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Vétérinaires dans le Cantal : un autre rapport à l'élevage et aux animaux

Ils sont originaires du Sud-Ouest, du bassin parisien ou encore... du Cantal. Installés comme vétérinaires en milieu rural, ils revendiquent cette passion malgré un métier des plus exigeants.

Wilfrid Wambeke au chevet de la salers Manon. Une intervention bien plus complexe que prévue.
Wilfrid Wambeke au chevet de la salers Manon. Une intervention bien plus complexe que prévue.
© PO

Les vêlages, pour Wilfrid Wambeke, c'est l'intervention la plus épanouissante et gratifiante de son métier, vétérinaire. Sauf que ce vendredi soir de février, rien ne va se passer comme prévu. "C'est d'ailleurs souvent le cas, quand je suis accompagné d'un stagiaire ou... d'une journaliste !", sourit le jeune praticien, salarié du cabinet vétérinaire Delrieu Guedon Stenuit de Polminhac. Appelé une heure plus tôt par un éleveur à Giou-de-Mamou dont l'une des salers âgée de 7 ans tarde depuis 24 heures à vêler malgré des signes annonciateurs évidents, le vétérinaire a rapidement diagnostiqué une torsion de matrice. Une pathologie fréquente dans les troupeaux cantaliens(1) que certains expliquent par le relief pentu des parcelles sans que cela soit prouvé(2), précise Wilfrid, qui s'est aguerri à l'obstétrique bovine dans le berceau charolais. Berceau charolais où les difficultés au vêlage sont bien plus nombreuses mais pas les torsions
utérines.

Quand tout ne se passe pas comme prévu
Après avoir opéré une rotation de l'utérus, vétérinaire et éleveur ont convenu de se donner une heure avant d'envisager une césarienne, le col de l'animal n'étant encore que peu dilaté. Une intervention qui aura pour vocation de préserver la santé de la mère, car le sort du veau semble lui déjà scellé. À la palpation, le praticien n'a en effet senti aucun mouvement.
Il est donc 17 h 40, la nuit a commencé à tomber et le crachin aux allures écossaises ne laisse présager rien de bon. De retour au fond de l'étable réservé à la nurserie, le vétérinaire tond le flanc de la salers, particulièrement docile, avant de laver la peau avec un antiseptique tandis que l'éleveur et son fils préparent des sceaux d'eau chaude. Avant de procéder à l'incision, dernière vérification et... bonne surprise, le col de l'utérus est bien davantage ouvert, laissant la possibilité à un vêlage naturel. Mais il va falloir aider Manon, rebaptisée Clochette. La vêleuse s'impose. La partie sportive de l'intervention - éclairée à la lumière du téléphone portable puis à la torche - débute pour le jeune vétérinaire aidé de Bastien, le fils de l'éleveur. Les onglons du veau apparaissent avant que Manon s'affaisse, épuisée. Tout est à refaire. Au terme d'une bonne vingtaine de minutes d'efforts collectifs, le veau, une femelle croisée, est délivrée mais le diagnostic de Wilfrid était le bon : une velle morte née.

Des certitudes... rares
De cette situation naît cependant une opportunité, Manon pourrait en effet adopter l'un des jumeaux de sa voisine et lui faire bénéficier de son lait. Le veau est imprégné avec l'odeur du placenta expulsé. Mais l'acajou semble peu portée à cette adoption de circonstance. Surtout, elle montre des signes de faiblesse et perd du sang. Une hémorragie que le vétérinaire ne
s'explique pas, la veine utérine semblant épargnée. Reste l'hypothèse d'un saignement au niveau d'un cotylédon. Pour endiguer l'écoulement, Wilfrid Wambeke procède à un lavement à l'eau glacée - avec les moyens du bord (un tuyau plastique et une bouteille plastique sectionnée) - en escomptant un effet vasoconstricteur.
La méthode semble faire effet mais l'état de la salers se dégrade lui très rapidement, malgré le cocktail choc administré par le praticien et la perfusion installée. C'est la situation que Wilfrid et ses collègues redoutent : ne pas pouvoir identifier l'origine du problème et donc le traitement idoine faute de moyens d'investigation. "Ce qui est compliqué en médecine vétérinaire rurale, c'est de ne pas avoir de diagnostic de certitude, on n'est jamais certain à 100 % faute de disposer des mêmes moyens d'investigation qu'en canine. C'est frustrant et pour nous et pour l'éleveur", confirme Benjamin Stenuit, vétérinaire associé à la clinique. Ce soir-là, Wilfrid a déployé tous les moyens à sa disposition pour sauver l'animal qu'il laissera entre les mains de l'éleveur, chacun espérant un rétablissement.

(1) Le cabinet est appelé sur une quarantaine de torsions par an.
(2) Une chute, une glissade, l'attitude de la vache lorsqu'elle se lève peuvent aussi être en cause comme des facteurs de risque  (poids excessif du veau, gestation gémellaire...).

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