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Une tentative “de museler les petits producteurs de montagne”

Le groupe Lactalis poursuit la FDSEA et les JA devant le tribunal de grande instance d’Aurillac pour avoir appelé au boycott de ses produits.

Ils ont manifesté huit jours durant devant l’usine Lactalis de Riom, lancé un appel au boycott des produits du géant laitier, sensibilisé les élus,... sans jamais fermer la porte à la négociation. En vain : depuis le lancement de leur mobilisation pour un prix du lait différencié pour les zones fromagères d’Auvergne, ils ont l’impression de se heurter à un mur, comme le déplore Patrick Escure, président de la FDSEA.

Les représentants des producteurs ont claqué la porte du dernier Crielal le 23 juin. Y a-t-il eu depuis de nouvelles discussions ?
Patrick Escure : “Non. Nous avons rencontré fin juin le nouveau préfet de Région pour lui exposer la situation avec nos collègues des autres FDSEA. Il faut bien comprendre que nous sommes arrivés à la fin d’un système et que cela va prendre du temps pour débloquer la situation. Et ce, d’autant plus qu’on a vu au dernier Crielal des entreprises qui ne veulent rien lâcher et qui durcissent leurs positions sur le plan juridique. La multinationale Lactalis privilégie aujourd’hui la voie des tribunaux plutôt que celle du dialogue. Concrètement, elle nous assigne au tribunal pour avoir déréférencé des produits et demande à la FDSEA et aux JA 300 000 euros pour un soi-disant préjudice grave tant économique qu’en termes d’image. Pour nous, c’est une tentative délibérée de mettre nos organisations syndicales à terre et de nuire ainsi à la défense des petits producteurs de montagne. Mais il n’est pas question de nous décourager : le combat a été encore plus long sur le dossier des AOC et nous voyons aujourd’hui une première plus-value arriver pour les producteurs.”

Comment allez-vous réagir ?
P. E. : “Cette attitude pose clairement la question de la stratégie syndicale. Vu qu’on essaie de casser toutes nos initiatives, nous allons devoir réorienter nos actions syndicales en faisant appel au soutien de l’opinion publique et des consommateurs, même si nous n’avons plus la possibilité de donner de mot d’ordre en ce sens. C’est plus que jamais le combat du pot de terre contre le pot de fer, sachant qu’il faut aussi être conscient que les autres entreprises sont obligées de suivre le diktat de Lactalis sur le prix. On est tombé dans une vraie dictature”.

Vous êtes donc pieds et mains liés ?
P. E. : “Non, à situation nouvelle, réponse nouvelle. Aucune tentative d’intimidation devant les tribunaux n’arrêtera notre détermination. Nous sommes en train de réfléchir à de nouvelles pistes et nous n’excluons aucune solution.”

Y compris une grève du lait ?
P. E. : “La grève du lait peut en faire partie effectivement mais à deux conditions : qu’elle concerne tous les pays de l’Union européenne et qu’elle démarre d’abord en Bretagne et dans l’Ouest. En fixant ce préalable, il ne s’agit pas de botter en touche mais d’être lucide : démarrer ici la grève du lait, ce serait nous tirer une balle dans le pied. Cela n’empêcherait pas les entreprises d’aller s’approvisionner dans les grands bassins de production qui, ne l’oublions pas, ont produit la référence du Cantal en quelques semaines l’an dernier”.

Vous aviez appelé les pouvoirs publics à intervenir dans le conflit. Récemment, le préfet du Cantal a lui rappelé que l’État ne pouvait fixer le prix du lait.
P. E. : “On se demande effectivement si l’État est encore en mesure de faire le poids face aux multinationales, telle Lactalis. Le préfet de Région a convoqué une réunion régionale le 16 juillet pour faire un point de la situation et proposer des pistes en vue de l’évolution de l’OCM lait (organisation commune de marché). Franchement, on ne voit pas trop ce qui pourrait sortir d’une réunion avec une cinquantaine d’invités... Encore moins dans une configuration où l’Europe a décidé de liquéfier sa politique agricole commune.”

Les premiers propos du successeur de Michel Barnier ne vous ont donc sans doute pas rassuré.
P. E. : “À peine arrivé, il affiche clairement la couleur en tournant la page des quotas laitiers, un outil de maîtrise que son prédécesseur s’était battu pour défendre. Alors même que les chiffres des revenus agricoles 2008 affichent un nouveau plongeon de plus de 30 % en Auvergne, cela dénote d’une méconnaissance grave du dossier ou d’un État contraint de se coucher devant les multinationales. Sans compter que les pouvoirs publics vont doublement pénaliser certains producteurs par leur décision de geler les prêts de quotas de fin de campagne, qui apportaient à certains un volant de sécurité.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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