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Vaccination : un schéma complet, sinon rien

Le cluster de cas de rougeole détecté en début d’année à Val Thorens, en Savoie, a rappelé que seul un schéma vaccinal complet permet de se protéger et de protéger les autres. 
 

Un enfant se fait vacciner.
Respecter le schéma vaccinal est un impératif pour éviter d’attraper ou de transmettre une maladie.
© Freepik

Être vacciné ne veut pas dire être bien vacciné. La preuve ? Début janvier, sur la station savoyarde de Val Thorens, quatre cas de rougeole sont détectés chez deux saisonniers, un travailleur et un vacancier. Leur point commun ? “Ils étaient tous pas ou mal vaccinés”, explique le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, responsable du pôle régional de veille sanitaire à la Direction de la santé publique de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, qui investigue chaque signalement. Même s’il y a eu d’autres cas suspects, tous ont été invalidés mais “ça ne veut pas dire que le cluster est terminé. Il continue à nous préoccuper, surtout avec l’afflux massif de touristes qui arrivent sur la station pendant ces vacances d’hiver”, prévient la docteure, qui s’inquiète légitimement puisqu’une personne peut en contaminer 20 autres qui ne sont pas ou mal vaccinées tant sa viralité est forte.


Recommandé, puis obligatoire


Dans le cas de la rougeole, être bien vacciné revient à avoir reçu deux doses de vaccin, dont la première à l’âge de 1 an. Si la première dose a été faite avant l’âge de 1 an, une troisième dose est nécessaire. Nécessaire mais pas obligatoire, en tout cas jusqu’en 2018. “Avant, la vaccination contre la rougeole n’était pas une obligation. Ce qui a conduit notamment à une grosse épidémie nationale entre 2008 et 2011”, rappelle le Dr Christophe Julien, médecin de l’ARS à la Direction de la santé publique et référent vaccination. Plus de 20 000 malades auraient été recensés, avec notamment six décès et des centaines de cas de complications (pneumopathique, neurologique). Si on étend la période jusqu’au 31 décembre 2017, ce sont plus de 24 500 cas de rougeole déclarés en France, entraînant 
20 décès. “En 2018, onze vaccinations ont été rendues obligatoires chez tous les enfants nés après le 1er janvier, dont la rougeole(1)”, poursuit le spécialiste. Pour les plus anciens, “ils pouvaient ne pas être vaccinés, ce qui était le cas des saisonniers”.
Pour contrer la propagation de la rougeole, maladie à déclaration obligatoire, il faudrait au moins que 95 % de la population soit vaccinée correctement. Pour d’autres infections, comme celles liées aux papillomavirus (HPV), ce chiffre est moindre, à 80 %. “En 2023, le taux de vaccination rougeole affichait 86,4 %, il y a du progrès mais ça reste insuffisant pour éviter une épidémie. Ça peut revenir chez des adolescents ou des jeunes adultes qui n’étaient pas contraints par l’obligation”, déplore le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, qui compte sur ce changement de paradigme en 2018 pour accroître la protection dans les prochaines années.


Faciliter la vaccination 


À Val Thorens par exemple, le centre médical local et la pharmacie ont facilité l’accès à la vaccination en réservant des créneaux aux vacanciers. De façon plus globale, depuis août 2023, les pharmaciens peuvent prescrire et administrer les vaccins prévus au calendrier. S’y ajoutent les médecins, les sages-femmes et les infirmiers, afin de rendre plus accessible la vaccination, auprès du grand public mais aussi des professionnels de santé. Aussi et surtout, insiste le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron : “C’est encore plus important car ils sont au contact de personnes fragiles, immunodéprimées, de femmes enceintes, de la petite enfance, de seniors,... qui ne sont pas forcement bien vaccinés. La vaccination, c’est important pour soi-même mais aussi pour protéger son entourage.” 
La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 va dans ce sens, avec l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière pour certains professionnels de santé libéraux ainsi que l’obligation vaccinale contre la rougeole de certains professionnels de santé et de personnels de structures prenant en charge des enfants après avis de la Haute autorité de santé (HAS). “Ça permettrait de diminuer la circulation de ces virus et de casser une chaîne de contamination avec l’objectif de réduire le risque de transmission au sein des populations vulnérables”, espère son collègue Christophe Julien. “L’idée est vraiment d’arriver à ce 95 % le plus tôt possible”, appuie le Dr Ronnaux-Baron. Si la tranche des 1-8 ans devrait être automatiquement vaccinée, l’entrée en collectivité (crèche, école) permet de le vérifier. “S’il manque une dose ou les deux, l’enfant a trois mois pour se mettre en règle. Sinon, le directeur s’autorise à l’exclure de l’établissement”, rappellent les médecins.


Sensibiliser les plus jeunes


La prévention reste donc le fer de lance de l’ARS Ara, qui investit également les collèges depuis 2023 dans le cadre d’une vaste campagne de vaccination contre les infections à papillomavirus humains (HPV) avec un objectif clair : “éradiquer certains cancers qui y sont liés”, à l’image de l’Australie, où le cancer du col de l’utérus a quasiment disparu. “L’intérêt, c’est que les acteurs de la vaccination se rendent dans les collèges, pour multiplier les possibilités d’accès à la vaccination et vacciner gratuitement filles et garçons entre 11 et 14 ans”, rapportent les médecins. 
Les résultats sont déjà visibles : la couverture HPV en Auvergne-Rhône-Alpes a augmenté. “L’an dernier, 58,8 % des filles étaient vaccinées, 36,5 % des garçons, illustre le Dr Ronnaux-Baron. La cible, c’est d’atteindre 80 %, sachant que l’on peut se faire vacciner jusqu’à 26 ans aussi bien chez son médecin, qu’en pharmacie ou avec un infirmier.” L’opération a été élargie à la vaccination contre les infections invasives à méningocoque (méningites) ACWY avec également la possibilité de proposer un rappel ROR (rougeole, oreillons et rubéole) et DTPC (diphtérie, tétanos, poliomyélite et coqueluche) au même moment que le HPV. Avec ces initiatives, l’ARS Ara est pile poil dans le thème de la prochaine Semaine européenne de la vaccination, qui se tiendra du 27 avril au 3 mai : “La vaccination des adolescents et des jeunes adultes”. 

(1)  Diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, infection à Haemophilus influenzae B, hépatite B, méningocoque C (aujourd’hui ACWY et B), pneumocoque, rougeole, oreillons et rubéole.

 

Gale : Pourquoi et comment traiter ?


Le début d’année 2026 a été marqué par la découverte de deux foyers de gale à Aurillac, un dans une école maternelle qui concernait un enfant, l’autre à la maison d’arrêt, qui a touché 13 personnes, uniquement des détenus. Même si la gale n’est pas une maladie à déclaration obligatoire, l’ARS Ara en a été informée et a transmis ses recommandations aux deux établissements pour “éliminer et se débarrasser” de ce parasite. “La gale est souvent associée à un problème d’hygiène mais il faut être vigilant à cette association pour ne pas être stigmatisant”, prévient le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron. Car c’est en effet un petit acarien (pas plus d’un demi-millimètre), le sarcopte, qui en est responsable en pénétrant la couche superficielle de la peau, provoquant des démangeaisons. La gale se transmet par contact direct, de personne à personne, ou indirect, via la literie, les vêtements,… “C’est effectivement très contagieux et il y a une procédure très précise à suivre, avec notamment la décontamination des matelas, des habits contaminés,… avec un produit acaricide, poursuit le docteur. L’enfant doit aussi être traité par voie orale et sur la peau, par un professionnel de santé. Donc on agit sur la personne concernée, le linge et l’environnement avec une procédure à répéter après 14 jours.” “Ce n’est pas grave en soi, c’est un peu comme les poux. Mais c’est inconfortable, surtout s’il y a des lésions dermatologiques, consent le Dr Christophe Julien. Il faut donc éviter que les enfants se grattent.”

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