d’engagement scientifique !

L’Itsap-Institut de l’abeille a fêté ses 15 ans début février lors d’une journée scientifique et technique à Paris. L’occasion de mesurer le chemin parcouru et de revenir sur les étapes clés d’un institut qui a su se transformer pour répondre aux attentes d’une filière en constante évolution.

2010 : Une naissance dans un contexte de crise

L’Itsap ne naît pas d’une création spontanée, mais remplace le Centre national de développement apicole. Cette naissance est tumultueuse puisqu’elle est concomitante avec le phénomène de dépérissement des colonies, apparu au début des années 2000 et rapidement internationalisé sous le nom de CCD (Collapse Colony Disorder), qui place la filière sous tension. Des syndicats manifestent devant le lieu du conseil d’administration inaugural pour peser sur ses orientations, le ton est donné ! Les attentes sont nombreuses et parfois concurrentes : pesticides, varroa, frelon asiatique, ressources alimentaires… Dans ce contexte, l’institut développe rapidement ses compétences en écotoxicologie, épidémiologie et pathologie. L’UMT Prade à Avignon, créée avec l’Inrae, est alors pleinement mobilisée et pilote plus d’une vingtaine de projets entre 2010 et 2017.

Comprendre les affaiblissements des colonies

Les travaux sur les néonicotinoïdes marquent fortement cette période et contribuent à leur interdiction, en démontrant leurs effets sur l’orientation des butineuses et la longévité des ouvrières. L’Itsap et ses partenaires apprennent à décrypter la complexité du terrain, faite d’interactions multiples et d’effets en cascade. Cette dynamique conduit notamment à la création en 2015 de l’observatoire des résidus de pesticides. Parallèlement, les avancées en microbiologie et en virologie permettent de mieux appréhender la réalité sanitaire. Si varroa reste un facteur central, d’autres menaces comme nosema ou les virus viennent compléter un tableau sanitaire de plus en plus complexe. Cette période est également marquée par de nombreuses sollicitations publiques : toxicité des traitements antiparasitaires, efficacité du piégeage du frelon, diversité génétique des abeilles…

Vers des solutions plus opérationnelles

Conscient de son positionnement très scientifique, l’Itsap amorce un virage vers des projets plus appliqués vers 2015. Le développement de solutions concrètes pour les apiculteurs devient central : durabilité des exploitations, renouvellement du cheptel, préparation à l’hivernage, résistance des colonies à varroa, outils numériques… L’institut ne se contente alors pas de prouver la toxicité des néonicotinoïdes, il va jusqu’à changer les procédures d’homologation. Les interactions avec l’agriculture prennent également de l’ampleur, avec des travaux sur les systèmes de culture, les intercultures et les couverts mellifères. Ces résultats alimentent notamment la construction de mesures agro-environnementales favorisant les ressources florales et la pollinisation.

Une crise structurante pour l’institut

La montée en puissance de l’Itsap s’accompagne toutefois de fragilités. En 2017, une crise financière majeure impose des licenciements et l’arrêt de nouveaux projets. Cette situation critique provoque une réaction de la filière et des pouvoirs publics, conduisant à la création d’InterApi en 2018. Les syndicats quittent le conseil d’administration et les ADA deviennent majoritaires, marquant une nouvelle étape dans son organisation et ses orientations.

Le retour de la zootechnie

Les évolutions des pratiques apicoles, notamment face aux pertes de colonies, remettent la zootechnie au cœur des enjeux. Les apiculteurs développent leurs compétences en élevage et en sélection. L’Itsap accompagne ce mouvement en mobilisant de nouveau la recherche, en particulier avec l’Inrae. Des projets sont lancés à partir de 2012 pour caractériser la diversité génétique des abeilles, puis pour identifier des marqueurs de résistance à varroa et optimiser les stratégies de sélection. Cette dynamique redonne toute sa place à une thématique longtemps en retrait.

Réaffirmer la notion de performance

Comme dans toute filière agricole, la performance technico-économique est essentielle dans l’apiculture. Dès sa création, l’Itsap met en place un réseau d’exploitations de référence pour suivre les indicateurs et leurs évolutions. Pendant des années l’institut s’est senti un peu seul sur le sujet, alors que la filière se tournait principalement vers les aspects sanitaires. Aujourd’hui tout a changé, les attentes sont nombreuses. Nous y répondons avec des portraits d’exploitations, bilans travail et calculs de coûts de production… Nous pouvons maintenant évaluer la durabilité des systèmes et accompagner les choix des professionnels face aux transformations imposées par le changement global (concurrence sur les marchés, bouleversement climatique, nouveaux bioagresseurs…).

Une vision élargie de la pollinisation

En une décennie, la perception du service de pollinisation a profondément évolué. L’abeille mellifère s’inscrit désormais dans un ensemble plus large d’insectes pollinisateurs. Cette évolution se reflète dans les politiques publiques, passant d’un plan centré sur l’apiculture (Plan de développement durable de l’apiculture 2013-2016) à une approche globale intégrant tous les insectes pollinisateurs (Plan pollinisateurs 2021-2026). Les travaux scientifiques ont en effet démontré le rôle essentiel de cette diversité pour le maintien de la flore et les rendements agricoles, invitant l’apiculture à redéfinir sa place dans ce paysage renouvelé.

Du transfert à l’impact

Si l’impact des travaux de l’Itsap sur les politiques publiques est tangible (interdiction des néonicotinoïdes, élargissement de l’arrêté Abeilles aux fongicides, herbicides, Maec….), leur appropriation par les apiculteurs reste un défi. Les ADA jouent un rôle clé dans ce lien entre recherche et terrain, notamment via les pôles de compétences qui participent à la co-construction des projets et à l’évaluation de leur utilité. L’institut renforce également ses actions de diffusion, à travers la formation à distance, les prestations et la valorisation de ses productions.

Accompagner les transitions

Transformer les pratiques ne repose pas uniquement sur la production et la diffusion de connaissances. L’adoption des innovations dépend des contraintes économiques, techniques et humaines propres à chaque exploitation. L’Itsap s’engage ainsi dans des approches d’accompagnement plus inclusives, intégrant les sciences sociales. L’UMT Ettap, inaugurée en 2025, illustre cette volonté en réunissant des spécialistes des abeilles, des interactions sociales, de la gestion des systèmes agricoles, pour accompagner les transitions face au changement global.

Une gouvernance en cohérence avec les enjeux

L’évolution de la gouvernance reflète celle de la programmation. D’une structure centrée sur la compréhension des affaiblissements et portée par les syndicats, l’Itsap est devenu un institut à forte dimension opérationnelle, ancré dans les réalités du terrain et piloté majoritairement par les ADA. Quinze ans après sa création, il poursuit ainsi son objectif : produire des connaissances utiles et accompagner durablement la filière apicole.

Rédaction Réussir

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